LE GÂTHOLIGISHE ET LA LIBERTÉ
en délire. Et ce qui ajoutait à Todieux du complot, c'est qu'il n'avait sa source, ni dans le fanatisme que produit l'abrutissement de l'extrême ignorance, ni dans la vénalité <ie l'extrême misère. A l'exception de Keyes et de Bâtes, l'un et l'autre domestiques de Catesby, tous les conspirateurs étaient des <r gentlemen » ; presque tous, ils joignaient à une éducation soignée, à un esprit cultivé, à une fortune indépendante, un caractère jusqu'alors réputé irréprochable !
Il est beau, que dis-je! il est d'une saine politique de demander la liberté, même pour ceux qui ne veulent pas de la liberté; de prêcher la tolérance, même en faveur de ceux qu'on sait intolérants; d'invoquer la raison, même au profit de ceux qui se révoltent stupidement contre elle. Mais, pour comprendre ce qu'une semblable politique a d'efficace, il faut une élévation de sentiments et une profondeur d'intelligence qui sont le lot d'un bien petit nombre d'hommes.
Il est tout simple, hélas! que, lorsqu'ils la recommandent, ils se trouvent avoir contre eux une foule de convictions peu éclairées mais sincères, et dont l'opiniâtreté est d'autant plus difficile à vaincre, qu'elle s'appuie sur des apparences de bon sens, et prend un faux air, non seulement de sagesse pratique, mais d'équité : « Ne donnons pas des armes pour nous faire battre » est un argument si spécieux ! Et c'est une doctrine si commode pour les préjugés et les passions de parti, que celle qui consiste à croire qu'on sert son principe en le frappant dans la personne d'un adversaire !
Ainsi s'explique la longue résistance opposée en Angleterre à l'émancipation des catholiques, alors qu'elle était réclamée avec un zèle infatigable et une généreuse éloquence par des hommes tels que sir George Saville, Fox, Grattan, Brougham, Canning, lord Grenville, le marquis de Wellesley, et tant d'autres. Mais l'Angleterre protes-
tante, grâce à Dieu, ne se vante pas de rester immobile au milieu du monde en mouvement.
Aussi me sera-t*il &cile de prouver ce que j'ai dit au commeneement de cette lettre, savoir : que les catholiques d'Angleterre ne sauraient, sans ingratitude et sans folie, se dispenser de bénir ce principe de liberté, contre lequel cependant le souverain pontife, leur chef, vieat de lancer un si solennel anathèroe.
J'ai rappelé quelle avait été, en Angleterre, la condition des catholiques jusqu'en 1829, date de leur émancipation. Leur condition, quelle est-elle aujourd'hui, sous l'empire des principes si violemment condamnés par l'encyclique du 8 décembre? Voilà ce qu'il n'est pas sans intérêt de bien constater, dans les circonstances actuelles. Voyons d'abord quel était, par rapport à eux, l'état des choses avant 1829.
Entrer au Parlement, occuper un emploi, exercer un» dignité, ils ne le pouvaient qu'après s'être soumis à prêter le serment de suprématie, lequel consistait à reconnaître, dans le roi d'Angleterre, le chef de toute l'Église britannique. Or, comme un pareil serment était incompatible avec cette croyance des catholiques, que TËglise est une, universelle, que son âme est à Rome et que son chef est le pape, il en résultait pour eux l'alternative, ou d'abdiquer leur foi, ou d*être privés des avaatages gar rantis par la Constitution au reste des citoyens.
Qu'arriva-t-il? Pendant longtemps, entre O'Gonnell, Sheil, leurs partisans, d'une part, et les protestants d'autre part, la question avait été de savoir si l'émancipation des catholiques serait conditionnelle ou inconditionnelle. ( Doanez-uous des garanties I criaient les
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protestants. — Non, non, pas de garanties! » répondaient les catholiques.
Aux élections générales de 1826^ la cause de l'émancipation perdit du terrain. Hais bientôt la mort du duc d'York, celle de lord Liverpool, l'élévation de Canning au pouvoir, le déclin qui se manifestait dans la santé de George IV, les opinions « proromanistes :» de l'héritier présomptif de la couronne, le progrès de jour en jour plus marqué des idées de tolérance, tout sembla concourir à précipiter le dénouement.
Dès 1820, Grattan, ce grand lutteur, avait disparu de la scène du monde ; mais il avait été dignement remplacé dans les rangs par son compatriote Plunket, homme d'une rare éloquence. Canning mourut à son tour en 1827, et les espérances des catholiques, exaltées par son administration, seraient, encore une fois, tombées dans le domaine des illusions décevantes, s'il n'y avait eu quelque chose d'irrésbstible dans la logique du protestantisme. En réalité, le mouvement qui poussait l'Angleterre protestante dans les voies de la liberté religieuse avait acquis tant de puissance, qu'il enveloppa, qu'il entraîna même sir Robert Peel, même le duc de Wellington.
George IV ne parlait que de se retirer en Hanovre, si l'on faisait violence à ses convictions ; mais cette volonté d'airain qui avait caractérisé George III, et contre laquelle, en 1801, l'ascendant de Pitt était venu se briser, son fils était loin de la posséder. 11 résista néanmoins autant qu'il était en lui, et jusqu'au dernier moment. Les mémoires posthumes de sir Robert Peel donnent de vivants détails sur la pression morale que les ministres eurent à subir, dans ces heures décisives, et sur celle que, de leur côté, ils firent subir au roi. La cause de l'émancipation triompha. Le bill qui la consacrait fut voté le 5 mars 1829, dans la Chambre des communes, à la majorité de 188 voix,
et, le 2 avril suivant, il obtint une majorité de 104 voix à la Chambre des lords, après avoir été combattu sans le moindre succès par l'archevêque de Canterbury, les archevêques d'York et d'Armagh, les évêques de Durham et de Londres, et quelques pairs laïques, à la tête desquels figura, cela va sans dire, l'intraitable lord Eldon.
Il était naturel assurément qu'O'Connell, Sheil et le parti qu'ils représentaient se félicitassent d'avoir réussi là où Fox et Grattan avaient succombé ; mais ils firent plus, ils poussèrent l'orgueil de la victoire jusqu'à affirmer que l'émancipation conquise était sans conditions. La vérité est, au contraire, que des conditions avaient été stipulées par les uns et acceptées par les autres. Les catholiques s engageaient : 1<» à ne pas user de leurs nouveaux pouvoirs législatifs au détriment de l'Église établie; 2° à ne reconnaître la juridiction spirituelle ou ecclésiastique d'aucun prince étranger.
Ce fut contre cet engagement, formulé dans le bill des serments (the Oaths Bill), que les catholiques, au mois de juin 1857, protestèrent par l'organe de M. Deasy. M. Deasy proposa qu'aux mots « juridiction spirituelle ou ecclésiastique », on substituât ceux-ci : « juridiction temporelle ou civile ». Nul doute que cette substitution ne fût beaucoup plus en harmonie avec le fait. « Est-il vrai, oui ou non, demanda M. Rœbuck, qu'en fait, le pape n'est point sans exercer un pouvoir spirituel en Angleterre? Pourquoi donc forcer d'honnêtes gens à affirmer, sous forme de serment, le contraire de ce qu'ils savent être la vérité? » Mais là n'était point la vraie question. Que le serment soit en principe une atteinte aux franchises de l'esprit, un emprisonnement de la conscience humaine, et qu'en tout cas les formules de serment dussent être rédigées de manière à ne mettre à la torture les opinions religieuses de personne, il n'était pas, je pense, dans la Chambre des communes, un seul