‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 113 sur 117 · MESSAGE DU PRESIDENT JOHNSON · texte numérisé non relu

MESSAGE DU PRESIDENT JOHNSON

victoires, que disait le Times et que disaient avec lui presque tous les hommes d'État de l'Angleterre, à commencer par M. Gladstone? A les entendre, il était impossible que les confédérés fussent vaincus, et, à supposer qu'ils fussent vaincus, il était impossible qu'on réussît à les soumettre. Quoi qu'il advînt, c'en était fait de l'Union. Quelle folie d'imaginer qu'elle pût renaître entre des ennemis à qui la lutte la plus farouche, la plus désespérée qui fût jamais, avait fait une àme implacable! La guerre du Sud contre le Nord, c'était le combat d'Étéocle et de Polynice sur une immense échelle. On ne se rapproche plus que pour s'entre-égorger, quand on en est une fois venu à vouloir mutuellement se manger le cœur. Après l'œuvre de la victoire, celle de l'extermination systématique. Et les hommes à exterminer se comptaient par millions.

Ainsi parlaient les grands politiques de l'Angleterre. Nous sommes aujourd'hui en mesure déjuger de la valeur de cette appéciation. Uimpossible est en train de se réaliser sous nos yeux. Le dernier coup de canon tiré a donné le signal du rétablissement de l'ordre. Ceux-là même qui, en Angleterre, s'étaient prononcés avec le plus d'assurance dans le sens que je viens d'indiquer, sont conduits à ayouer que, par le caractère décisif et l'influence moralisante de ses effets, le triomphe du Nord sur l'esclavage est une des merveilles de l'histoire. A la modération chevaleresque avec laquelle les fédéraux ont usé de leur victoire, il n'y a d'égal que la résignation avec laquelle les confédérés ont accepté leur défaite.

Grant et Lee ont appris, en se mesurant l'un contre l'autre, combien ils devaient être fiers d'être tous les deux enfants de la même patrie. Les fauteurs de la révolte ont mis une ardeur imprévue à profiter du pardon généreusement offert par le président Johnson au repentir. Chaque jour, nous voyons s'augmenter le nombre des

États du Sud appelés à ratifier ramendement coastîtoiîonnel qui abolit l'esclavage. C'est ce qu'ont déjà fait les deux Carolines, l'Alabama, la Géorgie. Le chiffre des ratifications sera bientôt de trente. Dans la Géorgie, les choses sont à ce point, que la seconde Chambre y a chargé le comité judiciaire d'élaborer un projet de loi tendant € à protéger les personnes et Les biens des individus de descendance africaine, et à leur permettre de déposer en Justice, lorsqu'ils seront directement intéressés dans les causes >.

C'est trop peu, j'en conviens : l'œuvre d'affranchissement ne sera complète que lorsqu'on aura donné aux af^franchîs, en les admettant au droit de suffrage, le moyen de se protéger eux-mêmes ; et l'hésitation manifestée à cet égard par le président Johnson dans son message peut paraître regrettable à quelqhes esprits affamé» de Justice. Y aurait-il donc un inconvénient bien grave à conférer les droits politiques à la race africaine émancipée, si l'on avait soin de n'accorder le droit de suffrage qu'à ceux qui savent lire et écrire? c Une pareille loii, comme dit fort bien M. de Gasparia dans une lettre adressée par lui au président des États-Unis, une pareille loi exclurait un certain nombre de blancs, dont l'ignorance égale ou dépasse celle des noii*s. > Où serait le mal. c Ou*vrez aux anciens esclaves, ajoute M. de Gasparin, l'asile 4e la loi commune; faites-en des citoyens, si vous ne voulez pas en faire des ilotes. » Mais,, dans son message, le président Johnson ne dit pas le contraire. Il se borne à regarder comme en dehors des attributions conférées au gouvernement fédéral par la constitution et les lois, le pouvoir d'élever les affranchis au rang d'électeurs; et, s'il est d'avis que c'est là une question à décider par les États, ce n'est pas du moins sans exprimer l'espoir que ^ les affranchis, en montrant de la patience et du courage, devront bientôt participer au gouvernement général ».

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