‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 59 sur 106 · LA CHAMBRE DES LORDS · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DES LORDS

■Il aDftt.

C'en est fait! l'Angleterre entre dans une ère nouvelle. Qu'elle se ceigne les reins I Voici qu'elle a devant elle deux grandes révolutions : une révolution potitique, celle que lui â^porie la réforme pariemËentaire ; et une révolu-

XB BILL BfB R^FOftME AUOPTB. f47

tion sociale, celle qui s'élabore au sein des Trades'Dnions.

Tout fait espérer que, grâce à la liberté et sous ses auspices, cette double transformation s'opérera pactfiquenient ; mais qu'elle doive être profonde, bien aveugle qui •»e le verrait pas,

(Test surtout Torganlsati^n des Trades'Unions qui mérite de fixer l'attention des philosophes, des économistes €Pt de ceux qu'on appelle des faonuses d'État.

Si j'en juge par un article réceminent publié dans la Revue des Beux Mondes, artide do^nt j'aurai à relever les BOBibipeuses erreurs H à signaler les omisâevis, plus nombreuses encore, la qéei^tion des Trades'Unions estfort mai comprise en France, Et pourquoi s'en étonner ? C'est à peine si elle est comprise en Angleterre.

Aussi ne manqaerai-je pas de vous l'exposer dans ce qui me paraît être son vértlaUejour, quand je vous aurai dit tout ce qui me reste à dire sur la réforme parlementaire, ou, en d'autres termes, sur celle des deux révolutions qui aura chu'ge d'instal4er l'autre !...

C'est le 6 août, dans la soirée, à sept heures moins six minutes, que la €hambre des lords a adopté, avec les modifications dont je vais vous entretenir, le bili de réforme déjà voté par la Chambre des communes.

La force qui amenait ce résultat avait quelque chose de tellement irrésistible, et cela értait si bien senti de tout le monde, qu'un fait des plus wwportants de notre époque a passé presque inaperçu. Nulle animation dans la salle. Pas d'étrangers conduits là par la curiosité, le désir, ou la peur. Plusieurs des membres étaient absents, et plusieurs autres, pour être présents, avaient eu besoin d'être aiguillonnés par le ministère. C'^st avec un découragement voisin de la torpeur, c'est avec un sentiment de lassitude presque semblable à de l'indifférence, que les représentants titrés de la vieille Angleterre ont donné les mains à

la formation d'une Angleterre nouvelle. Scène étrange! on eût dit le drame de renouvellement de la vie joué par des ombres!

Ce n'est pas qu'il n'y ait eu des battements de cœur, et que quelques cris d'angoisse n'aient retenti. Ce mol de lord Shaftesburv : € Le bill de réforme de 1867 nous conduit au sommet de la roche Tarpéienne, d'où il nous précipite comme des criminels! > ce mot violent exprime des terreurs que plus d'un haut personnage a probablement ressenties; et ceux-là mêmes qui ne partagent pas des alarmes ainsi poussées jusqu'à l'exagération, se demandent s'ils ne font pas, selon la métaphore devenue à la mode, un saut dans les ténèbres {a leap inthe dark). Mais ce que le poète latin Manilius dit des mouvements célestes est littéralement vrai des mouvements historiques :

Quantaque quam parvi faciant discrimina motus... Tan tu m est hoc regnum, quod regibus imperat ipsis !

Le sort en est donc jeté! Encore quelques jours, et l'Angleterre vivra sous le régime contre lequel lord Ellenborough a protesté comme tendant à amener l'heure, suivant lui redoutable, où ^ le travail fera des lois pour le capital, et la pauvreté pour la propriétés ; encore quelques jours, et le bill de réforme sera loi. Amendé par la Chambre des tords, il est revenu à la Chambre des communes, dont la décision, mûrement pesée, sera, on le croit, définitive.

