LA BOUCHERIE DE MENTANA
TEmpire une sitiration nouvelle. C'est un choix péremptoire, déclaré, entre deux forces qu'on avait semblé, jusqu'à présent, vouloir tenir en équilibre. Le gouvernement impérial y Irouvera-t-il son compte? Y regarder est son affaire. Il vient de se risquer sur une route où l'on ne s'arrête pas facilement, et qui mène loin... Des alliés? l'Église n'en accepte pas; il lui faut des serviteurs et des instruments. Si, par impossible, le gouvernement impérial l'ignorait, il ne tarderait pas à l'apprendre. Ne lai demande-t-on pas déjà de mettre l'Italie en pièces, c'està-dire de détruire son œuvre, de souffleter son passé, de faire pénitence du grand péché de Solterino?
Qu'a-t-il donc gagné à la défaite de Garibaldi?Du temps^ rien de plus. Mais, quand une situation est radicalement fausse, les difficultés qu'elle engendre s'accumulent à mesure qu'elle se prolonge, de sorte qu'en ajournant la crise on ne fait que l'envenimer.
Voilà pour le gouvernement impérial. Quelle est alors la partie gagnante? Le parti clérical? Son illusion est profonde, s'il croit Garibaldi vaincu. Garibaldi n'avait de puissance que comme homme représentatif. Ce qu'on a vaincu dans lui à Mentana, c'est la personne, non la chose personnifiée, ennemi contre lequel fusil Chassepot et ca* nons ne peuvent rien, absolument rien.
Qu'y a-t-il de changé à la situation du saint-siège, au point de vue des causes générales, permanentes, des causes historiques qui l'ont produite? La victoire de Mentana aurait-elle d'aventure réconcilié la papauté avec l'esprit moderne? a-t-elle mis fm aux aspirations de l'Italie? empêche-l-elle le pape d'avoir, en sa qualité de prince italien, des intérêts opposés à ceux de la nation qui l'entoure, qui l'enveloppe? Que prouve la présence de deux mille soldats français sur le champ de bataille,, sinon l'impossibilité où est le pouvoir temporel de se maintenir à l'aide des mercenaires qu'il emploie? Qu'on
songe à ce qu'il a fallu embarquer de troupes à Toulon pour le défendre; et cela, au risque de complications formidables! Ce que sa conservation coûte donne la mesure des dangers qui le menacent. Et comment serait-il hors de danger, tant qu'il lui est impossible d'être hors de page? J'admire qu'on parle du pouvoir temporel du pape comme d'une constitution nécessaire de son indépendance. Belle indépendance que celle qui condamne le souverain pontife à être toujours le protégé de quelqu'un : le protégé de l'empereur d'Autriche jusqu'en 1849, et, depuis, le protégé de l'empereur des Français! « Si la papauté, disait le TimeSy il y a quelques jours (n° du 26 septembre), peut se passer de mercenaires, et établir ainsi sur ses propres mérites son droit à l'existence, nous serons les premiers à lui crier: Esto perpétua, » Mais, quoi! loin de pouvoir se passer de mercenaires, elle a besoin, chaque fois qu'il s'agit de la sauver, qu'on lui envoie du dehors une armée, et que, pour elle, on s'expose à mettre l'Europe en feu. Ce que les derniers événements prouvent, c'est cela. Que le parti clérical modère donc ses transports : il est aujourd'hui ce qu'il était hier.
Quant au gouvernement de Victor Emmanuel, il a luimême prononcé son arrêt. Je disafs, dans ma dernière lettre, qu'on lui avait imposé la cruelle obligation de choisir entre la mort par la guerre ou la mort par la Révolution : il a choisi. En arrêtant celui qui venait de combattre ce combat du peuple italien, il lui a définitivement livré, en Italie, l'empire des âmes. Voici comment s'exprime à ce sujet le Spectator, organe de tout ce qu'il y a en Angleterre d'intelligences élevées, clairvoyantes et libérales :
« L'Italie mérite plus que jamais la sympathie des Anglais ; mais la maison de Savoie, en obéissant aux ordres de l'étranger, a perdu son droit moral de régner. »
Encore une fois r qui gagne à la dernière manifestation de la politique impériale?