‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 74 sur 117 · CHARLOTTE WIN90R · texte numérisé non relu

CHARLOTTE WIN90R

Y a-t-il lieu d'admirer la sagesse, ou de signaler la ialie de ce décret impérial de 1811, qui, non content d'admettre un hospice dépositaire par département, doni)» mie existence légale à remploi du tour, pour accorder à hi maternité qui abdique le bénéfice du mystère, et la: sauver des hésitations de la honte?

Et s'il est vrai, comme les moralistes le craignent, et comme les économistes n'ont cessé de le dire, que Texis*tence des hospices d'enfants trourés a pour résultats d'en* courager l'exposition des enfants, de donner une prime au libertinage, de rendre plus irrésistibles les séductions du plaisir en le dégageant de la crainte^des charges qu'il impose; s'il est vrai qu'en définissant le tour € la meilleure mmhine de démoralisation imaginabley> ,lordBrouf gham prononçait une sentence applicable à l'hospice lui>^ même; s'il est vrai que cette forme de la charité légale^: semblable en cela à toutes les formes de la charité légaie^ menace la société qui y a recours d'un fardeau toujounsh croissant, et, loin de cicatriser la plaie, l'élargit ;j s'il est vrai enfin que dans les ateliers de la bienfaisanec publique) la mortalité est beaucoup plus grande qu'aille«nra,.qariii-fi venter pour mettre un terme à l'inlianticide^ lài oui œi. crime, le plus affreux des crimes, prend une! esteiisioii'à^ faire frémir? . j n • ..

Voilà (es questions sur lesquelles l'attiantf on.ftiiblique^ en Angleterre, vient d'être Tivement appelâeipapranfaitef^ froyable, terrible, — effroyable et'fârrJMeàcaawetde «e> qu'il révèle, mais plus encore à csEObède' ce ^qii'itl laisser deviner. ii;>'''i()>iii .7 •i,,!.ch.!;'.i .- im

Aux assises dernières, uneiftilnmâ,'>itommôej Charlotte Winsor fut traînée devant i\e. pâ^^ ûoiês. Ia; piéivention d'avoir tué l'enfant d'une mib»\ lèmmô,. nommée. MarieH Jeanne Harris. Les circuMVst^nees; pkidaiBnt.foFt^menti contre l'accusée. L'enfamtiavaiil ^té«adnfièàsa garde; il avait disparu; puisoftavaJtlftiuvéïiSDnveadàvceyenvelbppé

dans un journal, au bord d'une route, en un lieu vers lequel on avait vu Charlotte Winsor se diriger. Néanmoins, les preuves ne paraissaient pas suffisantes, elle aurait échappé à la justice, si Marie-Jeanne Harris n'avait été amenée à figurer comme témoin. Voici Taffreuse histoire contenue dans son témoignage.

Au mois d'octobre dernier, Marie-Jeanne Harris donna naissance à un enfant illégitime. Au bout de deux mois, désirant le mettre en nourrice, elle eut recours à Charlotte Winsor. Celle-ci ne vit, paraît-il, aucun inconvénient à entrer dans les détails sur la façon dont elle conduisait son sanglant commerce. Une jeune fille qui demeurait chez elle lui avait donné son enfant à tuer, ce qu'elle avait fait pour 3 liv. st., en mettant son doigt sous la veine jugulaire de la victime ; elle avait jeté na autre enfant dans la mer, et elle avait débarrassé sa propre soeur d'un troisième, moyennant 4 liv. st. Ce n'était donc pas l'expérience qui lui manquait! Malheureusement, dn me la: payait pas toujours avec l'exactitude requise, et, doqs l'ocpssion dont il s'agit, elle se plaignait de ce que, qoèlque&nsvises clientes n'étaient pas honnêtes. Marie- J^tanne Hàrpi; lui demandant si elle n'avait pas peur: ^^Beurl'sfécriaHlrelle, c'est un service que je rends ». Elle ajouta, en prenant congé de la mère : « Je ferai pour \dtre''6ii/^nt( itbutice qui est en mon pouvoir », à quoi là mère nèpopdlt' I ç. C'est bien, i^ Toutefois, rien n avait été éncoire. conclti: lue fut quelque temps après seulement 'qàiéil|9S'>nég6cialioas s'ouvrirent d'une manière sérieuse. Charlotte Winsor demandait 5 liv. st. La mère hésita. Sét3iÀnde'vi9Ïlei.<]ette,f6iaiCharlotte Winsor déclara qu'elle n'ehtendai^ pais gâjpdei; r.etpfainit un trimestre de plus. La d!t^S6 if ut décidée.. Ceci is^ passait à Torquay. Marie-Jeanae Hairrtâ 'seirôndi slui(tqtta:^6iqu'J^bitait Charlotte Winsor. Bile '^ troMve- sôiî enùaii ({m étail alors âgé de quatre mois, àt<tia(elié/à'Ujia€haisetrGharlotte;Wina[Or avait attendu jus-

