UN LIVRE DE M. HEPWORTH DIXON
sauvages ont-elles un droit de propriété sur le sol qui les porte? Le droit à la terre ne saurait résulter que des travaux qui la fécondent, Tassainissent, Tembellissent, ^t en rendent la possession par quelques-uns utile à tous. « Or, dit M. Hepworth Dixon, un tueur de gibier ne produit rien, ne crée rien, n'ajoute rien à la valeur de la terre. C'est sur le fait d'aménager des forêts, de planter des arbres, de cultiver des jardins, de dessécher des marais, de mettre le sol en rapport, que le principe de propriété s'appuie, en ce qui concerne la terre. Le tueur de gibier n'a pas à invoquer de semblables titres : ce qu'il a trouvé, à sa naissance, il le lais&e sans altération, à sa mort. Et puis — considération de plus en plus grave, à mesure que la population s'accroît, — la même étendue de terrain qu'il faut à un seul chasseur pour se procurer sa subsistance suffirait à des milliers de laboureurs. Mais quoi! se hâte d'ajouter l'auteur, est-il donc nécessaire que toute une race disparaisse de la surface du globe? L'homme rouge doit-il mourir, pour que sur la terre qui lui donna naissance l'homme blanc vienne s'établir et vivre? *
Ce cri généreux, les Américains de l'Est l'ont poussé depuis longtemps. Quant aux Américains de l'Ouest, ils sont entretenus par le voisinage des tribus indiennes dans des dispositions bien différentes. Colorado déteste ces sauvages que Massachusetts se plaît à regarder de loin au travers d^me sorte de nuage poétique. Où Boston voit une race intéressante à sauver et à civiliser, Denver ne voit que des groupes d'assassins toujours prêts à scalper les Visages- Pâles et à ravir leurs femmes. Au milieu de ces exagérations en sens inverse et des actes contraires qui en sont la suite, — essais philanthropiques, d'un côté, et, de l'autre, expéditions sanglantes, — la question reste encore à résoudre : que faire des Peaux- Rouges, et, envers eux, quelle politique est la bonne?
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S'il était possible de les gagner à la civilisatieii, <;e serait merveille; mais te moyen? M. Hepworth Dison a ^rès bien vu et bien expliepié pourquoi les efforts tentés jusqu'à ce jour daias ce but ^nt éoboué. Les philanikiropes de l'Est auraient v»u'hi transforoner tout d'un coup en cu'ltiyateurs paisible^ de rudes «basseurs qui regardent le travail comme «ne ce ose dégradante et qui ne connaissent que deux geiïresde plaisir, deux genres d'orgueil, deux genres de devoir : saisir 'leur proie et tuer leur ennemi. La nature ne s'accommode pas de ces métamorphoses subites. Pour arriver de l'état sau\'age à l'état civilisé, l'homme e^t obtigétle «passer par trois phases qui semblent répondre à son enfance, à sa jeunesse, à sa virilité. Le développement de ia race humaine est marqué par trois degrés successifs *: k chasse, 4a garde des troupeaux, la cvlture du sol. L'Arabe, aujourd'hui berger, était autrefois chasseur. Le Saxon, aujfwird'hui icu^ltivitteur du «ol, fut chasseur d'abord, puis berger. Pour que les Peauxbouges adoptassent la civilisation des États-Unis, il faudrait qu'ils allassent de l'enfance à la witité sans traverser la jeunesse.
Mais afloTstfuel parti prendre? Les conseils que M. Hepworth Dixon -donne au 'gouvernemeni des États-Unis 'SODt fort sages, à coupeur; toutefois, ou je me trompe fort, ou ils ne fenït qtf'elfteuTer la difficulté :
« Les Indiens doivent être rédoitsà implorer des traités de paix. Si vous admettez leur droit à la terre, achetez-la. Lorsqu'ils vous demanderont la paix, accordez-la-leur, à des conditions généreuses, et forcez-les à l'observer religieusement. Un peu de sévérité sera peut-êb^e nécessaire au début; car le Cheyenne n'a pas encore senti la puissance de l'homme blanc; mais une politique à la fois nette, clémente et ferme serait bientôt comprise par ces enfants de la prairie. Si la politique du laisser faire continue; si on laisse le marchand, Témigrant, le voyageur,
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pousser leur pointe à travers ces déserts, les Américains ne cesseront pas d'être tourmentés sur leur frontière indienne. »
Ce que M. Dixon propose vaudrait mieux sans nul doute que le système actuellement en vogue. Les Cheyennes se croient plus forts, plus braves, plus nombreux même que les Américains, et on ne leur ôtera pas celte dangereuse illusion en allant solliciter la paix, au lieu de l'imposer, et en offrant à Nez-Romain ou à Chieji-Ta- ■cbe^éy comme prix de leur ben voulorr, ceuvertures de ktine, armes à feu, poudre, wiskey. Non, certes; mais, ^i J'on fBift de ce point de vue que l'espoir de changer èeslndiens en hemmes civilisés est un espcrir chimérique, la question n'^st pas seulement de faire Tégner la tranqtiiHité sur la ïpoïrtière indienne ; la question est encore, et 'SnrtcnKt, de savoir comment concilier avec Texirtence de la race rouge le rapide et irrésistible moirvemerft qui pousse la raoe blanche à faire de plus en plus reculer devant telle cette fraritière, jusqu'à ce que toute ligne de démsrcatîim finiBse «par disparaître, «et qu'aux Pearax- RoDges, 'incesBwnmeril Tctfoulés, il ne reste plus de place. . . que pour 7 mourn*.
Ge ooD»pte rendu serais étrangement incomplet, si je n^allsBs au pays des Mormons, à la ^uite de l'éminent voyageur. fC'«st ce que je ferai dans un prochain at*ticle» Usas .ûë^ vous pcmvez voir que j'avais raison de dire : Voici oniKfn JivTe,mn beau livre, un livre charmant.