‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 76 sur 117 · LE GABLE:}TRANSATLANTIQUE · texte numérisé non relu

LE GABLE:}TRANSATLANTIQUE

et repêchèrent le tiers de la longueur qui les séparait du défaut à corriger. Malheureusement, le cordage dont ils se servaient pour cela ne se trouva pas assez fort pour résister au poids qu'il s'agissait de soulever : il cassa. On marqua la place au moyen d'une bouée, et, pendant les trois jours qui suivirent, toute tentative ultérieure fut rendue impossible, soit par les brouillards, soit par les vents contraires.

Le 10 et le 11, on recommença et le câble fut de nouveau ressaisi ; mais, cette fois, il fallut abandonner Topération, faute d'une quantité de corde suffisante.

Que résulte-t-il de là? Que l'impuissance à réparer l'accident n'a eu, dans cette occasion, rien de fatal, d'inévitable. Se procurer une corde suffisamment forte et se la procurer en quantité suffisante n'est certainement pas chose impossible. Si l'on a pu ressaisir le câble à une profondeur de deux milles, et en repêcher une portion aussi considérable que celle dont il vient d'être fait mention, pourquoi se hâterait-on de jeter le manche après la cognée? Est-ce que, dans les affaires humaines, le succès lie se compose pas presque toujours d'une série d'insuccès? Persévérer, c'est réussir.

Ainsi parlent les optimistes, et c'est là le sens général du rapport publié par les hommes de l'expédition. Mais je dois dire que, sur la valeur pratique des conditions de leur odyssée, les avis sont très partagés. Il ne manque pas de gens qui trouvent les explications du rapport fort médiocrement claires et la confiance qui s'y étale présomptueuse.

Aux actionnaires de voir qui a raison. Il y va de l'intérêt de leur bourse, ce qui est en Angleterre la considération dominante.

Au surplus, l'argent dépensé jusqu'à ce jour en expériences ayant pour but l'établissement du télégraphe transatlantique, ne dépasse pas le chiffre de 1 200000 liv. st.

m DIX ANS PB L'HISIdntV B^AK^LSTERRE.

Bans use ^uestîoa oè il ne &*a^t pas de netos que (fe supprifoer la mer, i 200000 )W. st., dirâés en an tiès grand nombre d'aelionsy ne soni pas..» la omt à boire.

A PROPOS DES FÊTES DE GHERQ^Uft«U

Les fêtes d^Cberbouf^ontLeu, en Anglelenre-, cMHne TOUS pensée bien, un grand retentissement, elles 7 ont ramené fiveraeni l'attention sur les avantages et les ilocmvénienis chine enimê^ cordiale.

Est-il bon ({«e rAngleterre enchaîne éCreîtemeirt sa fbrtuoe à celle de ht Flranoe?

Si la France étaift, en ce aooienty b France ; si FEnpire n'avail pas eu ponr effet de^ metlnne nn homme à la pl^ce d*un peuple; s'il s'agissait de décider jusqu'à quef point une alliance sincère entre la nation anglaise et k nation française est désirable, au double poini de vse de leur intérêt et de< celui du monde civilisé, la question n'aurak pas même besoin d'être posée. Nal doute qve la cause du progrès et celle de la paix ne gagnassent considérablement à une entente absolue entre T Angleterre libre et' la France redevenue libre. A cet égard, pas de discusisi^n possible. Mais, tant que la France ne s'appartiendra pas, tant que sa politique extérieure dépendra umquement de la volonté d^un seul, et d*une volonté incontrôlable, la France et l'Empire, en ce qui concerne la vie générale de l'Europe, resteront deux choses très distîn«tes«

Yoilà ce que sentent i merveille cens qui, parmi les hommes politiques de ce pays, aiment la liberté d'un amour our de tout égoisme national, c'est^-à-dire d'nn.

aœnr intelligent. Ceux-là pensent cpie l^Angletorre» qiti a fait depais longteoips diviNrce ay«c te milUarisine et ledespotisme^ agit contre iiature et joue on rôle d^ dupe et épaalant un despete milifcaîrd.

