‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 36 sur 62 · UNE LETTREDE MISTRESS HAT\RIET BEEGHER STOWE · texte numérisé non relu

UNE LETTREDE MISTRESS HAT\RIET BEEGHER STOWE

instant que l'appropriation de l'homme par l'homme soit un droit, dès que ce fait monstrueux est reconnu et garanti par une Constitution, un contrat, un pacte, auquel ceux qui ont à le subir sont entièrement étrangers. Là éclate le vice radical de la politique qui n'a osé assigner à la guerre d'autre objet que le maintien de l'Union. Cette politique a substitué une question de polémique à une question qui, partout ailleurs que dans les États du Sud, n'aurait eu qu'une solution possible, étant de celles que résout la conscience humaine; cette politique a dérouté les sympathies, amoindri la cause des États du Nord, tout en la couvrant d'^^n voile, et fourni à l'Angleterre le prétexte dont avait besoin son égoïste neutralité.

Je dis le prétexte; car je suis forcé de l'avouer, et la vérité me l'ordonne, l'attitude actuelle de l'Angleterre dans la question américaine prouve de reste que, selon le mot de Tocqueville, les Anglais possèdent la faculté de se persuader que, de deux causes en lutte, celle-là est la juste qui sert le mieux leurs intérêts.

La consommation annuelle du coton en Angleterre peut être estimée à 2 400 000 balles. Sur ce chiffre, si l'on prend la moyenne des quatre dernières années, les États du Sud ne fournissent pas moins de 77 p. 100. Le nombre des personnes qui dépendent ici, pour leur pain de chaque jour, des manufactures de coton, est évalué à 4 millions, c'est-à-dire au sixième environ de toute la population de la Grande-Bretagne. Ce sont là des chiffres qui, dans ce pays-ci, dispensent terriblement les États du Sud de la nécessité d'avoir raison !

Aussi, tant que le travail esclave, dans l'Amérique du Sud, n'a pas été directement et sérieusement menacé, les Anglais ont donné libre cours à leur philanthrophie ; on les a entendus tonner contre le maintien de l'esclavage ; on les a entendus accuser sans ménagement les institu-

lions républicaines dont c'était, disaient-ils, le chancre et la honte. Mais, aujourd'hui que les pays producteurs de coton sont attaqués, aujourd'hui que le travail esclave risque de disparaître, par reifet d'une conflagration dont les suites ouvrent carrière à toutes les conjectures et à toutes les craintes, l'Angleterre change de ton. Elle a tout à coup découvert que les États du Nord d'Amérique défendent leurs produits par un tarif dont ils doivent compte ,à la civilisation indignée; elle a découvert que les États du Sud, bien qu'ils aient aussi élevé la barrière des tarifs, et cela depuis le commencement de la guerre, ont néanmoins un pencj[fant décidé pour le libre échange et méritent conséquemment que le génie de la liberté veille sur eux.

Le culte du libre échange est très respectable sans doute, mais il l'est surtout parce qu'il tend à mettre les commodités de la vie un peu plus à la portée du grand nombre, de ce grand nombre qui travaille et qui souffre. Qu'ajoutera le libre échange au bien-être des quatre -millions de nègres qui peuplent les États du Sud? Rien ; et c'est à quoi devraient songer ces fiers adversaires de l'esclavage, qui sont si prompts à s'accommoder de son existence, pourvu que le libre échange ajoute quelque chose au bien-être des trois cent mille blancs épars dans la Caroline du Sud.

Au reste, ceux qui ont vécu parmi les planteurs et qui les connaissent savent à merveille que le libre échange est la moindre de leurs préoccupations. Il est même difficile de concevoir comment, dans le cas d'une séparation définitive, les États du Sud vivraient avec le libre échange. Pour se soutenir en face du Nord, ne leur faudrait-il pas un gouvernement bien approvisionné? Ne leur faudrait-il pas une armée permanente? ne leur faudrait- il pas un trésor toujours disponible ?Et d'où tireraient-ils le revenu que tout cela réclame? L'impôt direct est une chose absolu-

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