La Chambre des lords avait introduit dans le projet deux clauses d'une portée considérable :

La première autorisant les électeurs à envoyer leurs votes écrits {voling papers)y au lieu de se rendre en personne au poil ;

La seconde portant que, dans les circonscriptions électorales où il y aurait trois représentants à élire, chaque

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électeur ne disposerait que de deux votes : si bien que la minorité pût avoir un député, dans le cas où elle formerait les deux cinquièmes du nombre total des votants.

En rejetant la première de ces clauses, la Chambre des communes a eu raison; et elle a eu raison en admettant la seconde.

Dans un régime électoral organisé au point de vue de rëgalité, la pratique des voling papers présenterait des avantages qui feraient plus qu'en compenser les inconvénients; mais en serait- il de même dans le régime établi aujourd'hui en Angleterre? Ainsi que M. Bright l'expliquait fort bien, mardi dernier, à Manchester, le système des voting papers a été imaginé dans le but de permettre aux gens riches, à ceux qui ont des propriétés et des votes en divers comtés, de voter dans ces divers comtés, sans sortir de chez eux ; et ce n'eût été rien encore, s'il n'avait pas dû fournir aux landlords un moyen sûr d'intimider ou de corrompre les électeurs placés sous leur influence. Qu'il eût prévalu, et il est certain qu'en chaque petite ville, en chaque village, fermiers et boutiquiers eussent été conduits à aller prendre le mot d'ordre dans le salon du gros bonnet de la paroisse, avant d'envoyer leurs bulletins. C'est ce que la Chambre a déclaré ne pas vouloir. Elle a bien fait.

Mais a-l-elle bien fait d'adopter le principe de la représentation des minorités?

M. Bright, M. Gladstone, M. Goschen disent non; avec M. John Sluart Mill, je dis oui.

Entendons-nous, toutefois. L'application du principe, telle que Fa proposée lord Cairns, et telle que l'ont successivement adoptée les deux Chambres, est resserrée dans des bornes beaucoup trop étroites, n'offre qu'une utilité très restreinte, et a la logique contre elle.

Combien y a-t-il, en effet, de circonscriptions électorales nommant trois députés? Douze, rien que douze, sa-

voir : huit dans l«s comtés, et quatre parmi les villes. Vous devinez le dilemme : si le principe est bon, pourquoi ne pas aviser à ce qu'il soit appliqué partout; s'ilest mauvais, pourquoi l'introduire dans huit districts électoraux de comtés, et l'imposer à quatre villes, telles que Liverpool, Manchester, Birmingham et Leeds?

D'autre part, quelle raison y a-t-il pour que, dans les douze circonscriptions électorales dont il s'agit, la minorité n'ait chance d'avoir un représentant que si elle forme les deux cinquièmes du nombre des votants? Pourquoi ce chiffre arbitraire de deux cinquièmes? La. logique demanderait, ce semble, que la représentation des minorités fût exactement proportionnelle à leur force numérique; de telle sorte qu'une minorité formant, par exemple, le tiers du corps électoral, eût un représentant sur trois.

La ckuse adoptée ne réalise donc pas, tant s'en faut, l'importante doctrine de la représentation des minorités^ mais elle en reeennaU le principe. C'est un pas dans la direction de l'avenir.

J'admire ceux qui définissent rondement le règne absolu dthmAÎonié gouvernement du peuple par lui-même, et qui, cela fait, se croient de grands démocrates. J'affirme, moi, au nom de l'évidence, que c'est là tout simplement \e gouvernement du plus petit nombre par le plus grand nombre. Or, que le plus grand nombre l'emporte sur le plus petit, soit ; mais le plus petit nombre ne doit-il être compté pour rien, absolument pour rien? Il est des cas où la majorité n'est que la minorité plus un, et la minorité que la majorité moins un : prétendra-t-on qu'il suffit d'une voix de différence pour faire que l'une des deux fractions soit le peuple, et que l'autre soit néant? De ce qu'il est juste que la majorité fasse pencher la balance, laut-il conclure que, dans l'un des ]^tcaux, la minorité ne doit point peser son poids?

Où il n^y a pas égalité de représentation, il n'y a pas de

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