‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 104 sur 117 · SOCIÉTÉS POUR LA PROTECTION LÉGALE DES ALLEMANDS ÉTABLIS A LONDRES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS POUR LA PROTECTION LÉGALE DES ALLEMANDS ÉTABLIS A LONDRES

5 noYcmbre.

Une découverte singulière et d'étranges révélations nous sont promises par la société qui s'est formée à Londres pour la protection légale des Allemands établis en Angleterre.

Mes lecteurs connaissent, à l'heure qu'il est, la tragique histoire de Millier; ils savent pourquoi et comment T. 20

il a été condamné à mort. Eh bien, la société dont je parle ne s'est pas ralentie, depuis cette condamnation, dans les efforts extraordinaires qu'elle a faits pour noettre Mûller en état de prouver son innocence, dans le cas où il aurait été innocent. Les démarches des compatriotes du condamné ont à présent pour objet d'obtenir un sursis; ils préparent la publication d'une brochure qu'on assure devoir être curieuse; et, en attendant, Toid œ qu'ils annoncent avoir découvert.

On se rappelle, peut-être, que le meurtre fut commis dans la soirée du 9 juillet dernier. Quelques heures après, un H. Poole, résidant dans Edmenton, était dans sa chambre à coucher, lorsqu'un paquet vint frapper et briser une des fenêtres de sa maison. Ce paquet avait été lancé du fond d'une voiture de place qui s'éloignait de Londres. M. Poole se mit à courir après, pour se faire indemniser du dommage; et, au moment où il atteignait la voiture, il y aperçut quatre individus dont la toilette était dans le plus grand désordre. L'un d'eux était tête nue et avait un mouchoir autour du cou. Ils crièrent à M. Poole qu'ils avaient jeté le paquet pour s'amuser, qu'on le payerait... Et fouette cocher !

Que contenait ce paquet jeté par des gens qui ne voulaient que s'amuser? Une paire de pantalons souillés de sang !

Le lendemain, M. Poole, avec qui se trouvaient alors un ou deux habitants du quartier, réputés très respectables, vit revenir vers Londres la voiture de la veille, mais, cette fois, avec deux hommes dans l'intérieur seulesnent.

Les pantalons ensanglantés sont en la possession de la société allemande, et pourront Taider — elle le croit — à éclaircir le mystère qui couvre encore cette caw5<? celèbr€y ou 'à démontrer qu'il y a là, même après la condamnation, un mystère à éclaircir.

SOCIÉTÉ DB PaOTBGTIOH DBS ALLElftANDS. 3S1

Le fait est que tous les nuages sont loin d^être dissipés ou, pour parler plus exactement, ils semblent s'épaissir à mesure que le jour de l'exécution approche.

Et, par exemple, aujourd'hui même, un pharmacien d'Hackney (c'est entre la station de Hackney-Wich et celle de Bow que, le 9 juillet, M. Briggs fut assassiné), un pharmacien d'Hackney, dis-je, écrit au Daily Teie^ graph une lettre qui mérite d'être notée.

Le soir de la mort de M. Briggs, entre dix et onze heures, le pharmacien en question vit entrer chez lui un jeune homme qxxe deux autres personnes accompagnaient. L'inconnu avait une blessure à la tête, paraissait être dans un état de surexcitation et se montrait fort inquiet des suites que sa blessure pouvait avoir. Le pharmacien crut que cet homme était ivre, et fut désagréablement frappé: de la physionomie de ses compagnons. Impatient de se débarrasser de leur présence, il dit au blessé de regagner sa maison au plus vite et de se baigner la partie malade avec de Teau chaude. Averti qu'un meurtre venait d'être commis dans le voisinage, il fit savoir à la police qu'il avait une communication à lui faire. Deux agents, de ceux qu'on nomme ici détectives, lui furent envoyés. Il leur raconta ce qui venait de se passer, a Hais, dit-il, comme le signalement que je donnais de l'individu ne se capportait pas à Mûller, et qu'il semblait y avoir parti, pris, de la part des agents, de regarder Mûller comme le coupable, ils laissèrent tomber l'affaire. >

Ce n'est pas tout ; dans une autra lettre, signée de leurs noms et datée de Bow, deux chirurgiens, MM. Bre* reton et Vincent M. Cooper, déclarent :

Que, lorsqu'ils examinèrent le compartiment, théâtre: désigné du meurtre, il n'était pas, ainsi qu'on l'a pré- ^ndu,, inondé de sang;

Que le sang dont ils purent apercevoir dès traces n'auf^t pas rempli plus d'un verre à vin;

35i DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.

Que, des blessures reçues par M. Briggs, la plus sérieuse correspondait à la grosseur d'une pierre qu'on avait trouvée sur le chemin, couverle de sang et de cheveux;

Que riniérieur du wagon ne suggérait point l'idée d'une lutte;

Et, enfin, qu'il n'y avait rien dans l'apparence du corps qui fût inconciliable avec l'hypothèse d'une chute, résultant d'un effort fait par l'infortuné M. Briggs pour sortir du wagon.

Évidemment il y a dans tout ceci un problème qui reste encore à résoudre, quoi qu'en disent les journaux anglais, animés qu'ils sont du désir de faire briller d'un éclat radieux, aux yeux du monde entier, la sagesse des juges d'Angleterre et la haute équité qui préside aux décisions de la justice anglaise.

Ce désir, de leur part, est d'autant plus vif, que chaque Allemand ici proteste avec plus ou moins de véhémence contre l'empressement du public anglais à déclarer Mùller coupable, même avant qu'il fui jugé. A entendre les plus emportés, il a été très mal défendu, ce qui est vrai; il a été accusé avec une vivacité, une insistance, qui ressemblaient quelque peu à la passion, ce qui n'est pas tout à fait faux ; et le « lord chief baron », au lieu de résumer les débats, a prononcé un réquisitoire, ce qui peut se soutenir.

Les Allemands s'étonnent que le témoignage de Lee en faveur de l'accusé ait été écarté avec colère, et qu'on ait admis comme allant de soi le témoignage de Matthews contre l'accusé, bien que ce Matthews ait été autrefois emprisonné pour vol, qu'on Tait surpris en flagrant délit de mensonge et qu'il soit à la rigueur permis de le croire influencé par l'appât d'une récompense, toutes choses qu'on ne saurait dire de Lee.

Ils s'étonnent que, dans l'importante question de

Page 1