L'INTERVENTION FRANÇAISE EN ITALIE
pérîence des amers soucis que la première lui avait donnés! Pouvait-il ignorer que l'entrée de ses troupes dans la ville éternelle irriterait contre lui l'Angleterre, la Prusse, la Russie, toute l'Europe, à l'exception de cette cour de Madrid, dont l'alliance, dans les circonstances actuelles, ne comptait pas? Qu'il ne laissât pas faire fi de la signature de la France, cela se concevait de reste ; mais qui l'empêchait d'en disposer lui-même, dans le sens d'une politique conforme au mouvement irrésistible de la civilisation et à la doctrine des nationalités ? qui l'empêchait de se concilier à jamais l'affeclion de ritalie par une renonciation généreuse à la convention de septembre; dès qu'il devenait manifeste que le maintien de cette convention avait pour effets inévitables d'imposer au gouvernement de Victor-Emmanuel une tâche odieuse, d'armer les Italiens les uns contre les autres, et de condamner l'Italie, que la France voulait heureuse et libre, à une existence misérablement agitée, à une existence impossible? Si Napoléon espérait appeler sur lui les bénédictions de la papauté en lui fournissant des sentinelles, il risquait fort de se tromper. La grande affaire, pour le Vatican, n'est pas qu'on le protège, mais qu'on lui obéisse. L'empereur des Français avait-il donc oublié par quels hommes il fut un jour comparé à Ponce- Pilale?
C'est ainsi qu'on parlait hier. L'intervention en Italie était regardée ici comme chose monstrueuse, insensée, tellement insensée et monstrueuse, qu'on ne l'expliquait que par les hypothèses les plus étranges.
Je dois dire, toutefois, que ce sentiment n'était pas celui de certains conservatistes, qui s'accommoderaient .très bien de la chute du pouvoir temporel des papes, s'ils n'y voyaient le triomphe de la Révolution. A ceux-là, pour qu'ils prennent parti, tout protestants qu'ils sont, contre ce mouvement italien, il suffit de savoir que le pape est
attaqué par des chemises rougeSy et défendu par des soldats qui ont à leur tête des gens de qualité. Ce sont les mêmes qui, dans la guerre d'Amérique, priaient le bon Dieu de permettre que la canaille du Nord fut exterminée par les gentlemen du Sud.
Quoi qu'il en soit, s'il est vrai, comme on l'écrit aujourd'hui de Toulon, que le départ de la flotte pour Civita-Vecchia est suspendu et que les préparatifs militaires sont contremandés, l'empereur peut s'attendre, de la part de la presse anglaise, à un déluge de félicitations. Déjà le TimeSj sur la foi des dernières dépêches, paraît regretter d'avoir trop vite mis en doute la sagesse impériale. Que disait-il, hier? Son langage n'était pas flatteur. Jugez-en par cette citation : <c Lorsque M. Thiers déclarait qu'il n'y avait plus de faute à commettre, il ne prévoyait pas la seconde expédition de Rome. »
C'était ici, autant qu'il m'a été permis d'en juger, l'avis de presque tout le monde. Mais, aujourd'hui, on a de meilleures nouvelles, et l'on respire.
N'allez pas croire, cependant, que la satisfaction soit complète parmi les Anglais, amis de l'Italie : tant s'en faut. Ils craignent que le retour de la cour des Tuileries à des idées pacifiques ne soit le résultat et la preuve de ce qu'il y a d'irrésistible dans la pression exercée par la France sur l'Italie. Ils se demandent avec tristesse si la politique impériale ne s'est pas déridée uniquement parce qu'on lui a offert M. Ratazzi en holocauste et donné le général Cialdini pour instrument. Ils s'inquiètent de l'intention prêtée à cet énergique traîneur de sabre d'avoir recours à diverses mesures contre-révolutionnaires, telles que la mise en état de siège des places où le parti de l'action est en force. Ce qu'ils auraient voulu, c'est que l'Italie résistât fièrement aux exigences du gouvernement français et fît acte d'indépendance.
Non qu'ils se fissent illusion sur la grandeur des périls