LES CHIMES INDUSTRIELS
rables pour masquer la brèche, de jour en jour plus large, faite par leurs vols à la fortune de leurs clients, ils avaient naaisons de ville, maisons de campagne, galeries de peintures, équipages, et jouissaient de tous les hon« neurs dus à une grande respectabilité. La vie qu'ils mènent maintenant est celle qui attend les plus infâmes criminels quand on les découvre. Mais cela ne change rien à la condition des veuves qu'ils ont fait mourir de désespoir, des vieillards qu'ils ont mis à la mendicité, des orphelins qu'ils ont condamnés à vivre comme on court une aventure.
John Sadieir était un homme d'une hatuie respectabilité ^ lui aussi; il siégeait au parlement; il avait occupé dans l'État une position éminente; il marchait la tète haute, fier de traîner à sa suite le cortège que font aux spéculateurs heureux les succès retentissants. Tout à coup la nouvelle se répand qu'un cadavre a été trouvé sur les hauteurs d'Hamstead. Près du corps de l'homme mort était une bouteille étiquetée annonçant un empoisonnement, laissant deviner un suicide. La prévoyance du suicidé avait, en outre, pourvu à ce que ceux qui découvriraient le cadavre en pussent sur-le-champ connaître le nom. John Sadieir avait passé je ne me rappelle plus combien d'années à fabriquer des faux, à mentir, à voler, à miner la fortune d'autrui pour grossir la sienne, et, le moment venu où le voile allait se déchirer, il s'était fait justice de sa propre main.
En mai 1856, vous eussiez vu placardé en grosses lettres devant la porte de chaque bouquiniste, à l'intérieur ou à l'extérieur des omnibuSy à la place d'honneur de l'étalage des newsmeny partout enfin ces deux tragiques syllabes : Palmer, Palmer était un médecin et, de plus, un joueur. Il prenait un vif intérêt aux courses de chevaux, il spéculait, il aimait l'argent avec passion, et il lui en fallait. Un de ses amis, nommé John Parsons I. 6
«8 . DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ÂxNGLETERRE.
Cook, était de même grand parieur. Fort bien portant^ Cook tombe soudain malade, à la suite de potions que son ami le médecin lui offre. Â cette époque, les affaires de Palmer étaient désespérées. L'usurier pressait et menaçait. Palmer avait fait un faux avec le nom de sa mère : on poursuivait la mère et le fils. Il y avait à payer 450 liv. st., et tout de suite. Cook possédait de Targent qu'il avait gagné aux courses de Shrewsbury : cet argent disparaît. Des paris lui étaient dus dans Londres : la maladie se prolonge par les soins du médecin, jusqu'à ce que l'argent des paris arrive. Le malade n'étant pas en état de recevoir les sommes envoyées, son ami les touche pour lui, les emploie à son propre profit, et le lendemain Cook meurt. Dans son sang, que la science interroge, on trouve de l'antimoine seulement; mais de témoignages précis et d'un accablant concours de circonstances résulte la preuve qu'il y a eu empoisonnement par la strychnine, et que la dose fatale a été administrée quarante-huit heures avant sa mort. Ce meurtre était-il le seul qu'eût commis l'accusé? Tant de pâles fantômes semblaient se dresser autour de lui, qu'à Rudgeley, théâtre du crime, il avait été un moment question, parmi le peuple, de fouiller le cimetière, pour faire parler la cendre des morts! Mais la justice humaine n'ayant pas encore inventé le moyen de tuer deux fois un coupable, à quoi bon ce luxe d'effroyables investigations? Palmer fut pendu. Il avait passé de la soif de l'or à la passion du jeu, de la passion du jeu à l'insolvabilité, de l'insolvabilité au faux, du faux à l'empoisonnement, de l'empoisonnement à la potence.
Ceci, vers le mois de mai 1856. En janvier 1857 - — remarquez le rapprochement des dates ! — nouvelle bistoire, non sanglante cette fois, mais ajoutant une page non moins curieuse aux annales du crime instructif. Deux hommes se rencontrent, ils causent, et la conversation