OPULENCE DE L'EPISCOPAT ANGLAIS
26 janvier.
Je vous ai dit dans ma lettre d*avant-hier qu'en i835 sir Robert Peel avait créé une commission chargée d'aviser à une distribution plus équitable des revenus ecclésiastiques.
Cette commission, formée d'abord de treize commissaires ecclésiastiques, fut modifiée en 1840. Elle se compose aujourd'hui des archevêques de Cantorbéry et d'York, de cinq membres du gouvernement, de lous les évêques d'Angleterre et du pays de Galles, de trois doyens, de six juges des cours supérieures, et de huit commissaires laïques dont six sont à la nomination du souverain et deux à la nomination de l'évêque.
Comme bien vous pensez, une commission aussi nombreuse n'irait pas vite en besogne si elle n'avait pas à sa disposition un pouvoir exécutif. Elle agit donc par trois officiers responsables, dont deux sont nommés par la reine, le troisième étant désigné par l'archevêque de Cantorbéry. Ces officiers sont responsables et portent le titre de commissaires des propriétés ecclésiastiques.
Établir des évêchés, s'il est nécessaire ; fixer le traitement des évêques; réunir les paroisses, quand elles sont trop petites; les diviser, quand elles sont trop grandes; supprimer les sinécures; administrer les fonds communs des paroisses ; s'occuper de tout ce qui concerne les propriétés ecclésiastiques : biens des évêques et des chapitres, biens des doyens et des chanoines, biens des offi-
ciers, des cathédrales et des églises collégiales, bien des recteurs et des archidiacres: enfin et surtout/ diminuer les revenus de l'Eglise là où il y a excès, pour les augmenter là où il y a disette, telle est la mission de la cornmission ecclésiastique.
Or, sur les résultats de celte mission, le discours que l'archevêque d'York vient de prononcer à Sheffield nous donne des détails curieux.
Pendant quelque temps, l'action de la commission ecclésiastique fut stérile et fournit matière contre elle à de vives attaques. L'archevêque assure que les attaques étaient mal fondées, et qu'on n'avait rien à reprocher à la commission ecclésiastique, sinon d'être pauvre. En tout cas, ce n'est pas le crime de pauvreté qui peut lui être justement imputé, à l'heure qu'il est. Il résulte en effet du discours que je vous signale, qu'en ce moment l'Église établie, grâce aux efforts de ceux qui veillent sur son bien-être, se trouve avoir devant elle une perspective financière on ne peut plus rassurante. Déjà, dans les paroisses peuplées de 10 000 habitants, les commissaires sont parvenus à élever à 300 livres sterling par an le revenu des bénéfices placés sous le patronage public, et ils sont en train d'assurer un revenu analogue aux bénéfices du même genre, dans les paroisses dont la population est de 8 000 habitants seulement. De plus, ils sont ^n mesure de subvenir à la moitié des frais d'une augmentation semblable pour les bénéfices appartenant à de simples particuliers.
Il est vrai que ceci a trait aux anciens districts : les districts nouveaux seront dotés plus lentement, mais une somme considérable est mise annuellement de côté à leur intention; et l'archevêque d'York exprime l'espoir que, dans quelques années d'ici, il n'y aura pas de living, en Angleterre, au moins dans les paroisses de quelque importance, qui ne rapporte un revenu annuel de 300 liv. st.
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Quant à Tépiscopal anglais, dont l'archevêque d'York s'est abstenu de parler, sa situation pécuniaire laisse fort peu de chose à désirer, je vous assure. Quel croyez-vous que soit le revenu de l'archevêque de Cantorbéry, par exemple? 15000 liv. st. (375 000 fr.) Et celui de l'archevêque d'York? 10000 liv. st. (250000 fr.). Et celui de Févêque de Londres? Idem. De tous les évêques d'Angleterre et du pays de Galles — leur nombre est de 26 — il n'en est pas un dont le revenu ne dépasse lOOOOOfr., exception faite cependant pour l'évêque de Sodor et Man, lequel ne reçoit que 50000fr. par an. Mais ce dernier occupe dans la hiérarchie épiscopale une position qu'on pourrait appeler exceptionnellement inférieure; car il n'a pas de chapitre qui lui soit propre, et il ne possède pas de vote dans la Chambre des lords, bien qu'il y siège.
L'épiscopat anglais est donc grassement payé; et, de plus, il dispose d'un grand nombre de bénéfices. L'archevêque de Cantorbéry en a 277 à sa disposition; l'archevêque d'York, 78; l'évêque de Londres, 102; l'évêque de Saint- Asaph, 116; l'évêque de Saint-David, 112. Le nombre de ceux qui sont placés sous le patronage des titulaires des autres sièges varie de 12 à 83.
Au reste, l'opulence de l'épiscopat anglais répond à son importance sociale. De quel éclat ne brille pas l'archevêque de Cantorbéry? C'est lui qui couronne le roi régnant, c'est lui qui couronne la reine régnante. Il est le premier pair du royaume. Il aie pas sur tous les fonctionnaires publics, quels qu'ils soient. Il prend rang immédiatement après les princes du sang. Il a le privilège d'avoir huit chapelains, deux de plus qu'on n'en passe à un duc. En fait de mariage, un simple permis de lui équivaut à la publication des bans. Lui seul peut conférer le droit d'occuper deux bénéfices ou, comme on dit ici, deux Uvings, Les jugements ecclésiastiques relèvent de son tribunal. Enfin, son rang est si élevé, qu'en parlant de
son installation il est d'usage qu'on se serve de ces raots : « Il est mis sur le trône (He is enthroned). »
La position de l'archevêque d'York n'est pas tout à fait aussi haute, mais elle l'est assez pour satisfaire l'ambition la plus exigeante. Appelé à l'honneur de sacrer la reine épouse, dont il est le chapelain perpétuel, l'archevêque d'York prend rang après le lord chancelier; et de lui aussi l'on a coutume de dire, lorsqu'il s'installe, qu'il est enlhroned. Pour ce qui est des évêques, il suffit de remarquer qu'ils ont tous leur place marquée dans la Chambre des lords, à l'exception du plus jeune d'entre eux. Encore cette exception ne saurait-elle frapper, quand ils sont dans le cas prévu, ni l'évéque de Londres, ni celui de Durham, ni celui de Winchester.
Après cela, que les grands dignitaires de TËglise établie touchent de gros appointements, il n'y a guère lieu d'en être surpris; et nul ne songerait, peut-être, à s'en plaindre, si leur sort, comparé à celui des curés, ne donnait lieu à de bien tristes rapprochements. Les curés sont aux évêques ce que les hommes du peuple sont aux princes; ils sont aux bénéticiers ce que sont aux fermiers les laboureurs. On les prend si l'on a besoin d'eux, et on les paie le moins possible. Que de fois les journaux n'ontils pas publié des annonces telles que celles-ci : <i On demande un curé pour desservir deux chapelles, moyennant un salaire de 50 liv. sterl. (1250 fr.). » — « On a besoin d'un curé; le salaire offert est de 60 liv. sterl. (1500 fr.) ; de bons renseignements sont exigés. » Et que de fois la pitié du public n'a-t-elle pas été implorée par lettres anonymes en faveur de curés chargés d'enfants, réduits à la dernière misère, presque mourants de faim!
Il est juste de remarquer qu'aujourd'hui un salaire qui varie de 80 liv. st. (2000 fr.) à 150 liv. st. (3 750 fr.) peut être alloué aux curés par l'évéque. Ce qu'il est juste aussi de ne point taire, c'est que des réformes récentes