‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 47 sur 106 · EXECUTION DE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

EXECUTION DE MAXIMILIEN

établi et fondé sur la volonté nationale, que tous les abus, toutes les déprédations, tous les excès, dont le Mexique avait été le théâtre, antérieurement à l'arrivée des Français, étaient précisément l'œuvre du parti des Miramon et des Marquez; que le gouvernement de Juarez était celui qui, au Mexique, représentait les idées d'ordre et de liberté; qu'en se pressant autour de lui, pour le défendre contre Tinvasion étrangère, les Mexicains n'avaient fait que ce qui est commandé par le culte de l'indépendance nationale à tout peuple jaloux de son honneur; que, cependant, Maximilien, abusé par de funestes conseils, s'était laissé aller à traiter de brigand quiconque lui résisterait; qu'il avait lui-même publié un décret condamnant à être fusillés, dans les vingt-quatre heures et sans merci, tous ceux de ses adversaires qui seraient pris les armes à la main ; que ce décret avait été exécuté contre un grand nombre d'officiersjuaristes; notamment contre les généraux Alléaga et Sallazar; que Maximilien avait encouru ainsi le danger de s'entendre dire le jour où la fortune l'accablerait : Patere legem quam ipse fecisti; que si la vie d'un prisonnier est respectable quand ce prisonnier porte le titre d'empereur, elle ne l'est pas moins quand ce prisonnier est un général, un simple soldat, la civilisation n'admettant pas qu'en emploie, pour juger de ce qu'elle prescrit, deux poids et deux mesures.

Mais tout cela n'empêche pas, je le répète, qu'on ne parle généralement de Maximilien en termes pleins d'une douloureuse sympathie. On rend hommage à la hauteur de caractère et à la fermeté dont il a fait preuve lorsque, abandonné par l'empereur des Français, il a pris la résolution si périlleuse de ne pas abandonner, lui, quoi qu'il put advenir, ceux^qui s'étaient compromis pour sa cause, ^t que sa retraite aurait laissés à la merci du vainqueur. On attribue ses fautes aux difficultés de sa situation, et

Ton s*accorde à réprouver Tinflexibilité de Juarez sur laquelle les dispositions clémentes de la grande république américaine jettent Tombre d'un triste contraste.

Il est certain que Juarez a manqné là une belle occasion de compléter son succès en l'honorant.

Maximilien rendu à l'Europe aurait-il été bien réellement une menace et un danger pour le Mexique? Y avaitil à craindre que, dans ce cas, Miramon ne devînt le centre autour duquel auraient désormais couru se rallier tous les Mexicains dont le gouvernement rétabli n'aurait pas satisfait l'ambition ou couronné les espérances? Y avait-il à craindre que Maximilien ne continuât à recevoir le titre d'empereur, ce qui aurait fait à la république mexicaine une situation humiliante et aurait paru la condamnera une existence précaire?

Telles sont, vous le savez, les considérations développées dans une lettre de M. Romers, rendue publique; et l'influence qu'elles ont eue sur l'esprit de Juarez n'est que trop bien prouvée par l'événement. Mais jusqu'à quel point ces considérations sont-elles fondées? Quelle apparence qu'un archiduc d'Autriche, une fois de retour en Europe et remis en possession des avantages attachés, dans son pays, à sa naissance et à son rang, fût jamais tenté de recommencer une expérience qui avait si mal réussi, et de tout risquer une seconde fois, pour aller chercher au delà des mers une couronne aussi difficile à porter qu'à conquérir?

Voilà ce qu'on dit, et j'ai entendu d'austères républicains regretter bien haut que, dans une occasion aussi solennelle, un gouvernement républicain n'ait pas, en épargnant un ennemi abattu, témoigné de son profond respect pour la vie humaine.

Quant à la politique de Napoléon III, l'exécution du 19 juin n'a fait que confirmer l'arrêt dont elle a été frappée ici depuis longtemps.

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