LES. PRÉDICATIONS DE MURPHY A BIRMINGHAM
23 juin.
Je vois bien que l'histoire de ce pays a besoin de commentaires. Âh I les détracteurs de la liberté de réunion se frottent les mains! ah! les ennemis de la liberté de parler triomphent! Un instant, messieurs!
Je ne veux rien taire. Oui, c'est très vrai : une puissante ^ile, abandonnée au brutal empire de la force, la police brandissant des coutelas, le peuple soulevé contre le peuple, des rues envahies, des maisons détruites, Fappel au soldat, le pavé taché de sang, de nouvelles recrues pour l'hôpital, un surcroit de besogne pour le geôlier. Yoilà ce qu'a produit, à Birmingham, le fanatisme protestant aux prises avec le fanatisme catholique.
Et par qui ces stupides colères ont-elles été déchaînées? Ceci, non plus, je n'entends pas le taire : par un grossier déclamateur,aux gages d'un obscur cénacle de protestants effarés, par un certain Murphy qui, depuis quelque temps, parcourait, l'écume et l'injure à la bouche, toute ville où il y avait des catholiques à insulter. Irlandais, déserteur de l'armée papiste, et possédé du démon de l'apostasie, ce Murphy arrive à Birmingham. A Birmingham, les Irlandais foisonnent; Birmingham est le siège d'un évêque catholique ; c'est à Birmingham que réside le docteur Nevirman, le plus célèbre des protestants convertis au catholicisme : le théâtre était fait pour le drame. L'Irlandais anglicanisé demande à y tonner contre la religion de l'Irlande, en pleine salle d'hôtel de ville. A l'ancien pa-
piste, il faut une salle officielle pour y outrager le pape. Le maire, homme prudent, refuse. Alors, les amis du prêcheur ambulant construisent une baraque en planches, qu'ils baptisent du nom de ^ tabernacle :». EtvoiJàcet homme nourrissant son auditoire du pain de la parole, dans les termes suivants : t Tout prêtre papiste est un assassin, un cannibale, un menteur, un filou. — Le pape est un gueux qui mendie. — Protestants mariés, prenez garde à vos femmes, » etc., etc.
Ce que ces turpitudes ont enfanté, je l'ai dit. Les Irlandais de Birmingham ont pris feu. Puis, l'émeute provoquant une contre-émeute, les plébéiens anglais se sont mis de la partie; et, saisis de rage, armés de bâtons, conduits par un boxeur, hurlant l'hymne de Brown en guise de MarseillaisSy ils ont couru saccager le quartier irlandais.
A paru sur la scène, encourageant Murphy de sa présence, M Wlialley. M. Whalley n'avait guère réussi jusqu'à ce jour qu'à amuser la Chambre des communes par l'explosion de colères mal exprimées. Il s'est lassé de faire rire, et il aura eu désormais son rôle dans une tragédie.
J'ai dit tragédie, et je ne m'en dédis pas. Mais cette tragédie, que nous apprend-elle?
Décidément, ce n'est pas en Angleterre qu'il aurait eu du succès, ce mot de Chateaubriand à Louvel : Ton poignard a pour manche une idée libérale. La doctrine de la complicité morale, si chère à nos docteurs en morale politique, est odieuse aux Anglais. Ils veulent le droit de réunion quand même, la liberté de parler quand même. Ils ne maudissent pas l'usage du feu, par cela seul qu'il brûle qui le touche, se souvenant qu'il échauffe et qu'il éclaire. Celait le 16 que l'émeute avait éclaté; le lendemain, elle avait atteint son dernier degré de violence, et, le 17 au soir, l'homme qui avait soufflé ces fureurs revendiquait son droit de penser tout haut, l'exerçait sans