Elle n'est aUée qae tr^ loin déjà dans oetievoMi. N'esta ce pas elle qn^ par la guerre de Crimée, a diplomalique ment sanclîottné le coup d'État du 2 décembre et inlrei* duit TËmpire daoïs kfaœille des gouvernements c<mstitués ? N'est'-ee pas elle qui, en ménageant à Napoléaa les honneurs d'une |Nro4iiefiad« triomphale le long des rues de Londres, et en envoyant la reine s'agenouiller, à Paris, dievant le tombeau du captif de Sainte-Hélène, a donné à TEmpire la fbrce morale dont il a.vait si grand besoin et qui lui manquait? N'est-ce pas grâce à l'humilité presque sjstématiqiie de sa politique et aux génuflexions de ses hemnaesd'Étai, que ie chmvinUme français a été amené à dire, dans tm élan d'orgueil imbécile : « Nous avons les^ menottes aux mains, c'est vrai ; mais nous faisons an^jour* d'hui trembler l'Angleterre? »

Le service cpie, sous ce rapport, l'Angleterre a rendu à l'&mpire est d'une portée incalculable. Ouï, c'est elle qui afait de Napoléon ce qu'il est. Elle en répond devant Thistoire!

Et quel profit a-t-elle retiré de cette adoption d'un r61e aussi peu conforme à son génie, aussi contraire au pâaeipe qu'Ole représente dans le monde? Après la g^rre de Crimée, terminée brusquement par Napoléon^ au moment même on ses alliés désiraient le plus d'aller en avant, l'Angleterre s'est vue obtigée de signer un traité par lequel elle abandonnait ce droit de visite, fondement essentiel de sa puissance. Et de quel échec diplomatique l'a jamais préservée son entente cordiale avec l'Empire? Son intervention en feiveur de la Pologne, si insolemment i^ftpoussée par le prince Gortchakof, ne lui a-t-elle pas ^ftlu les risées de l'Europe? Ses vœux en faveur du Dane-

mark, ses représentations, ses supplications, ses menaees, ont-ils un seul instant arrêté la marche des Prussiens et empêché M. de Bismark de sauver le Schleswig-Holsteia à sa manière? Quand sir Charles Wyke et le commodore Dunlop se sont avisés que le tour donné par M. de Saligny à l'expédition du Mexique était une violation flagrante des engagements pris avec l'Angleterre, quel compte a-t-on tenu de leurs plaintes et de leurs protestations?

L'Angleterre a dû jusqu'ici à son alliance avec FEmpire d'être descendue au rang de puissance du second ordre. Voilà la vérité.

Elle a beaucoup donné à l'Empire, elle lui a tout donné; et qu'a-t-elle reçu de lui en échange?

De fait, que pouvait-elle recevoir en échange, d'un homme dont toutes les préoccupations sont subordonnées à celle de fonder sa dynastie, en confisquant toutes les libertés au dedans, et en trompant l'amertume des regrets de ceux à qui elles ont été ravies par le mirage des succès remportés au dehors?

Napoléon a besoin d'humilier l'Angleterre : c'est une des conditions de sa popularité dans la partie chauvine du peuple français et dans l'armée. L'Angleterre, quand elle se prête à ce jeu, est plus qu'aveugle, elle est ridicule.

D'autant qu'il y a ici pour elle une question de danger.

On comprend sans peine que Napoléon cherche à se rapprocher le plus possible des Anglais, dans un moment où sa conquête du Mexique est menacée par le gouvernement des Etats-Unis rendu à la liberté de ses mouvements; mais ce qui se comprend moins, c'est que, dansun pareil moment, l'Angleterre s'expose à envenimer des ressentiments que sa partialité en faveur du Sud n'a que trop excités. Le Spectator assure que, si une guerre venait à éclater entre l'Amérique et la France, au sujet du Mexique, l'Angleterre ne s'y laisserait jamais entraîner à la suite de Napoléon^ alors même que la majorité de la

Chambre des communes, le cabinet et lord Palmerstonen tête, seraient disposés à courir cette folle aventure. Je le crois; mais alors à quoi bon une démonstration qui risque si fort d'être interprétée, par delà l'Atlantique, dans le sens d'un contrat d'assurance mutuelle contre l'application de la doctrine Monroe au Mexique, d'une part, et rinvasion du Canada, d'autre part?

Telles sont les réflexions que suggèrent les fêtes de Cherbourg. En vérité, Napoléon a du bonheur ! 11 n'a nul besoin de se mettre en frais de génie : c'est à qui travaillera pour lui. Les fêtes de Cherbourg sont une nouvelle raise en scène de la fable de Bertrand et Raton ; et cette fois encore, le personnage que représente l'Anglelerre n'est certes pas celui de Bertrand.

24 août.

La convention austro-prussienne, dont on connaissait âèjk la teneur d'une manière générale, mais dont les termes précis sont, aujourd'hui seulement, sous les yeux ûe tous, est accueillie en Angleterre avec une sorte de satisfaction amère et railleuse à l'égard soit du Schlesy^ig-Holstein, soit de la confédération germanique, avec indignation à l'égard de la Prusse, et je dirais avec mépris à l'égard de l'Autriche, si je ne craignais que le mot ne fût un peu trop gros pour la chose.

