UNE LETTRE DE MISTRESS HARRIET BEEGHER STOWE
raent odieuse au planteur, et la collection d'un pareil impôt est regardée par les hommes qui ont habité ces contrées comme à peu près impossible. Il y aurait donc, selon toute apparence, à recourir aux douanes, du moias comme moyen fiscal.
Une autre conséquence de la séparation , c'est l'extension forcée que recevrait l'esclavage, lequel ne peut subsister qu'à la condition d'élargir continuellement son domaine. Le travail esclave, en effet, épuise le sol dans un temps doané ; et de là vient que le grand marché des esclaves aujourd'hui en Amérique est la Virginie. Faute de les pouvoir employer fructueusement, la Virginie les exporte. L'Angleterre, qui a tant fait pour Tabolition de l'esclavage dans le monde, en serait-elle venue à prendre d'avance son parti des conquêtes futures de l'esclavage? Persuadons-nous qu'il n'en est rien, pour son honneur, et de peur de manquer de respect à son génie!
Quant à imaginer que les États du Sud sont bien résolus à se passer de la traite, il serait puéril de compter là-dessus. Quand on a eu le malheur d'être en compromis avec un mauvais principe, on se ment à soi-même en se promettant qu'il ne produira pas tout ce qu'il renferme!
Le sujet que la lettre de mistress Stowe.m'a conduit à aborder exigerait de longs développements; mais voici que je suis tenu en échec par mon ennemi ordinaire, le défaut d'espace. C'est pourtant un spectacle digne d'arrêter longtemps les regards, que celui que présente en ce moment l'Amérique. Comme ils expient cruellement leur désobéissance à toutes les lois divines et humaines, ceux qui ont vécu du principe de l'esclavage, et ceux qui ont pactisé avec lui! Que de maux sont sortis déjà et sortiront encore de cette source empestée ! Comme si ce n'était pas assez des horreurs de cette guerre fratricide, voilà que chaque courrier nous apporte le récit de quelque at-
tentât nouveau contre la liberté, sacrifiée, ainsi que c'est l'usage, à ces emportements de Theure présente qu'on décore du nom de nécessités politiques. Les blancs menacés de perdre leur liberté pour avoir maintenu ou toléré la servitude des noirs ! Quelle leçon ! Âh ! les sceptiques ont beau dire, il est une Némésis pour les individus, et il en est une aussi pour les nations. Malheur à celles qui Tignorent, ou qui l'oublient !
21 septembre.
Vous souvient-il de ce que vit don Cléofas Ferez Zambullo, lorsque, après avoir délivré Asmodée de la petite prison de verre où le magicien l'avait renfermé, il fut transporté par le diable boiteux, reconnaissant, au sommet du monument le plus élevé de Madrid?
« Heureux jeune homme! ai-je entendu dire à des lecteurs de Le Sage. Que n'avons-nous, comme Jui, à notre service^ quelque bon diable de diable boiteux pour nous transporter au haut des tours de Notre-Dame de Paris, ou sur le faîte de Saint-Paul à Londres! Que de jolies choses nous verrions dans l'intérieur des maisons, tout à coup livrées à nos regards par l'enlèvement magique de leurs toits ! Quelle heure amusante à passer! »
Pour moi, je ne serais pas loin de partager cette opinion, si j'étais bien sûr de n'avoir à contempler d'autres scènes d'intérieur que celle de la coquette surannée rangeant sur sa table de toilette ses cheveux et ses dents; ou celle de l'amant sexagénaire se faisant ôler par son valet
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lie chambre, avant de se mettre au lit,' un œil et une jambe ; ou bien encore, celle de la beauté à la mode serrant ses charmes' dans son tiroir, et soupirant au cruel souvenir de ce qui arriva, l'autre jour, à ces charmes mal attachés, en pleine église et au beau milieu du sermon.
Tout cela est en effet ravissant à voir — quoique bien triste au fond! Mais n'aurait-il à voir que cela, le ZambuUo de nos jours? Car enfin, dans plusieurs de ces maisons, grandes et petites, que protègent contre les curieux des murs épais et des toits difficiles à enlever, il y a, je le crains, à côté de la sottise, le vice, et à 'c6té des travers qui font rire , les crimes qui font horreur.
