LE CATHOLICISME ET LA LIBERTÉ
SERVICES RENDUS AU CATHOLICISME ANGLAIS PAR LE PRINCIPE DE LIBERTE QUE LE PAPE EXCOMMUNIE.
1 janvier.
Quand on vit en Angleterre, on ne saurait lire l'encyclique du 8 décembre sans éprouver ce genre d'émotion que cause le spéciale d'une monstrueuse ingratitude.
Quels services, en effet, n'a pas rendus au catholicisme en Angleterre ce principe de liberté que le pape excommunie? Pour en apprécier l'étendue, il suffit de comparer ce qu'était la condition des catholiques autrefois avec ce qu'elle est aujourd'hui.
Qu'on se reporte au règne d'Elisabeth. Un des premiers actes de ce règne avait été d'exiger de tous les sujets anglais, sans distinction, le serment de suprématie; et cette loi avait été sanctionnée par des peines sévères : par la prison et la confiscation des biens, pour un premier refus, et, pour un second, par la peine de mort! Les suites répondirent à ce commencement. Un statut du Parlement, en 1581, prescrivit à tous les sujets anglais de pratiquer le même culte que leur souveraine; les catholiques furent forcés, non seulement de renoncer aux rites de leur foi, mais de s'agenouiller devant un dieu qui n'était point le leur. Entendre la messe fut un crime;* la dire, un crime plus grand encore. Un an de prison et cent marcs d'argent était le châtiment du premier; un an de prison et deux cents marcs d'argent était le châtiment
DIX ANS DE L'HISTOIUE D'ANGLETERUE.
du second. Déjà, en 1571, le Parlement avait déclaré que quiconque publierait des <c bulles, absolutions ou autres rescrils du pape, ou réconcilierait en vertu d'iceux quelques personnes à l'Église de Rome, serait coupable de haute trahison, ainsi que les personnes réconciliées ». En même temps, des peines sévères avaient été prononcées contre quiconque importerait crucifix, chapelets, reliques; et il avait été ordonné à tous les individus d'un certain âge de se conformer au culte établi, de recevoir la communion sous les deux espèces.
Mesures violentes et iniques, sans nul doute ! législation barbare ! Mais qu'on ne l'oublie pas : Elisabeth avait été précédée sur le trône par Marie la Catholique, Marie la Sanguinaire ; les protestants s'étaient vus en butte à la plus sauvage des persécutions; et le sort de Latimer, de Ridley, de Cranmer brûlés vifs, leur disait assez ce que leur réservait le catholicisme victorieux. C'était, d'ailleurs, l'époque où, partout en Europe, les ennemis de la Réformation la poursuivaient, l'épée, le poignard ou la torche à la main ; c'était l'époque où Philippe II, en Espagne, soufflait à l'Inquisition ses froides fureurs; où son féroce lieutenant, le duc d'Albe, établissait dans les Pays-Bas le Conseil des troubles, qu'on nomma de son vrai nom, quand on l'appela Conseil de sang; c'était l'époque où eut lieu, en France, le grand assassinat de la Saint-Barthélémy. Le protestantisme se croyait en état de légitime défense.
Et certes, s'il avait jamais pu douter de ce que ses adversaires étaient capables d'oser contre lui, il aurait été cruellement détrompé, lorsque, en 1605, sous Jacques I", . certains catholiques tramèrent cette horrible Conspiration des poudres, qui avait, comme on sait, pour objet de faire sauter, par l'explosion d'une mine placée sous le palais de Westminster, le roi et le Parlement. Jamais vengeance plus infernale n'avait été rêvée par des cerveaux