LE JURY EN ANGLETERRE
96 septeinbre.
Augusta Mitchell, jeune fille appartenant à une famille respectable, eut le malheur de se laisser séduire par un groom. Répudiée par les siens, elle vécut avec lui pendant quelques semaines, comme vivent mari et femme. Le groom lui ayant laissé quelque argent, elle se crut autorisée à agir ainsi qu'une femme agit à Tégard de son mari, et disposa de l'argent pour acheter quelques objets de première nécessité.
Accusée de vol par le misérable qui l'avait séduite, elle a comparu devant le magistrat; elle a raconté son histoire, que toutes les dépositions entendues ont confirmée; elle a prouvé que son intention n'avait été nullement de commettre un vol. N'importe! elle n'était pas mariée, l'argent dont elle avait disposé n'était pas à elle : le jury l'a déclarée coupable, mais non sans faire vivement appel en sa faveur à la miséricorde !
Le juge qui avait à prononcer la sentence, M. Payne, venait précisément de traiter avec une extrême indulgence un homme convaincu de tenir une maison de débauche, et, appelé, il y a quelques mois, à juger une jolie danseuse, il s'était distingué, à cette occasion, par un excès de sensibilité qui lui avait attiré de la part des journaux mainte félicitation ironique. On ne devait donc pas s'attendre à le voir tomber dans un excès de sévérité à l'égard d'une pauvre fille dont tout le crime était d'avoir agi comme la femme d'un homme qui semblait la re-