La presse, même là où nul magicien n'a pouvoir de renfermer dans la fiole d'où don Cléofas, en la brisant, fit sortir Asmodée ; la presse est loin de valoir ce dernier : tout ce qu'elle sait faire, c'est de se glisser, sur les pas de la police, dans certains lieux désignés. au soupçon par le hasard, d'y ouvrir portes et fenêtres, d'y appeler le public et de lui dire : cPar ce qui se passe ici, jugez de ce qui se passe en beaucoup d'autres endroits, sans qu'on le sache, et sans qu'il y ait chance qu'on le découvre ! »
N'importe, ces révélations, bien que partielles et accidentelles, ont leur prix ; elles ont leur portée ; elles fournissent à l'observateur le moyen de connaître à peu près, par voie d'induction, la société qui l'entoure ; elles justifient le misanthrope de son penchant à croire que nous ne vivons pas, après tout, dans le meilleur des mondes possibles.
Pardonnez-moi ce long exorde : j'arrive à ce qui me l'a inspiré.
Samedi dernier, un voyageur se présentait, pour y louer un appartement, dans une maison située « Trinity
square, Southwark ». Cet homme paraissait avoir une trentaine d'années. Ses manières étaient celles que donne l'habitude du grand monde. Du reste, rien en lui de remarquable, sauf des moustaches et des favoris qu'un œil exercé eût peut-être tenus pour suspects. A peine installé, il dit en confidence à la maîtresse du logis qu'il venait de Bruxelles; que sa femme avait quitté cette ville avant lui; qu'il n'était pas, depuis quelque temps, en bons termes avec elle parce qu'elle s'était laissé empoisonner l'esprit par d'injustes discours; qu'on les avait séparés ainsi l'un de l'autre, mais qu'il brûlait d'en venir à un rapprochement. En conséquence, il priait la c landlady » de voir si elle ne pourrait pas lui procurer une entrevue avec sa femme, sachant, dit- il, qu'elle était descendue à quelques pas de là, dans une maison qu'il désigna. La dame promit ses bons offices, se rendit à la maison indiquée, et fut informée du moment où la femme du voyageur, alors absente, rentrerait. A l'heure dite, le voyageur sonne, il est admis; mais voilà que^ comme il était en train de jeter dans son chapeau sa moustache fausse et ses faux favoris, un inspecteur de police, qu'on avait fait avertir dans l'intervalle, paraît soudain et l'arrête.
Pourquoi? Voici l'histoire :
Le voyageur en question se trouve être M. Richard Guinness-Hill, membre d'une des familles les plus anciennes et les plus considérables d'Irlande, parent d'un célèbre brasseur de Dublin, et mari de la petite-fille de sir Francis Burdett.
Au commencement de 1859, les deux époux quittaient Dublin, madame Hill, qui était alors enceinte, ayant témoigné le désir d'accoucher à Londres. Ils avaient atteint Rugby, lorsque la dame est avertie par ses souffrances de l'impossibilité de continuer le voyage. On la porte dans une petite taverne, à un mille de la station, et c'est
là qu'elle accouche. Quant au mari, sans perdre de temps, il court chez le fonctionnaire chargé, à Rugby, de tenir le registre des naissances, et fait enregistrer son enfant... sous de faux noms. Ce n'est pas tout: une semaine après la naissance de l'enfant, il engage la mère à le mettre en nourrice, l'y détermine, et, dans ce but, se rend à Londres. Or, par un jour de pluie, il passait dans « Windmill street, Haymarket tç>, lorsqu'il aperçut une mendiante qui tenait un enfant dans ses bras, pendant qu'un autre était à côté d'elle dans le ruisseau. Il s'approche d'un pas furtif, glisse un schelling dans la main de la mendiante, passe, repasse devant elle, et enfin l'attire par un signe dans la partie la plus obscure de la rue. Là : « Voulez-vous, dit-il, vous charger d'un enfant? Il ne sera pas^écessaire que vous le traitiez comme vous appartenant, et vous pourrez disposer de lui, en le plaçant soit dans un vs^orkhouse, soit dans un asile. y> La pauvresse demanda du temps pour consulter une amie, promettant de se trouver à la même place dans la soirée du lendemain. De part et d'autre, on fut fidèle au rendez-vous ; et, cette fois, la vieille femme reçut l'offre de seize livres sterling pour le cas où elle consentirait à prendre l'enfant. L*offre est acceptée; un nouveau refidez-vous est fixé au vendredi suivant, et l'on se sépare.
