ADMIRATION DES ANGLAIS POUR LE COMTE DE CAVOUR
* 9 juin.
L'impression produite ici par la mort du comte de Cavoura été immense, plus grande, je crois, qu'en France, et, s'il se peut, aussi grande qu'en Ilalie. Cette mort est le thème de toutes les conversations, le point de convergence de toutes les pensées. Le deuil des Anglais a pris des proportions bibliques : A prince has fallen in Israël (Un prince est tombé dans Israël).
Et comment se fait-il que la Providence ait laissé un tel flambeau s'éteindre dans l'obscurité qui couvre encore les destins de l'Italie? Quomodo cecidit vir potens? Les uns appellent le ministre défunt « l'homme des hommes » {Ihis man of men). Les autres se demandent avec etfroi ce que l'avenir garde à l'Italie, maintenant que son âme s'est envolée vers les régions inconnues.
Avant-hier encore, le Times écrivait : <c II y a eu des hommes d'État, il y a eu des diplomates, il y a eu de grands esprits, il y a eu des héros; mais on ne verra pas de sitôt un homme qui ait été tout cela à la fois, et plus que cela. » La Chambre des lords a rendu à la mémoire de celui qui n'est plus un hommage où se mêlait une émotion profonde, rendue plus profonde par ces mots insensés du marquis de Bath : € Il a violé toutes les lois divines et humaines. j>