‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 96 sur 106 · L'ARMÉE DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DU TRAVAIL

L'ARUÉE DU TRAVAIL.

5 décembre.

Les manifestations en faveur de la réforme électorale se succèdent en Angleterre avec une» rapidité qui témoigne assez de la ténacité du désir qui les inspire. L'exemple avait été donné par Birmingham ; il a été suivi coup sur (îoup par Manchester, Leeds, Bradfort, Glasgow, Edimbourg, Dublin; avant-hier, Londres a eu son tour.

C'était par centaines de mille qu'à Birmingham, à Manchester, à Glasgow, on avait compté les défilés d'ouvriers réformistes ; il était donc naturel de s'attendre, dans la capitale du royaume, à un redoutable déploiement dés forces populaires, et c'est à quoi on -s'attendait effectivement.

De là, grand émoi dans le camp des conservatistes*

Non qu'on ne s'efforçât de faire contre fortune bon cœur. Les organes du parti tory, sachant bien que, pour empêcher la démonstration dans un pays aussi libre que celui-ci, tous leurs efforts seraient vains, avaient pris le parti d'affecter beaucoup de confiance. C'était merveille de les entendre parler du bon sens de la classe ouvrière, de sa modération, eux qui avaient si fort applaudi à M. Lowe disant, en pleine Chambre des communes, que c'était au fond de la société qu'il fallait descendre si l'on voulait trouver l'ignorance, l'ivrognerie, la brutalité, tous les vices !

Le ministère, de son côté, n'avait garde de prétendre s'opposer à la manifestation résolue par les corporations

ouvrières, les « Trades'Unions *. Il n'avaîl pas dédaigné d'enlrer en négociation avec leurs délégués; en échange de Hyde-park, qu'ils demandaient pour y tenir leur meeting après avoir processionnellement traversé Londres, il leur avait offert Primrose hill, emplacement situé loin des quartiers riches et beaucoup plus éloigné du centre de la capitale. Bref, on avait vu le gouvernement et une poignée d'ouvriers, parlant au nom de leurs camarades, traiter de puissance à puissance et se séparer bons amis.

Ce n'est pas tout : après de nombreuses et infructueuses démarches pour obtenir, dans une propriété privée, un espace qui leur permît de se développera l'aise autour de leurs orateurs, les ouvriers avaient été agréablement surpris d'apprendre que Beaufort-park était mis à leur disposition ; par qui? par un tory déterminé, lord Ranelagh.

Ainsi rien qui ne semblât attester la confiance des adversaires de la réforme dans le bon esprit des ouvriers réformistes.

Et cependant la vé,rilé est qu'au fond le parti tory avait grand'penr, et, s'il s'étudiait à dissimuler l'inquiétude secrète dont il était tourmenté, simême il allait jusqu'à se montrer prêt à faciliter les arrangements nécessaires, c'est simplement en vertu de cette maxime : il faut savoir souffrir ce qu'on ne peut empêcher. Mais, en réalité, il se préoccupait fort, je le répèle, de ce que pouvait amener d'événements imprévus, la marche de 200 000 hommes traversant Londres à la façon d'une armée qui entre dans une ville conquise.

Eh bien, la journée du 3 décembre est venue prouver, sous un double rapport, que les inquiétudes des conservatistes étaient mal fondées.

D'abord, il s'en est fallu des trois quarts que le défilé des corporations présentât le chiffre annoncé.

Ensuite les choses se sont passées avec une tranquil-

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lité si parfaite, un ordre si admirable, que les peureux doivent bien regretter aujourd'hui de s'être fait, si hors de propos, tant de mauvais sang.

Quoi qu'il en soit, les voilà dans un état de ravissement béat ! Il faut voir de quel air ils s'en vont disant : € La ma-^ festation a manqué» the démonstration hasprovedafailure. El pourquoi a-t-elle manqué selon ces pessimistes devenus optimistes du jour au lendemain? parce qu'au lieu d'un défilé de 200 000 ouvriers, il y en a eu un de 25 000 seulement d'après les calculs intéressés du Times* Mais ces bonnes gens ne prennent pas garde que le temps était affreux ; que les rues étaient des mares de boue ; que, pour des milliers de travailleurs, il y avait à parcourir plusieurs lieues de chez eux à Beaufort-park, et que le sacrifice d'une journée de travail cqmpte dans le budget hebdomadaire d'un salarié.

