‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 26 sur 117 · DE QUELLE MANIÈRE LA JUSTICE CRIMINELLE EST ADMINISTRÉE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE QUELLE MANIÈRE LA JUSTICE CRIMINELLE EST ADMINISTRÉE EN ANGLETERRE

30 mars.

L'affaire Pelizzoni, qui faisait l'objet de mes dernières lettres, jette, il faut le dire, un jour bien peu favorable sur la façon dont la justice criminelle est administrée en Angleterre.

Cette affaire a effectivement donné lieu, vous le savez, à deux conclusions judiciaires tout à fait opposées, à deux verdicts absolument contradictoires, a C'est Pelizzoni qui a tué Michel Harrington, » ont dit les jurés djins le premier procès; et le juge a prononcé contre Pelizzoni la peine de mort. « Non pas, ont dit les jurés dans le second procès : le meurtrier de Michel Harrington, c'est Mogni ; y* et le juge a condamné Mogni à cinq ans de servitude pénale.

Or^ ce qui est remarquable, c'est que, dans le premier

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procès comme dans le second, les tém^igRages étaient si concluants, si péremptoires , que le doute était impos* sible. Cependant, la Térité est une. Comment expliquer ce qui, au premier abord, semble si peu expticabl^? la chose est bien simple, par malheur.

Dans le procès de Pelizzoni, on n'a appelé et entendu qu'une partie des témoins : ceux qui avaient à déposer contre lui; et, dans le procès de Mogni, ce sont seulement les témoins qui avaient à déposer contre ce dernier qui ont été appelés et entendus.

Ainsi, le pour et le contre n'ont pas été mis en présence; le oui et le non, au lieu de se rencontrer, ont suivi deux lignes parallèles ; il n'y a pas eu ombre de contact entre les deux cailloux dont le choc devait faire jaillir la lumière.

Et pourquoi ? Parce que, au lieu de procéder par voie d'enquête publique au moyen d'un fonctionnaire ad hoCj l'administration de la justice criminelle en Angleterre est abandonnée au jeu des intérêts privés. Il est vrai que,, pour avoir le droit de dénoncer un délit et de se porter accusateur, il n'est pas nécessaire d'être personnellement intéressé à la punition du coupable : chaque citoyen peut, si bon lui semble, s'ériger en ministère public ; mais, dans ce cas comme dans celui où la partie plaignante est la partie lésée, les frais de la poursuite sont à la charge de celui qui l'intente, sauf, en ce qui touche certaines dépenses et à l'égard de certaines personnes pauvres, une indemnité dont la fixation est fort arbitraire et .qui ne couvre jamais les frais.

Que résuUe-t-il de là? que, la poursuite étant très onéreuse, ceux-là mêmes qui ont souffert d'un délit, surtout quand ils sont pauvres, n'ont souvent rien de mieux à faire que de laisser échapper le coupable, ou d'entrer, si c'est possible, en composition avec lui.

Je sais bien que, lorsqu'il n'y a pas de plaignant, le

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