Ou je me trompe fort, ou le Morning Star exprime avec fidélité le sentiment public, quand il annonce cette convention sous le nom de swindle {escroquerie) ; et, de

9m DIX A1!I3 DU L'HISTOFRE D'ANGLBTKRRB.

son c6té, le Times ne dit rien que ehacua ne pense, lorsque, d'un ton ironique, i) s'écrie : c Pour tout le monde, excepté la confédération germanique et les duchés, la question du Schleswig Holstein est derenue aussi amusante qu'une comédie. 9

Commençons par les duchés*

Que voulaient-ils?

Former un État allemand, et, en cette qualifié, s'appartenir. C'était pour cela qu'ils s'étaient mis depuis si longtemps en état d'hostilité ouferte contre le Danemark, pour cela qu'ils avaient essayé d'une insurrection, pour cela qu'ils avaient appelé l'Allemagne au secours, et pris le monde entier à témoin. Eh bien, leur souveraineté, on l'escamote en un tour de main, et, à la place, on leur donne quoi? Le candominium. Qu'ils se consolent! on les opprimera en mauvais latin.

Que voulaient-ils?

Un prince de leur choix. Malheureusement, la cour de Berlin avait son candidat, qui était un Oldenbourg, et la cour de Vienne avait le sien, qui était un Âugustenbourg. Que faire? Oh! mon Dieu, rien de plus simple : les mettre l'un et l'autre de côté. Aussi n'est-il pas plus question d'eux dans la convention prussienne que s'ils n'avaient jamais existé* Les ducbés ne seront donc pas gouvernés par un prince, ee qui serait un petit maïUiettr si on les laissait du moins se gouverner d'une autre manière. Mais non.

Que voulaientrils encore?

Constituer wn seul État, être le Schleswig-HoIsCein avait un trait d'union. Qui ne se souvient, en effet dft tout ce qui fut dit, écrit, imprimé suir l'indivisibilité absolue du Schleswig et du Holstein, avant, pendant et après la guerre de Denemark? Que de manitscrils poudreux déterrés à ce sujet ! que de textes invoqués ! Jamais l'érudition allemande n'avait fait pareil étalage de trésors. Jamais la fameuse

LA CONVXHTKMI AUSTaO-PRUSSIÀÏ^NE. SSMi

fofiDttte : < République uaa et indlTii^ble » n'atah eu {dos d'inportance aux yeux des rétolulioanaires français qte n'en avaient aux feux des patrioles allemands les mois Schleswig-Holstein avec un trait d'union. Adieu le trait d'union tant désiré! En vertu d'un provisoire qu'on saura bien rendre définitif^ n'en doutons pas^le Scbleswig sera prussien , et le Holstein autrichien. L'indissoluble^ nœud est défait, que dis-jel coupé, et, chose curieuse, coupé par une épée allemande. L'érudition d'outre-Rhi» en aura été pour ses frais.

Passons à la confédération germanique»

Quel était son but, à elle», quand elle proposait si véhémentemenA la question du Schleswig-Holstein dans tous ses livres et dans tous ses journaux? quand elle étourdissait l'Europe de ses cris, quand elle enfantait des batail* Ions d'ardents volontaires?

Son but était d'i^randir, non pas la Prusse, non pas^ VÀutriche, mais la patrie allemande. Ëh bien, le traité de Salzbourg, c'est tout sim<plement l'AUeEnagne dé^ pouillée d^une de ses provinces.

Il est vrai que les deux grandes puissances annoncent leur intention de proposer à la diète rétablissement d'une flotte allemande et la conversion de Kiel en un port fédéral ; mais, en attendant, -^ et l'on risque d'attendre, -^ en attendant que cette promesse se réalise, le port sera fortifié par la Prusse et gardé par ses soldats. Or, un tule l»?»^ vaut mieux qne deux t% f auras y comme s'etprime la sagesse des nations.

Il est vrai aussi que les deux grandes puissances propo«> seront à la dîàte,— on ne nous apprend pas à quelle épo* ^ — ' de faire de Rendsbourg une forteresse fédérale.. Mais, jusqu'à ce que l'aiguille marque cette heure solennelle sur le cadran de l'histoire, l'Autriche et la Prusse veulent bien prendre la peine de tenir garnison dan& HendsbourgV et d'y commander à tour de rôle. Le com-

mandement suprême changera de mains, dit la convention, le 1**^ juillet de chaque année. Voilà un régime provisoire qui ressemble terriblement à un régime définitif. Évidemment, la patrie allemande est, en ce qui concerne Rendsbourget Kiel, renvoyée aux calendes grecques.

