‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 6 sur 106 · LA CHAMBRE DES COMMUNES · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DES COMMUNES

On le vit du reste, lorsqu'en .1763, s'abaîssant à servir les vengeances de la cour, elle leur abandonna un de ses membres, le fameux Wilkes, coupable de s'être attaqué, dans le numéro 45 du NorthBritariy au ministre d'alors, M. Grenville, à son prédécesseur lord Bute, et un peu au roi lui-même. On se souvient de ce qui advint. La Chambre avait ordonné — manifeste abus de son pouvoir — que le numéro 45 du North jBnïon, qualifié par elle de libelle scandaleux, serait brûlé par la main du bourreau. Que fit la multitude? Elle assaillit les shérifTs qui exécutaient les ordres du Parlement, arracha des flammes l'exemplaire qu'on y avait jelé, le porta en triomphe à Temple-Bar, et, allumant un feu de joie, y brûla un tirebottes et un jupon, emblèmes de lord Bute et de la princesse de Galles. On sait ce qui suivit. Forcé d'aller demander un asile aux Parisiens, qu'il charma par son esprit, Wilkes, en 1768, fut élu membre du Parlement par le comté de Middlessex, à l'inexprimable joie de ses partisans, qui firent retentir les rues de Londres du cr mille fois répété de « Wilkes et la liberté ! » forcèrent la ville à illuminer et écrivirent sur chaque porte devant laquelle ils passaient le chiffre populaire 45. La Chambre des communes expulsa Wilkes, il fut réélu. La Chambre des communes annula son élection; il fut encore réélu. La Chambre des communes s'obstina : les électeurs revinrent à la charge. La Chambre des communes donna fort arbitrairement le siège de Wilkes, l'élu de la majorité, à l'élu de la minorité*, le colonel Lulrell : la Cité, pour venger Wilkes, le nomma aussitôt alderman, et on lui paya ses dettes par souscription. Ce n'est pas tout : alors commença autour de son nom l'ardente lutte qui se termina, en 1774, par sa quatrième réélection, sa victorieuse installation dans la Chambre des communes renouvelée, et enfin, le 3 mai 1782, par la radiation sur les registres de l'asseoiblée de la résolution qui Tavait déclaré incapable de

siéger. Dans le cours de cette lutte, lord Chatam avait dit dans la Chambre des lords, en parlant du droit que prétendait s'arroger la Chambre des communes : « Quel est donc ce pouvoir mystérieux que nul ne doit interroger, et auquel chacun doit se soumettre? Milords, je croyais que nous en avions fini avec cette doctrine de l'obéissance passive, faite pour des esclaves; et, lorsque nos rois ont été obligés de reconnaître que leur titre à la couronne n'avait d'autre fondement que les lois connues du royaume, je ne m'attendais pas à voir attribuer un droit divin, une divine infaillibilité à l'autre branche de la législature. y>

Voilà pour ce qui concerne les rapports de la Chambre des communes avec la couronne d'une part, et, d'autre part, avec le peuple. Elle a le pouvoir d'empêcher le despotisme, sans avoir celui de l'exercer.

Quant à la presse, qu'elle soit libre là où sa liberté n'est pas sous la protection du jugement par jury, c'est ce qu'en Angleterre nul ne saurait comprendre.

Il est très vrai que, sous George III, la cour et la magistrature s'unirent pour contester au jury le droit de décider si tel ou tel article de journal, tel ou tel passage d'une brochure, avait ou n'avait pas le caractère d'un libelle et qui conduisait à écarter le jury en matière de délits de presse; mais l'insuccès de ces efforts prouva jusqu'à quel point ils étaient contraires aux principes des institutions de l'Angleterre et antipathiques à son génie. La doctrine émise à ce sujet par lord Mansfield, d'abord dans le procès des imprimeurs du North BritoUy ensuite dans le procès de Woodfall, provoqua un soulèvement général de l'opinion. « Sans jury, s'écria-t-on de toules parts, adieu la liberté de la presse ! » Le mystérieux et terrible auteur des Lettres de Junius tira de son carquois de polémiste la plus acérée de ses flèches, et en perça d'outre en outre, on peut le dire, le grand Tpagi^^

Page 1