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qu'à ce moment, parce qu'elle tenait à ce que la mère fût de moitié dans Yopération: le silence, dans ce cas, était sûr d'être gardé.

La délibération commtînce. Qui se chargera de Va/faire? Charlotte Winsor, comme la plus expérimentée des deux... Abrégeons ce hideux récit; il fait soulever le cœur. Le malheureux enfant, qui souriait aux deux monstres, fut saisi, emporté dans une chambre voisine, étouffé sous les couvertures du lit, caché d'abord dans une loge de lapins, et finalement porté dans l'endroit où, plus lard, le cadavre fut découvert. Un trait qu'il ne faut pas oublier : pendant qu'elle discutait son salaire, la tueuse d'enfants raconta qu'elle avait reçu un ordre de Plymouth, mais qu'elle avait refusé de l'exécuter, parce qu'il lui était donné par une jeune fille qui s'adressait à elle pour la seconde fois et qui, la première fois, n'avait pas payé; ce qu'elle aurait fait, observa judicieusement la tueuse d'enfant, si elle avait été honnête t

Dans un livre publié à Paris en 1840, sous le titre de Recherches sur les enfants trouvés, un statisticien, M. de Gourof, s'étudiait à montrer comme quoi les pays où l'on n'ouvrait pas d'hospices aux enfants trouvés étaient ceux où il se commettait le moins d'infanticides. Cela n'est pas fort aisé à concevoir; la logique, ce me semble, serait bannie du monde le jour où des conclusions de ce genre seraient justifiées par quelques chiffres pris çà et là, et rapprochés au hasard, sans avoir été soumis d'abord à uneanalyse philosophique. C'est ici qu'on serait en. droit de dire que vouloir trop prouver, c'est ne prouver rien. En tout cas, il est certain que, si M. Gourof avait à publier aujourd'hui son livre, il n'aurait guère pu citer l'Angleterre à l'appui de sa thèse.

L'Angleterre, en effet, est un des pays où la législation des enfants trouvés n'a pas pris racine; et cette assertion n'est assurément pas démentie par Texistence du V. ^5

Foundling hospital de Londres, établissement d'un ca-* ractère privé, d'une importance extrêmement restreinte, et qui est le seul de ce genre que l'on connaisse. Or, dans ce pays où il n'y a pas de législation fl*eniants trouvés, l'in&nticide est-il un crime inconnu? Jugez-en par ce cri échappé à la douleur patriotique du Spectator : « L'infanticide est un des crimes spécialement anglais. » (... Infanti" cide is one of the specially english crimes.)

Oui, c'est un autre journal anglais, le Daily Telegraphy qui l'avoue, — rien n'est plus commun ici que l'infanticide, soit par avortement, soit par négligence systématique, soit par attentat direct et violent sut la vîe. Le coroner Wakley évalue à trois cents le nombre des enfants aa* nuellement tués de diverses manières dans la métropole. D'après la déclaration formelle du eoroner pour UiAdlesex^ il y a dans Londres 13000 femmes à chacune des* quelles peut être imputé le meurtre d^un enfant II ne se passe pas de semaine que la police ne ramasse le corps de quelque pauvre petite créature trouvée morte. On a remarqué que, dans le Lancashire, beaucoup d'enfants mouraient étouffés; et cependant quoi de plus facile pour une mère que d'éviter le danger d'étouffer son enfanta force de le couvrir?... Suivant un rapport du docteur Hunter, la supposition de l'infanticide se présente si na* turellement aux esprits dans maint village du Lincoln* shire, que, lorsqu'une femme non mariée en est à son deuxième ou à son troisième enfant, les voisins disent : « Encore un! vous verrez qu'il ne vivra pas. » Et chacun de rire I

Tout cela est horrible, n'est-ce pas? Mais que penser de l'infanticide transformé en profession?

