‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 102 sur 117 · POLITIQUE SUPPOSÉE DU NOUVEAU MINISTÈRE. 34T · texte numérisé non relu

POLITIQUE SUPPOSÉE DU NOUVEAU MINISTÈRE. 34T

puis si longtemps endormi. Enfin Ton se demande avec quelque inquiétude si l'honneur de l'Angleterre est tout à fait sauf, sons la garde d'un ministre qui, dans la question de Pologne et dans celle du Danemark, a si peu agi après avoir tant parlé.

Et puis iord Russell n'a rien de ce naturel aimable, de cette grâce attirante, de cette tolérance politique, de ces qualités de l'homme du monde qui avaient valu à lord Palmerston une influence toute personnelle. Il est sec, raide, eiclusif, enclin au népotisme, et porté à ne voir dans l'Hitat que le patrimoine de son parti, fidèle représentant sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, de cette aristocratie des whigs qui a toujours trouvé moyen <le Tuarier à certaines tendances libérales le goût ^'ane domination sans partage, des allures hautaines et ^n intraitable esprit de caste.

Voilà bien des raisons contre; mm, je me hâte de le reconnaître, les raisons pour abondent. On ne saurait iiier que lord Russoll n'ait poussé de son mieux à la roue sur le chemin du progrès. Son nom" est associé à la plupart des victoires remportées dans l'Angleterre contemporaine p^ff le génie de la liberté. Si ses manières sont raides, du moins ses convictions sont fermes ; si son libéralisme est étroit, du moins il est consistant. On n'a pas à craindre que, dirigée par lui, l'Angleterre en vienne jamais à pactiser avec les gouvernements absolutistes. Pendant la guerre d'Atnériquc, il était du très petit nombre des hommes d'État qui, de ce côté de l'Atlantique, ne perdirent jamais de vue que le triomphe du Sud eût été celui de l'esclavage. 8*^11 se montra intolérant à l'égard des catholiques, lorsque le cardinal Wiseroann afficha la prétention de se parer du litre d'archevêque de Westminster et d'établir au sein de l'Angleterre protestante une hiérarchie catholique, ce fut en haine de l'intolérance papiste. La lettre qu'il écrivit à cette occasion

à l'évêque de Durham et son bill des titres ecclésiastiques, témoignent de Tâpreté, mais aussi de la bonne foi de son libéralisme. Que dire encore? Sa naissance et ce n'est pas un médiocre avantage en Angleterre — sa position sociale, l'importance des fonctions qu'il a remplies, son expérience des affaires, sa familiarité avec le pouvoir, son habitude de traiter avec l'Europe au nom de son pays, tout concourt à faire de lui un personnage considérable. En réalité, il est aujourd'hui le seul sous qui un homme de la taille de H. Gladstone puisse servir sans paraître déroger.

Quelques-uns auraient voulu voir le poste de premier ministre conûé à lord Granville. Le choix n'aurait pas été mauvais si, pour occuper la première place du royaume, il suffisait d'avoir de grandes relations de famille, des manières conciliantes, un tact politique parfait, et les qualités qui constituent un courtisan d'élite.

Mais pourquoi, demande rez-vous peut-être, ne pas livrer les rênes à M. Gladstone? Parce que M. Gladstone inquiète un peu tout le monde, même ses amis. Ce brillant esprit a tant de facettes, il réfléchit tant d'idées et de nuances d'idées, il sympathise par certains côtés avec tant de causes diverses, il est doué d'une clairvoyance si tourmentante et pressé par un besoin d'initiative si impérieux, que la direction qu'il peut prendre à tel moment donné échappe à toutes les prévisions. On le croyait profondément imbu des doctrines d'Oxford, lorsqu'un beau jour il proposa de taxer les institutions charitables. On le croyait entièrement revenu des idées qu'il avait pu puiser dans le camp des tories, lorsqu'un beau jour il se déclara pour le Sud. On le croyait, en économie politique, de l'école de M. Milner Gibson, lorsqu'un beau jour, pla^ giaire instinctif des socialistes français et du Luxembourg, il demanda que l'État fût admis à faire concurrence, dans l'intérêt des pauvres et des ignorants, aux compa-

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