HISTOIRE DE MISS TÉRÉSA LON6W0RTU
ce qa'un prêtre les eût unis. Tout cela, le major le nie, et les lettres produites laissent la question indécise.
Ce qui est sûr, c'est que la cérémonie du mariage eut lieu ultérieurement, en Irlande, sous les auspices d'un prêtre catholique. Maïs ce mariage étâit-il valable?
Un acte de G^^rge II déclare nul tout mariage célébré par un prêtre catholique, à moins que les deux parties contractantes n'aient professé la religion catholique pendant les douze mois qui ont précédé la cérémonie. Or Hiiss Longworth était catholique, mais le major Yelverton était protestant. Selon miss LongwoHfa, le major s'était donné pour catholique. Selon lui, il n'avait regardé la cérémonie dont il s'agit que comme une vaine formalité, destinée à apaiser des scrupules qa'il n'y avait pas d'autre moyen de faire taire. La vérité est que le prêtre lui ayant demandé ce qu'il était, il répondit : € Protestant-catholique ; > sur quoi, le mariage fut célébré*
Que le major ne se jugeât point lié par cet acte, c'est ce qu'il ne tarda pas à montrer, ayant épousé^ à Edimbourg, en juin 1858, la veuve du professeur Forbes.
Là-dessus, accusation de bigamie portée par Teresa Longworth devant le procureur fiscal, et fondée sur la cérémonie de mariage qui, l'année précédente, avait été célébré à Rostrevor en Irlande.
Cette démarche n'eut pas de suite. Mais, au mois de juin 1859, le major Yelverton ayant institué une action dont le but était de faire déclarer nul le mariage irlandais, Teresa Longworth, en janvier 1860, répondit par une contre-action, affirmant queee mariage était valide, et, en outre, (Qu'elle s'était secrètement mariée au major Yelverton, à Edimbourg, en 1857.
Les causes furent jointes, et l'affaire était encore pendante devant la justice écossaise, lorsque, en 1861, les amis de Teresa Longworth lui co&seillèrent d'intéresser la justice irlandaise en sa faveur. Ils pensaient qu'un jury
de Dublin ne pouvait manquer de donner raison à une Irlandaise contre un Anglais, à une catholique contre un protestant. Seulement, on ne crut pas devoir attaquer de front l'ennemi. Un M. Thelwall poursuivit le major Yelvcrlon en payement d'articles de première nécessité fournis par lui, disait-il, à la femme du major, Teresa Longworth. C'était affirmer, d'une manière indirecte, la validité du mariage irlandais.
Le procès eut un retentissement énorme. L'Irlande tout entière se prononça pour miss Longworth, l'entoura de sympthies ardentes, lui décerna les honneurs de la popularité. Le jury la proclama aussi mariée que possible; et M. Thelwal eut gain de cause, aux applaudissements du peuple le plus impressionnable qui soit au monde.
Cet entraînement de l'opinion, de l'autre côté du canal de Saint-George, avait-il uniquement sa source dans les passions religieuses et nationales? Ce serait trop dire. Miss Longworth s'était compromise par des avances que désavoue la réserve prudente et pudique imposée à la femme, et elle avait déployé, dans la poursuite de son but, une dextérité, une insistance qui pouvaient prêter à des interprétations peu favorables; mais ses lettres, après tout, témoignaient d'un amour aussi sincère que violent, et il n'y avait certes rien de blâmable dans son désir de voir cet amour couronné par un mariage qui lui assurât dans la société une position dont elle n'eût pas à rougir. Quel genre d'intérêt, au contraire, était capable d'inspirer un homme qui s'appuyait sur l'absence d'une promesse formulée en propres termes, pour échapper à l'exécution d'un engagement moral plus sacré que toutes les promesses écrites, et qui avait fait tomber une femme qui l'aimait dans le piège d'un mariage dont il connaissait d'avance la nullité?
Quoi qu'il en soit, ces considérations n'eurent aucune influence sur la décision du juge écossais, lord Ârdmillan.
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D'après la loi d*Écosse, aucune cérémonie n'est requise pour la validité d'un mariage; pour qu'on regarde deux personnes comme légitimement unies, au nord de la Tweed, il suffit de leur consentement mutuel, ou de leur cohabitation comme mari et femme, ou d'une simple promesse subséquente copula. Il aurait donc fallu prouver qu'une de ces conditions au moins avait été remplie, et, suivant lord Ardmiilan, cette preuve manquait. Quant au mariage irlandais, son opinion fut que « la scène qui s'était passée dans la chapelle de Rostrevor ne pouvait, aux termes de la loi d'Irlande, constituer un mariage valide. »
Toutefois, cette décision, rendue en juillet 1862, fut inûrmée, au mois de décembre de la même année, par les juges de la première division, si bien que miss Longworth put se croire définitivement en possession de ce titre légal de femme mariée, devenu l'objet de tous ses désirs, le tourment de sa pensée, le but de sa vie.
Malheureusement, la Chambre des lords était là, suprême cour d'appel devant laquelle l'affaire pouvait être encore portée, et fut portée en effet.
La question parut présenter de tels doutes, que, sur six laW'peerSy trois se prononcèrent contre miss Longworlh, savoir : lords Chelmsford, Wensleydale et Kingsdown, et trois pour elle : le lord chancelier, lord Westbury et lord Brougham. Hais, comme ce dernier était absent, son jugement, qu'il envoya par écrit, ne fut point accepté. Circonstance fatale à miss Longworth, et qui décida de la ruine de ses espérances !
Une ressource lui restait pourtant, une seule. Un ancien usage écossais semblait l'autoriser à déférer le serment à la partie adverse. C'est cette dernière planche de salut qui vient de lui être enlevée. La Chambre des lords, devant qui elle est venue plaider sa cause en personne, a décidé qu'il n'y avait pas lieu à lui accorder sa demande, par ce motif, entre plusieurs autres, que, si le serment était
déféré aa major Yelverton, il ne pouvait ni refaser de répondre sans dépouiller inis^ress Forbes des droits qne celle-ci a acquis en l'épousant, ni avouer l'existence d'un premier mariage sans se reconnaître coupable du crime de bigamie, contrairement à la règle anglaise, qui ne veut pas qu'on force un homme à s'accuser lui-même.
Voilà donc à quelles anomalies absurdes, à quels eonfiite de juridictions, à quelle déplorable inceititnde, le défaut d'uniformité dans la législation donne naissance en ce pays, reUliveraent au plus important des contrats, à celui sur lequel repose le bonheur de la société ! Voilà où conduit l'opposRion entre ia loi religieuse &t la loi civile ! Le mal est évident, le remède est simple. Que nMntroduit-on dans le Royauine4Jni le principe qui a prévalu en France? Un scandale semblable à celui de ee trop célèbre Yelverimoase serait-il possible, si en Irlande comme en Ecosse, en Ecosse comme en Angl^^rre, on n'admettait d'autre mariage valide, aux yeux de la loi, que celui qui aurait été contracté devant l'officier de Tétat civil, sauf aux parties à faire ensuite sanctionner leur union selon les formes propres à la religion qu'ils professent?