UN SYNODE ANGLICAN. — LE DOCTEUR COLENSO
ii octobre.
La mode est aux congrès. Sans parler du congrès de Lausanne et de celui de Genève, qui ont fait assez de bruit, comme vous savez, n'avons^nous pas eu un congrès de la < science statistique >, et un congrès de la (c science sociale >, et un congrès € trade unioniste » et un congrès « archéologique >, et un congrès € pédagogique »? C'eût été merveille, si nous n'avions pas eu des congrès ecclésiastiques pour compléter la liste. Mais, Dieu soit loué! le clergé n'a eu garde de se montrer rebelle, sous ce rapport, à l'esprit du siècle ; et de même que le catholicisme a eu son congrès en Belgique, de même le protestantisme a eu le sien en Angleterre. Soiiante-seize évêques, anglais, écossais, américains, coloniaux, se sont réunis à Lambeth pour y former ce qu'on appelle le « pan anglican synod » ; ils ont prié ensenJ)le^ ils ont communié ensemble, et ils n'ont pas laissé ignorer au monde profane qu'ils ont mangé du pain fait avec du blé de Bethléem et bu de bon vin fait avec du raisin de Jérusalem.
Les délibérations ayant eu lieu à huis clos, vous rendre compte de ce qui s'est passé à l'inl^ieiir du conclave est chose impossible V mais je puis au moins vous dire un mot des résolutions, lesquelles viennent d'être publiées.
Les trois premières ont trait à des questions de convenancea ecclésiastiques et sont insignifiantes. Il n'y a pas lii&a de s'y arrêter.
La quatrième déclare que le meilleur moyen de maintenir l'unité de foi et de discipline dans la communion
anglicane est de subordonner les synodes des diverses branches à la haute autorité d'un synode qui les domine tous. Le sens de celte résolution vous sera expliqué tout à l'heure.
La sixième constate que TEglise est actuellement en proic^à des déchirements cruels, et annonce la nomination d'un comité ayant mission d'examiner de quelle malûère il pourrait être coupé court au scandale et pourvu au maintien de la vraie foi. Vous verrez plus loin ce que cela veut dire.
La septième explique comment on devrait s'y prendre pour doter le diocèse de Natal d'un nouvel évéque, dans le cas où la consécration de ce nouvel évéque serait décidée. Ici, une pause, s'il vous plaît, car je viens de loucher la corde sensible.
Mes lecteurs ne sont pas, je suppose, sans avoir entendu quelque peu parler du docteur Colenso, évéque qui a rompu avec l'Église anglicane, dont il est un des dignitaires, en publiant un livre ou il met hardiment le doigt sur une foule d'erreurs grossières que^contiennent, suivant lui, la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome ; ce qui le conduit à croire et à proclamer que Moïse n'est pas l'auteur du Pentateuque.
Je me souviens — et comment l'aurais-je pu oublier ! — de la prodigieuse sensation que produisit en Angleterre la publication de ce livre. Les membres de l'Église établie furent transportés de colère; les laïques furent saisis d'étonnement, les dévots poussèrent des cris de terreur, les libres penseurs entonnèrent un chant de triomphe, les journaux se livrèrent sur le corps de la Bible un combat acharné; les pamphlets pour et les pamphlets contre affluèrent, le scandale fut énorme : le Pantateuque mis en pièces! et par un évéque! Il n'en fallait pas tant pour faire tressaillir la nation, d'un bout à l'autre du Royaume-Uni.