HISTOIRE DE MISS TÉRÉSA LONGWORTH
causèrent. 11 faisait sombre, il ne faisait pas chaud : le jeune homme donna, toujours naturellement, à la jeune femme son manteau, dans lequel celle-ci s'endormit d'un sommeil qu'elle déclara, plus tard, avoir été plein d'agréables rêves.
Cette rencontre laissa des souvenirs. Ces souvenirs ame- . nèrent une correspondance, dont la dame — circonstance à noter — prit l'initiative. Les lettres ont été publiées. Celles de la jeune femme sont très habiles, celles du jeune homme très circonspectes. L'art de l'escrime épistolaire est poussé fort loin de part et d'autre, le major se tenant sur la défensive, évitant les mots qui engagent, et prenant soin d'envelopper sa pensée dans des phrases du genre de celle-ci : « Il n'y a pas de Rubicon que je n'aie l'intention de franchir, si je le puis. )»
En 1855, le major Yelverton ayant été envoyé en Crimée, mîss Teresa Longworth, se sentit attirée vers l'Orient, et se mit en route comme sœur de charité.
. De Gâlata, elle écrivait au major : «: Je ne saurais' supporter un nouveau désappointement! Faites en sorte que, celte fois, je puisse vous voir. Sifflez, et je... vous savez le reste. i> Ce fut elle qui siffla; lui, qui accourut : ils se virent. Est-il vrai qu'il lui offrit alors de l'épouser, et qu'elle remit la chose à plus tard? Ce n'est pas ce qui semble résulter de la lettre qui se rapporte à cette entrevue, et où elle disait : « Encore manqué! Il faut, ou que le sort soit bien méchant, ou que nous soyons de bien mauvais pilotes... Vous êtes un fantôme de mon cerveau, aimable d'abord, et maintenant devenu pour moi une cause de douleur, i^ Au sujet de leur intimité découverte par la mère supérieure à Galata, il écrivit : « Si ces mensonges vous causent plus de peine que notre correspondance ne vous cause de plaisir, que cette correspondance cesse. Je ne serai jamais respectable ; — ne vous fîez pas plus à moi que vous ne feriez à un sauvage chevalevu. 14
resque. :» Elle répondit : c J'accorde à autrui la liberté que je réclame pour moi. Mais il faut que je me fie à vous entièrement, ou pas du tout. » L'effort pour n'être pas trop clair est manifeste — du côté de l'officier surtout. Lui : « Je suis en quarantaine. y> Elle : «; Sifflez, et je, etc. . . Renversez la sentinelle, et j'échapperai à mes conseillers. » Lui ; « Que puis-je faire pour vous? Je suis encore dans le bois, et ne dois siffler que lorsque j'en serai sorti. »
Plus tard, ils se retrouvent en Crimée, sous la tente du général Straisbenzee. Quand lady Stra^benzee quitta la Crimée, cette dame, suivant ce qu'elle a elle-même déchu'é, était sous cette impression, que, entre le major Yelverton et miss Teresa Longworth tout engagement avait été rompu. Il est certain que, dans une lettre subséquente, la jeune femme s'exprimait en ces termes : < Inutile de vous dire ce qui m'attirait en Crimée, au risque d'y mourir de froid, et quel secret instinct m'indiqua votre petite tente, et avec quelle ardeur j'implorai en pensée la grâce d'y être admise par pitié! Non; vo«s fûtes invulnérable ; pendant toute une grande quinzaine, vous résistâtes à la pauvre voix plaintive, et vous devez vous rappeler la matinée où vous retirâtes de moi votre main, cette triste matinée où l'amour et le chagnn remplissaient mon cœur à le faire éclater, et où vous brisâtes, d'un coup impitoyable, le rêve ardemment caressé de ma vie ! »
La correspoii<iaiiee continua; et, s'il est vrai des lettres de miss Longworth, que l'amour les a marquées de son empreinte, il l'est aussi qu'on y chercherait en vain la preuve décisive d'un engagement forn>el de la pari de celui à qui elles étaient adressées.
En 1857, le major Yelverton était à Edimbourg, miss Longworth s'y rendit. Elle assure que, là, ils se marièrent secrètement; que le mariage fut consommé, mais qu'elle ne voulut pas vivre publiquement avec son mari jusqu'à