LE BILL DE RÉFORME ADOPTÉ
représentation, il n'y a pas de démocratie. L'essence de la démocratie, c'est Tégalité. Partout où la voix des minorités est étouffée, que dis-jel partout où elles n'ont pas leur influence proportionnelle sur la direction des affaires publiques, le gouvernement n'est qu'un gouvernement de privilège, au profit du plus grand nombre.
El n'oublions pas que la tyrannie germe dans tout privilège.
Que serait-il arrivé en Amérique, je le demande, si le^ possesseurs d'esclaves y eussent vaincu le Nord? Est-ce que, dans le Sud, l'abominable commerce de la chair h%H maine n'aurait pas eu pour lui la majorité?
On parle de suffrage universel; mais y a-t-il suffrage universel, même là où chacun vote, si les votes qui ne sont pas douanes dans un certain sens sont des votes perdus? Y a-t-il suffrage universel, là où les choses ne sont pas arrangées de telle façon que tous les suffrages comptent? Je sais combien il est difficile d'atteindre, sur ce point, àuH résultat tout à fait satisfaisant, parce que le nombre des sections électorales est fatalement déterminé par celui des députés à élire. Mais au moins conviendrait-il d'assu'^ rer un organe parlementaire à toute minorité qui s'élève au nombre minimum de votants requis pour l'élection d'un député. Oui, ce serait bien le moins que toute minorité fût représentée, lorsqu'elle se composerait d'autant de citoyens qu'il en faudrait pour faire un député, eu égard au nombre des membres à élire, soit que cette minorité se trouvât réunie sur un seul point du royaume ou disséminée.
Le problème est-il insoluble? Non, grâce au ciel! Il a été résolu par le plan de M. Hare, dont je vous fis l'exposé il y a quelque trois ans. Mais, hélas! les idées justes cheminent lentement... Je m'arrête, cette lettre étant déjà fort longue. Je vous demanderai de l'achever demain, car j'ai un compte à régler avec M. Bright.