Faut-il en prendre son parti? faut-il rejeter ces abominations sur quelque vice inhérent à la nature humaine? faut-il se contenter de prouver, par chiffres ou autrement, que les hospices ne remédient pas au mal? Et II

sociéti, prodiamaat de plus belle que rextrême misère, ses effets, son éternelle durée, oui leur raison suffisante, n'a-t-elle ici rien à dire, .sinon : € Je m'en lave les mains; le bonrmau arrangera cela?» J'estime, quanta moi, que là $a^sse de eiette imperturbabUilé est tout au moins douteuse, et j'en demande humblement pardon aux satisfaits quand même, i ceux qui, comme le docteyr Paagloss^ soai convaincus que le château de monseigneur le baron «st le plus beau des châteaux ; que La rade de Lisbonne a ité formée tout exprès pour que l'anabaptiste s*f iioy.ât; q«ie les nez ont été faits pour porter des lunettes, et que, pareillemen^t, la société a été faite poi^r pntidttire des «ères «qui désirant qu'on leur tue leur enfant.

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lA VIANDE MENACE DE MANftUBR.

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« L'époque n'est pas éloignée où ypus n'aurez ni viande ni ch^ideUe, Les bœufs qu'on tue aujourd'hui ne donnent pas assez de suif pour les éclairer h leur mort, »

C'est ainsi que le boucher ILei^eudre s exprimait du tant de h tribune de la Cosnvention, d^s le terrible Jnver de i794. L'inÉ^urrôotion ^oyalisle av^Lt, en ^ffet, «oupé court à renvoi de six cents boeufs que, depuis Piques jusqu'à la Saint-Jean, la Vendée iourniçisait, avant W guerre ; les berbagejs étaient épufcés ; et, quant à tire^ des boeufs du dehors, il n*y fallait pas songer- La France, séparée du «londe «ntier par un cercle de baïonnettes, ft'aYflit yien à attendre de l'étranger que la mof t.

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L'Angleterre n'est pas placée dans une situation à beaucoup près aussi tragique; elle n'a d'ennemis en armes ni au dedans ni au dehors; ses herbagers, comme tels, n'ont aucune raison de se plaindre; et la Hollande, la Belgique, la France, le Danemark, la Suède, l'Espagne, le Portugal, la Russie, la Hongrie se prêtent si bien aux tendances carnivores de John Bull, que, dans le mois de juin, le nombre des bœufs, taureaux, vaches et veaux importés en Angleterre n'a pas été de moins de 93477. Et, cependant, la viande menace de manquer.

Comme si ce n'était pas assez de cette longue série d'empoisonnements, d'infanticides, de meurtres de toute espèce, dont nous sommes condammés depuis quelque temps à savourer l'horreur, voilà qu'aux fléaux de Tordre moral viennent s'ajouter ceux de l'ordre physique ; et, en attendant que le choléra, qui s'avance, attaque les hammes, la peste fond sur les animaux.

Une épizoolie, du caractère le plus malfaisant, dont la première apparition date, je crois, du 26 juin, n'a cessé depuis d'exercer ses ravages dans les vacheries de Londres, d'où elle s'est déjà répandue dans Norfolk, dans Suffolk, dans le Shropshire, et d'où elle se répandra infailliblement sur le royaume tout entier, s'il est vrai qu'elle ait la puissance contagieuse qu'on lui attribue, et que, non contente de se communiquer par le contact direct, elle s'attache à tout, là où le bétail qui en est atteint a passé : aux ponts des navires, aux haies, aux routes, aux hangars : « Une affection catarrhale, produisant une humeur purulente qui tend à se faire jour dans toutes les directions, » telle est la définition que donne de celte peste M. John Ganmge, principal du collège vétérinaire d'Albert. Dans le seul mois de juillet, 2 000 têtes de gros bétail ont péri. Il a suffi de quelques jours pour faire perdre aux nourrîsseurs 30000 livres sterling. Le fléau, selon l'habitude de tous les fléaux,

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