Est-il douteux que les 30000 hommes qui formaient la procession des Trades'Unions en représentaient 200 000? La vraie question est là. Or je m'assure que ce n'est pas une puissance à dédaigner que celle qui envoie à un gouvernement une ambassade de 30 000 hommes.

Et puis ce qui constitue l'importance réelle de la manifestation du 3 décembre, c'est l'ensemble des fortes et sérieuses qualités qu'elle révèle dans la classe ouvrière. Quant à moi, je n'ai jamais été témoin, je le déclare, d'un spectacle aussi imposant que celui de la journée d'avanthier. Ces rangs pressés de travailleurs s'avançant avec la régularité et la précision d'une armée, cet imposant silence, si plein de pensées, des travailleurs en marche; ces visages graves et énergiques, ces bandes de musiciens précédant chaque corporation, ne finissant le « God save the Queen » que pour commencer la Marseillaise; ces emblèmes à signification profonde; ces milliers de bannières qui, au moyen de devises qui y étaient tracées, parlaient à l'esprit ou au cœur le plus noble langage : tout cela était

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émouvant au delà i» ce que je puis dire. Si c'e^t là g$ que ie Times appelle une m^oiCe^t^tLou lo^ij^quée^ d^ quel nom faudrait-il donc apj)^ler uae pjaoifest^tipf^ réussie ?

Au bout du compte, quel étaU le hnt d^ celiiç 4« 3 é^ eeoibre? Les ouvriers voulaiej^ dire :« ]!{oju^ ^omm^e^ dér cidiésà avoir le .droit de suffrage, o^s ;ji.Q.us seuiQ9$ assez foi:t$ pour h cooquérir, et njous ^mims ài^^^x^ xle 1 exercer, > Ce but a-t-iJété atitw>i?Ouiî

Et j'ajoute : Malheur à £^uî d#At Tiép^issie intelH^i^B^ «'obstioer;ait à a^ pas trouver la le^on mï&sdLmf»^$$ claire ou suffisa^imeut impérieuse^ Sg«rez-voujs d^ qn^lj^ manière eUe ^ été commeotée hier m ^oir par M.- èrx^bt dans un meeiiijg tenu à Saiot-Jajaaes ball^ Les paroHes du rude tribun valeut la peiaequ'im les cite, « Si, ihe li:wvant au pied du Vésuve ou de TEtna, il m'arrivait de dir# au$ babitauts d'ua bam^au :SLtué sur 1^ peachaat d# ia montagne : « Vous Yoyez cette yapejur qm mpnjte dj^ sommet : eb bien^ eUe peut d^veair jon npir joiuage qui Vig^^yg cachera Je cieL Yom voyez, 4aiis cette fissure^ ce ruisseJet de lave : ejb bien, il jpeut deyemr un torre.at de feu* Vous entendez ce bruit sourd ; eh bien, ij peut devenir ]b mugisseflaejït du toi3yoerr«, -- la voi^ d*»o x^ataçlysjoae qui ébraftler^ la moitié d'u* cpoJment. EtJu'ouWie;: pa^ qu'w^ dessous de vous ^i un tomb^n où .ont éié englouties de grandes cités pour lesquelles il n'f aur^ pas de résurrection ! »... Si je disais cjela, eiqu'sme effroyable catastrophe survînt, eu serais-j.e responsable, moi qui n'ai pas élevé la. montagoe et ae Tai pas x^mplie de matières ei^plosives? »

Tel est le sombre a^veriissemeut q^ie M^ Brigbt adresse ^\i% adversaires inflexibles de touite réforme.. Dieu v.eiuiile qu'il n'y ait pi^ U^^/l ie Iftur appliquer le

Aures futbent et non audiunt.

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