‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 3 sur 62 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

lieu chacun des mille soufflets, chacun des milles coups de pied dont se composent les pantomimes de Ghristmas, on se demande si la gravité anglaise n'est pas une mystification.

LUI. — Tout cela s'explique pourtant. En réalité^ il n'y a rien d'inconciliable entre une république aristocratique et une royauté qui règne triais ne gouverne pas. Ce que vous appelez le despotisme de l'opinion publique, loin d'être incompatible avec la libertS^ pourrait bien en être le résultat inévitable ; du moins^ c'est ce que l'exemple des États-Unis semble prouver. Le culte des titres ne mettrait obstacle au développement de la dignité humaine, que s'il allait jusqu'à la négation des droits du mérite, ce qui n'esl point le cas en Angleterre, où la nation se laisse conduire par des personnages tels que lord Lyndhurst et sir Robert Peel> l'un fils d'un peintre, l'autre fils d'un fabricant de coton ; et où vous aimez aujourd'hui sôus le nom de lord Houghton l'homme d'esprit et de cœur que vous aimiez hier sous le nom de M. Monckton Milnes. La pauvreté résultant quelquefois d'un défaut de conduite et supposant des mœurs grossières, un manque d'éducation, je conçois à la rigueur qu'on la regarde de haut en bas, tout en étant disposé à la secourir. Il y a contraste sans aucun doute entre l'extrême opulence et l'extrême misère; mais ce contraste est l'elTet parfaitement conce-

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vable d'institutions sociabs qui reposent sur la concurrence illimitée, c'est-à-dire sur la lutte du fort contre le faible, et il y a plutôt lieu d'en être affligé que d'en être surpris. Le respect des traditions n'implique en aucune sorte la haine du progrès, qu'il tempère sans l'arrêter. Les Anglais ne veulent pa& qu'on maltraite inutilement les animaux, et ils sont néanmoins grands chasseurs ; mais remarquez qu'ils, ne considèrent pas la chasse comme un siraplp amusement, ils la regardent comme un exercice utile. Entre la passion des affaires et ce que vous nommez des goûts bucoliques, il n'y a pas plus d'opposition qu'entre la fatigue et le repos : l'un s'explique par l'autre. Le négociant qui passe chaque jour trois heures en chemin de fer pour aller à son bureau et en revenir, n'est pas aussi prodigue de son temps que vous vous Timaginez : il lit les journaux en route ; il pense à ses affaires. Ce n'est pas, d'ailleurs, perdre son temps que de varier ses impressions, que de changer d'air ;^ la santé aussi est de l'argent. Que vous ayez eu sous ^ les yeux, en Angleterre, dans tel ou tel lieu donné, des scènes accidentelles de laisser aller ^ c'est possible ; mais qu'y a-t-il à en conclure de décisif, je vous le demande, contre les habitudes permanentes, gênéraies, de décence et de décorum qui caractérisent si essentiellement la société, et surtout la partie féminine, de la société anglaise I Quant à ce que

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