L'ARRESTATION DE GARIBALDI
nioii publique, qui changea en sympathie brûlante Taversion que la Prusse inspirait la veille, et fit de M. de Bismark le héros favori de cette même nation, qui n'avait eu pour lui jusqu'alors qu'insultes et anathèmes! Le secret de cette transformation, il faut rendre cette justice aux Anglais, qu'ils ne l'ont pas caché. Ils ne se piquent pas, parait-il, de cette impartialité que la Liberté leur attribue si bénévolement. Ils ont répété sur tous les tons ces paroles de M. Goldwin Smith : c La cause de l'Allemagne est la nôtre (the cause of Germany is ours) » ; et encore : ^ Il n'y a qu'un frein très fort qui puisse forcer la France à renoncer au rôle agressif, et à laisser la civilisation se développer en paix : ce frein, c'est l'unité de l'Allemagne. » Un arbitre impartial ! Eh bien, je ne crois pas exagérer en affirmant que l'Angleterre a considéré les victoires de la Prusse comme siennes, absolument siennes. Il convient aujourd'hui au Times de poser en principe qu'un peuple n'a que faire de prendre souci du progrès de ses voisins sur ses frontières. Hais que les zouaves marchent demain sur Anvers, et nous verrons si le Times conservera cette grande sérénité philosophique ! Voilà pour l'impartialité de l'Angleterre dans la question franco-germanique. Quant à son impartialité dans la question franco-italienne, elle est exactement de même nature. L'ombre, rien que l'ombre de l'influence française au delà des Alpes les importune. Ils désirent ardemment que Rome soit à l'Italie, par la raison qui leur a fait désirer ardemment que le Hanovre et Francfort fussent à la Prusse. Ils se réjouissent des fautes d'une politique qui , resserrant la France entre l'unité italienne et l'unité allemande, a donné une extension formidable au rempart que les traités de 1815 avaient élevé autour de nous. Voilà la vérité.
Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, ce serait jouer le jeu des Anglais que de mettre de côté la convention de sepvu. 19
tembre, qui, en barrant aux Italiens le chemin de Rome, met obstacle au complet établissement de Tanité italienne.
A cela, je pourrais me contenter de répondre qu'il n'est pas d'intérêt national qui ne doive passer après celui de la justice; mais je vais plus loin, et je m'assure que, loin de profiter à Tinflueiice française, la conventiotok de septembre ne sert qu'à la rainer de plus en (riiis. Les Anglais, en croyant le contraire^ se trompent : ils {Nreiin^t les apparences pour la réalité ; abusés par cet esprit trop exclusivement pratique qui les empêche si souvent de voir les choses de haut, il leur échappe que la pression exercée sur l'Italie par le gouvernement français est ce qu'il peut y avoir de plus fatal à notre ptûssance, bien entendue. Que le gouvernement impérial se repente ou non d'avoir employé l'or et le saag de la France à établir l'unité italienne, c'est bien en vain qu'il espérerait maintenant défaire ce qu'il a fait. Lorsque la passion de la vie nationale se trouve avoir été à ce point développée chez un peuple, la combattre ne sert qu'à l'exalter. La toaventlon de septembre peut sans nul doute condamner ritalie, pendant un certain temps, à une existence difficile , tourmentée, mais elle ne peut rien de plus. Les efforts que le gouvernement impérial ferait pour arrêter le char qu'il a lui-même lancé ne sauraient désormais aboutir qu'à rendre la France odieuse au delà des Alpes. Résultat qu'en vue de l'avenir il faut éviter avant tout ! car rien n'est plus absurde que de créer une force pour la mettre contre soi...