‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 5 sur 117 · LE CATHOLICISME ET LA LIBERTE · texte numérisé non relu

LE CATHOLICISME ET LA LIBERTE

protestant libéral et éclairé qui ne fût de cet avis. Et cependant, une barrière inexpugnable fut alors opposée au vœu exprimé par M. Deasy. D'où vint cette résistance? Pourquoi une demande raisonnable, faite avec calme et convenance, ne put-elle réunir en sa faveur que 83 suffrage sur 373?

Ah! c'est que les habitudes envahissantes de Rome étaient présentes à tous les esprits; c'est qu'on n'était pas encore revenu de l'émotion produite en Angleterre par V agression papale de 1850.

Des écrivains catholiques ont eu soin, pour masquer la signification de cette tentative du saint-siège, d'en dénaturer l'histoire par l'omission des circonstances qui lui assignent son véritable caractère. Il faut montrer les choses dans leur vrai jour.

Jusqu'en 1850, la surintendance de l'Eglise de Rome en Angleterre avait été confiée à huit vicaires apostoliques. Mais, au mois de septembre 1850, le pape Pie IX, considérant (t que, chaque jour, on voyait disparaître quelqu'un des obstacles qui s'opposaient à la diffusion de la foi catholique, » imagina « d'établir dans ce royaume la forme ordinaire du gouvernement épiscopal ». En conséquence, un bref parut, qui divisait le pays en un siège métropolitain et douze sièges épiscopaux. Les prélats désignés par le souverain pontife étaient autorisés à prendre les titres d'archevêques et évèques de telle ou telle province, de tel ou tel diocèse du Rovaume-Uni, Le cardinal Wiseman, par exemple, était nommé archevêque de Westminster.

Quant au but de ce changement, le bref n'en faisait pas mystère; ce but était <( le bien-être et l'avancement du catholicisme en Angleterre ».

Quelle tempête ce fut! Quoi! la papauté profitait de la

atitude même donnée aux catholiques contre ceux qui

la leur avaient donnée ! quoi ! on parlait déjà des descen-

dants des puritains comme d'hommes courbés sous le joug de la hiérarchie romaine 1 Et l'on allait avoir, pour notifier au monde la prise de possession du peuple anglais par le pape, dans la capitale même du protestantisme, un archevêque de Westminster!

J'étais à Londres, et je n'oublierai jamais de quel dé'chaînement je fus témoin. Non, depuis le complot papiste,^ il n'y avait eu pareille explosion de colère. Tout s'em-^ brasa; le grand cri historique : No popery! éveilla tous les échos de Londres.

Dans la soirée du 5 novembre^ Londres fut illuminé par des feux de joie tels qu'on n'en avait jamais allumé de semblables. La cérémonie commémorative du gunpow^ der plot — cette farce que n'oseront bientôt plus jouer les enfants de carrefour — se trouva soudain remise e& honneur, et la grotesque image de Guy Fawkes fut traînée par la ville avec d'étranges transports. On brûla le cardinal Wiseman en effigie. On brûla en effigie le pape*. Lord John Russell mit, pour ainsi dire, à l'émotion publique l'estampille ministérielle, en écrivant à l'évéque de Durham une lettre destinée à devenir publique, et dans laquelle il dénonçait comme un acte insolent et insidieux ce qu'il appelait, avec l'Angleterre protestante tout entière, Vagression papale.

A ces violentes attaques, que répondit le cardinal Wiseman? Il répondit : c Nous n'avons en rien violé la loi. » Littéralement parlant, il disait vrai. L'acte d'émancipation de 1829 avait bien défendu aux catholiques de prendre les titres des sièges déjà occupés par des évoques de l'Église établie, mais il s'était borné là. Et le cardinal Wiseman de triompher de cette lacune, comme si la question stricte de légalité était ici le point important t Éh ! n'avait-il pas dit lui-même : « Nous gouvernons et nous continuerons de gouverner les comtés de Middlesex^ d'Hertford et d'Essex »? Ce qui agitait la conscience pu-

Page 1