HISTOIRE DE MISS TÉRÉSA LONGWORTH
été dit en sa faveur, une personne pauvre, ignorante, délaissée de tous, facile à intimider et incapable de se défendre elle-même?
Dira-t-on qu'en pareil cas, il est du devoir du juge de se transformer en avocat? mais chacun sent combien peu l'esprit qui crée l'habitude de juger est compatible avec celui qui doit animer un avocat. Et puis, pour qu'un juge soit conduit à couvrir l'accusé de sa protection il faut qu'il soit éclairé, et comment pourrait-il l'être, en l'absence de tout débat vraiment contradictoire, alors que la défense est amenée toute nue devant l'accusation armée de pied en cap?
Ceci ne rappelle-t-il pas d'une manière poignante, le fameux cri de Lamennais : « Silence au pauvre ! »
HISTOIRE DE Miss TÉRÉSA LONGWORTH.
4 août.
Enfin, nous voici fixés sur la grande question de savoir si une certaine personne, qui est très intelligente, très guerroyante, et qui est devenue très fameuse, doit être traitée comme une dame ou comme une demoiselle, doit s'appeler « miss Teresa Longworth » ou « the honorable mistress Yelverton ».
Grâces soient rendues à la Chambre des lords! Elle vient de trancher un problème qui, pendant neuf longues années, a tenu en suspens l'Irlande, TÉcosse, l'Angleterre, mis le feu aux passions catholiques, troublé la gravité protestante, danné lieu à des souscriptions empressées, à des démonstrations enthousiastes, à de vives attaques, à
des procès en dilTamation; armé la justice contre ellemême, et chatouillé, houspillé, exaspéré, torturé l'attention publique.
Oui, quelque invraisemblable que paraisse ce résultat, nous pouvons enfin croire, en toute sécurité ou peu s'en faut, que Teresa Longworth appartient, comme s'exprimerait le Diable boiteux y à la catégorie des filles qui le sont encore après avoir cessé de Têtre. Voilà un point de gagné. C'est quelque chose. On n'aime pas à ignorer pendant neuf ans si, en s'adressant à une femme, il convient de dire (c madame }^, ou bien ^ mademoiselle >.
Mais il est une autre question que les jurisconsultes de la Chambre des lords, les law peers, auraient bien dû aborder, pendant qu'ils y étaient : comment souffret-on, dans un pays qui a nom Royaume-Ufity que le plus important de tous les contrats, le mariage, soit réglé par trois législations différentes, — anglaise, irlandaise, écossaise, — de telle sorle que l'essence du mariage reste matière à discussion, et qu'il y ait des cas où Ton ne sache pas au juste si Ton s'est marié ou non?
Un humoriste français dit quelque part : L'Aymé» vient après V amour, comme la fumée après la flamme. Calomnie de vieux garçon ! En tout cas, je vais vous raconter une histoire qui prouve qu'il est des femmes que Li fumée passionne autant que la flamme.
Les faits dont se compose celte cause essentiellement célèbre sont connus ici, très connus, trop connus; mais, comme je ne suppose pas qu'ils le soient beaucoup de l'autre côté du détroit et qu'ils donnent àpenser, peut-être un court exposé de l'affaire amusera-t-il le gros de mes lecteurs, sans faire froncer le sourcil à ceux d'entre eux qui tiennent à s'ennuyer en philosophes.
Un jour donc, un jeune Irlandais, le major Yelverton, et une jeune femme, miss Teresa Longworth, se rencontrèrent à bord d'un bateau à vapeur. Naturellement, ils