Qui donc gagne à ce jeu? Four le savoir, il suffit de jeter les yeux sur la convention austro-prussienne.

Aux termes de cette convention^ c est l'Autriche qui est appelée à occupée le Hoistein, et il est bien certain que le Hoistein est, des duchés dont il s'agit, le plus riche, le plus peuplé, le plus important. D'après le recensement de 1860, la population du Schlesvirig s'élève à 409907 âmes seulement; et, comme cette population est en général livrée aux travaux de l'agriculture, c'est à peine si le nombre des habitants des villes dépasse le chiffre de 72000. Le Hoistein au contraire, d'après le recensement ci -dessus mentionné, contient une population de 544<419 âmes, dont une portion considérable réside dans les villes. Sous ce rapport, il semble que l'Aulriche soil mieux partagée que sa rivale. Mais qu'on y regarde de près : ne résulte-t-il pas du traité que la partie holsteinoise de la route militaire et postale qui unit Lubeck et Kiel appartiendra aux Prussiens ; qu'il en sera de même de celle qjiii unit Hambourg et Rendsbourg; que la Prusse établira sa ligne télégraphique entre Kiel et cette dernière place; qu'elle sera autorisée à construire un canal dans le Hoistein, entre l'Océan germanique et la Baltique; que c'est elle qui aura le contrôle de ce canal; et enfin que l'Autriche, en échange d'une indemnité pécuniaire, abandonnera à la Prusse ses droits sur le duché de Lauenbourg, lequel n'entrera pour rien dans le payement des frais de la guerre de Danemark?

Ces avantages sont décisifs.

Et puis c'est dans le Hoistein que l'influence de la Prusse a été le plus violemment combattue ; c'est là

que les partisans du prince d'Augustenbourg sont en force; c'est là que la Prusse trouvait le plus de difficultés à asseoir sa domination. En y cédant la place à l'Autriche, elle ne fait que s'épargner les ennuis d'une occupation odieuse et troublée.

Ce n'est pas tout. Parmi les clauses de la convention figurent la dissolution du gouvernement actuel du pays, et i'autres mesures sur lesquelles on ne s'explique pas. Quelles sont ces mesures? Très probablement celles dont la Prusse, dans ses négociations récentes, a poursuivi l'adoption par l'Autriche avec tant d'ardeur, celles qui tendent à couper court à l'agitation entretenue en faveur du prince d'Augustenbourg.

Si tel est le cas, comme il est aisé de le deviner, si Ton a arrêté à Gastein les bases d'une politique commune, ayant pour objet d'en finir avec les prétendants, de décourager toute idée de souveraineté locale, de faire prévaloir la doctrine du condominium, et de mettre à la raison, ainsi que la Prusse en a déjà donné l'exemple, les députés en les expulsant, les journalistes en les emprisonnant, il n'y aura plus à le nier: la Prusse se sera servie de l'Autriche pour tirer les marrons du feu, et M. de Bismark pourra réclamer dans l'histoire la place que Bertrand occupe dans la fable.

De pareils résultats justifient assez l'accueil fait en Angleterre par l'opinion publique à la convention austroprussienne. La confédération germanique a été trompée ; TAutriche ayant au pied son boulet de Venise, a dû consentir à être jouée ; et, quant au peuple des duchés, com- Hïent se défendre à son égard d'un profond sentiment de commisération? La domination du Danemark ne pouvait lui convenir sans doute, puisqu'il est allemand et brûlant de rentrer dans la grande famille allemande; mais il ne demandait certes pas à être livré aux caporaux de M. de Bismark, et il est impossible de ne pas le plaindre d'avoir,

«74 DIX ANS ]>B l'HISTOlR^j D'ANGt^S79REE.

selon l'expression populaire, échangé son cheval borgne contre un cheval boiteux, quand on songe que le Daaemark est un pays décidément engagé dans la route 4ii progrès, un pays où les ministres sont responsables, oi la presse est libre, où le suffrage universel fonctionoe sans entrave, et où le pouvoir n'a pas besoin d'être tyrannique pour être obéL

Ah ! les choses auraient tourné autrement si l'indépendance du Schleswig*Holstein avait été, conformémeot au voeu des démocrates allemands les plus éclairés, liouvrage de volontaires répondant au seul appel de l'enthousiasme patriotique. Mais on a souffert que l'élan de l'Allemagne fît place aux combinaisons égoïstes d'un H. de Bismark; et ce qui s'en est suivi, on le voit. Puisse cet exemple servir de leçon aux peuples qui se reposent sur le despotisme du soin de leur honneur national, au lieu d'en attendre le triomphe du viril ef glorieux épanouissement de la liberté I

Page 1