‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 81 sur 106 · L'ARRESTATION DE GARIBALDI · texte numérisé non relu

L'ARRESTATION DE GARIBALDI

le 27 mai, il s'emparait de Palerme; lorsque, le 7 septembre, il entrait triomphalement à Naples. Les Anglais, si j'ai bonne mémoire, ne crièrent pas à la violation des traités, quand le roi de Piémont étendit la main sur l'Italie centrale, et quand, après avoir reconnu la « légitimité » de François de Bourbon; quand, après avoir luimême appelé Garibaldi « un usurpateur ]», il envoya une armée piéraontaise s'emparer de Capoue, et refouler de l'autre côté du Garigliano les troupes du souverain « légitime ». Si donc les Anglais se montraient inexorables, aujourd'hui , sur l'observation stricte des traités, ils s'y prendraient un peu tard.

Serait-ce enfin que l'Angleterre est profondément touchée des mérites de la convention de septembre et en désire le maintien? Ah! je me rappelle ce qu'on disait ici, à l'époque où elle fut conclue. On disait : <k L'enfantement de l'unité italienne épuise l'Italie. L'entretien de forces militaires et navales disproportionnées à ses ressources la ruine. Le provisoire la tue. Supposons qu'on eût voulu prolonger ce provisoire meurtrier, activer ces causes de dissolution : qu'eût-il fallu faire pour cela? Évidemment, le meilleur moyen eût été d'exciter en Italie les jalousies locales, de rendre la cause de l'unité onéreuse au Piémont, de mettre aux prises Turin et Florence, de donner à Rome l'attrait du fruit défendu, en empêchant les Italiens d'y toucher, de constituer Victor- Emmanuel lui-même gendarme du pape, et de saper ainsi sa popularité, d'exaspérer le parti de l'action, d'armer les patriotes inflexibles contre les patriotes accommodants, d'envenimer enfin la situation au point de tout compromettre. Eh bien, cette œuvre, la convention de septembre, qu'on l'ail voulu on non, menace de l'accomplir. En forçant Victor-Emmanuel à monter la garde autour du Vatican, sur l'ordre d'une puissance étrangère, et à éloigner de Rome à coups de fusil, le cas échéant,

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4es enfants les plus dévoués de rftaliey t>n place le gonvememeHi itaUen dans cette aièemative crteHe, oh de d« rendre odieux ii i'tudie, en d'appeler smc elle le discrédit et les férifis i«liérents ^ la vioÂaitiofi d'«n traité. » Ocii^ voilà cofÉMent la ceni(^eiitio)ii <de septembre fot appréciée^ «A Angleterre, pat ies esprits poKti<|Q«s^ Oe qa'ks pen^ «aient alors, il serait étrange qu'As ne le pensassent pas aiijo«rdlitri,«'esl^-dire au m&rtmni x)ù Viclor-Ënii»aiMael vient d'être e^sé «à un ^cond Aspromonte !

Aussi, foe demandât tous tes partis, depuis celuî dont le IHmes est l'organe, jnsqu'à 'oeini ^ue représente le Daily News'l Ils demandent qu'eri revienne sur la cou» ventiovi de septembre .

J'ai 'dose À reprendre 4a questie>n ^^ je posais en «ommençaivt : D'où vvent la ««lisfactiDn qn^>a causée «aux Anglais l'aire^t^tiott de ^aiibailcK?

Elle vient de rinSoiniiontaMe passion '^lii leur lait craindre les v«eé ambïàeuses ^'ifls su^pposent à ia France et les faiit, par ^wtt^ soupirer après son amoiii-^ drissement. Oe '^e GkiribaMi, dans leur pensée, meftaçait de compromeiftre par «ne toirtati^ prématuréie, 'C'élaït r«nité de l'Italie, Mvisa^ «commue pou^nt dcfviefiîr M «obstacle àllftiflueiice delà France K 'un frein à sotn ambitien. De là ieur joie, en apprenanft que c^tte ^tMtatr^ avaiit >avorté. (tti 1 -^ Gaiffl^Mî avait ^eu 'devant lui, suivant eux, des chances sérieuses de ^ccès, ils «l'atFraîent pas eu assez d'^encoupsigemefifts à lui prodiguer. Si la fortune l'avait servi; si, en donnant u»e tète àlltaSie, son heareus eaud«oe avait fonifié une ptds^nee avec laquelle ils espèrent que nous aurofts un }o«r ^ compter, ils lin «rraietft élevé des autels. Mais ite estimeiit ^ae le ptioimer besoin de lltsfiie ^t de sortir de i9es embairas>ftnaiidèrs> de rcflever isc^ orédit ^ti^ffisant; iils pensera qn'avam 4è ^tfndir,i1 ^lA qu'elte vive; «t c'^t à cènse de tèla ^'i»ls treiftfMaienft â l'idée '4è ta'veir pouissée «or Rofte^

L'ARRESTATtO»N DE &ARIBALBÏ. aia

entre le danger d'uEe banqueroute et la HËb^nace d'ane> interventioû él^rangère.

