UNE LETTRE DE L'EMPEREUR P'ABYSSINIE
Un port de lettre qui coûte 250000000 de fraacs! Ce n'est pas pour rien, n'est^e pas? £t pourtant, voilà, comme M. Osborne le disait hier dans la Chambre des communes, oui, voilà ce qu'une lettre de cet empereur Théodore, que Dieu confonde! risque de coûter à TAn-* glelerre. Peste! il ne fait pas bon correspondre avec Sa Majesté Abyssinienne!
Il y a ici un proverbe qui caractérise à merveille une nation de boutiquiers : c'est celui-ci : « Prenez soin de vos gros sous ; vos louis prendront £oin d'eux-mêmes y> {lake care ofyour pence; your poundMwill take care of themselves). Mais combien peu, hélas! dans cette af<- £aire d'Abyssinie, les livrer sterling de l'Angleterre ont pris soin d'elleS'-mémes !
Le plus triste, c'est que cette mau4ite lettre de l'empereur Théodore, qui est restée quinze grands mois sans réponse, ce qui a fàcbé JSa Majesté, V^ conéuit à jeter en prison tons las Anglais qu'il awt «ans la mwi^et, sur son refus de les rendre, elle a forcé l'Angleterre i obérer le hudget indien et à grossir i'income-tax de deux peme par livre steriing ; cette maudite lettre, dis-je^ personne ne la connaît, personne ne parait l'avoir Itie; elle est égarée, elle est introu.vable. « Mais enfin, disaient hier quelques membres indiscrets de ia Chambre, si l'on ne peut nous montrer une missive de laquelle, nous en avons d'avance la chair de poule! sortiront plus de
maux que n'en conlenait la boîte de Pandore, qu'on nous apprenne du moins ce qu'elle contenait, et par quelle fatalité elle a été perdue. » Curiosité vaine! Lord Stanley a répliqué que la lettre avait été remise très certainement à son prédécesseur, lord Russell, puisque l'enveloppe portait, écrit de sa main. Tordre de l'envoyer au bureau des affaires de l'Inde. Lord Stanley n'en sait pas davantage.
Le bureau des affaires de l'Inde en saura plus long, peut-être? Point. Le colonel Sykes a déclaré que l'envoi de la lettre à ce bureau y avait été regardé comme une communication sans importance; on supposait que le ministère des affaires étrangères avait répondu. Bref, c'est le cas de chanter, comme dans la Dame Blanche :
Je n'y puis rien comprendre; Mais d'un billet si tendre Je voudrais bien voir l'auteur.
Quel mystère plane, en ce bas monde, sur l'origine des choses ! Il en est qui nient que la rage de l'empereur Théodore soit venue de la manière trop leste dont on a traité, à la cour de la reine Victoria, ses effusions épisto* laires. Et, par exemple, M. Layard, qui était sous-secrétaire d'État des affaires étrangères quand la fatale lettre est arrivée, ce qui n'empêche pas qu'il ne soit, lui aussi, de ceux auxquels il n'a pas été donné d'en avoir la moindre connaissance; M. Layard assure que tout irait au mieux, si le colonel Cameron, aujourd'hui captif en Abyssinie, n'avait désobéi à ses instructions; s'il n'avait pas pris sur lui de se mêler imprudemment des affaires de cette contrée, et si son intervention n'avait pas eu pour effet de mécontenter l'ombrageux Théodore. Malheureusement, M. Layard, en ceci, ne parle guère comme le « livre bleu », dans lequel le capitaine Charles Duncan Cameron est formellement qualifié de « consul en Abys-