Certes, s'ilf est «ne chose àimï il semble qu'on ait lieu d'être surpris, c'est de les entendre leuer M. (tattazzl, et le féliciter hautement d'avoir agi avec décision, avec vigueur.

D'abord, M. Rattazzl n^a jamais été aimé en Angleterre, parce q^'on Yj a toujours r^ardé comme Thomm^ des Tuileries; et il est assez singulier qu'on te loue si fort du coup de vigueur dont il s'agit, quand »h sait, ou qu'on croit savoir à l'instigation de qui ee coup a été frappé.

D'autre part, il n'est conforme ni aux habitudes ni aux idées du peuple anglais de trouver bon qu^o» se joue de la loi, quelque graves que soient les circonstances. Garibaldi, député, n'était-il pas couvert, comme tel, par l'inviolabilité parlementaire? Il voyageait sans armes; rien ne prouvait qu'il se dirigeât vers la frontière; son arrivée avait été annoncée à Pérouse : de quel droit, lorsqu'il était encore très éloigné de la frontière, attentait-on, dans sa personne, à la première des libertés constitutionnelles : la liberté d'aller et do venir?

Ces considérations, très peu valables dans les pays qui sont au régime des eo^ups de tig^mur^ semblaient, je le répète, de nature à être pesées par un peuple qui pousse jusqu'au serupulele respect de la légalité stricte. Mais M. Rattazzi avait rendu à l'Angleterre ce service, « d'6ter tout prétexte à une nouveUe intervention des Français dans Rome ï> ; et il n'en faut pas davantage pour que les Anglais, en celte occasion, sacrifient Gambaldi, qu'ils aiment, à M. Rattazai, qu'ils n'aiment pas.

Le Time$ a dit un mot qui mérite d'être remarqué : « La chute de Garibaldi à Aspromonte conduisait à l'évacuation de Rome parla garnison impériale : l'arrestation de Garibaldi à Àsinalunga doit également avoir pour effet

l*expulsion des zouaves et autres mercenaires étrangers. i» Certes, je ne suis pas de ceux que leur impatience, généreuse d'ailleurs et bien naturelle, de voir la France libre, aveugle sur la nécessité de la maintenir forte. Mais sa force, sur laquelle il lui est commandé de veiller comme sur un trésor qui n'appartient pas à elle seule, ce n'est point dans l'abus de sa supériorité militaire qu'elle doit la chercher ^ et qu'elle la trouvera. Que le trône de saint Pierre cesse donc d'être soutenu par des mercenaires tirés de France ou d'autres pays, et que les Romains, rendus à eux-mêmes, le soient à l'Italie, si telle est leur volonté, j'applaudirai, quant à moi. Seulement, il importe que, sur la nature et la cause déterminante des impressions dont je rends compte ici, mon pays ne se méprenne point. Or, à cet égard, on commet en France de bien lourdes erreurs, si j'en juge par le langage de certains journaux français.

J'ai, par exemple, sous les yeux, la Liberté du 27 septembre, et j*y lis que la vraie solution du débat francogermanique ne doit être cherchée ni à Paris, ni à Berlin, ni en deçà du Rhin, ni au delà, ni en amont, ni en aval du Danube, ni à Augsbourg^ni à Vienne. Selon M. Odysse Barot, et, je le suppose, selon M. Emile de Girardin, 'oracle à consulter siège dans Londres, et s'appelle le Times. Et pourquoi est-ce au Times que nous devons abandonner la solution du débat franco -germanique? Parce que « un arbitre impartial voit toujours plus sainement, et juge plus équitablement les choses que les parties intéressées ».

Le Times y un arbitre impartial! L'Angleterre, une partie désintéressée dans la question! Ah! que n'ont-il& été, comme moi, témoins, ceux qui parlent ainsi, des transports de joie qui éclatèrent en Angleterre, le lendemain de la bataille de Sadowa! que n'ont-ils assisté, comme moi, à ce subit et prodigieux revirement de l'opi-

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