Ces faits constituent le premier acte du drame, tels du moins qu'ils résultent du témoignage ultérieur de la mendiante, corroboré par nombre d'indices.
Cependant, le mari mande à sa femme que tout est pour le mieux, qu'il a fait des arrangements dont elle sera satisfaite, et qu'elle n'a plus qu'à lui envoyer l'enfant à Londres, par un train qu'il spécifie. L'enfant n'était âgé que de dix jours. Il fut enveloppé dans un châle, confié à une petite fille de quatorze ans, et, sans plus de retard, envoyé au père, qui l'attendait à la sta- I. il
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tion, et qui le remit à deux femmes, ivres toutes les deux, d'après le témoignage de la petite fille, qui était présente.
Pour la mendiante, quel était le prix du marché ? On l'a vu : seize livres sterling. Et pour l'autre partie contractante ? L'espoir, à ce qu'il paraît, d'un revenu annuel de quatorze mille livres sterling, dans le cas où sa femme serait morte sans enfants !
Voilà comment il se fait que quelquefois les deux extrémités de la société se rejoignent. Pour les vices d'en haut, la misère d'en bas est un complice tout trouvé. Faute de mieux, le crime est là qui rapproche les distances! Dans l'occasion dont il s'agit, la mendiante se sentait si bien fondée à traiter avec l'homme riche sur un pied d'égalité, qu'elle exigea impérieusement et obtint la remise du châle dans lequel l'enfant avait été enveloppé. Et pourtant la mère, qui attachait à ce chàle un prix d'atïection, avait bien recommandé qu'on le lui rapportât. Mais il est des vices dont il n'est pas facile de marchander le salaire. Le châle de madame fut donc abandonné à la mendiante : circonstance qui devait servir plus lard à éclaircir tout ce mystère.
Richard Guinness Hill étant retourné auprès de sa femme avec Catherine Parsons, la jeune fille qui avait reçu la charge de l'enfant, celle-ci ne cacha point à la mère qu'on l'avait remis en de fort mauvaises mains ; mais M. Hill affirma le contraire, et tout fut dit.
Un mois, deux mois, six mois, un an, deux ans, deux ans et demi se passèrent. Qu'était devenu l'enfant?. A cette question, que madame Hill ne manqua pas, comme on pense bien, d'adresser à son mari, lui ne pouvait faire et ne fit que des réponses évasives : — D'abord l'enfant se portait bien, et il n'y avait pas à s*en inquiéter; — puis il se trouva être mort; puis — la production de l'acte de décès étant exigée — il se trouva avoir été envoyé en
Australie. La mère avait conçu d'étranges doutes... Et, franchement, on s'étonnerait à moins! Il y eut entre les deux époux une violente querelle, suivie d'une rupture
absolue.
Peu après, madame Hill avait recours à un soliciter, lequel, à son tour, eut recours à la police. D'activés recherches furent commencées; des affiches, mises dans tous les quartiers impurs de Londres, promirent vingt livres sterling de récompense à qui trouverait le fil conducteur. Vingt livres sterling sont aux yeux des blêmes habitants de Saint-Giles les mines de Golconde. On ne tarda pas à obtenir les renseignements désirés.
ïl y a dans Londres, cette ville qui regorge de richesses et où des palais remplis de trésors s'étendent sur une sur^face de plusieurs lieues, d'afTreux ropaires, des repaires sans nom, habités par des âmes cadavéreuses dans des corps hideux; des repaires tels qu'il n'en existe de semblables sur aucun point du globe... Ici, pour qu'on ne m'accuse point d'exagération, je laisse la parole à l'auteur d'un rapport qui a fait le tour des journaux anglais :
« M. Brett, l'agent de police chargé des investigations, " après avoir visité tous les coins et recoins de Saint-Giles, arriva dans. une sale petite allée nommée « Lincoln's court, Drury-Lane ]&. Là il découvrit la demeure de la femme Andrews — nom de la mendiante. C'était une petite chambre située au second étage. Dans un coin gisait un moribond, presque entièrement nu. Des femmes, littéralement couvertes de lambeaux, se tenaient accroupies sur le parquet. L'aspect de ce lieu était effroyable, et il s'en exhalait une puanteur impossible à supporter. Un des habitants de l'horrible caverne était l'héritier de quatorze mille livres sterling de rente. Il avait un haillon autour du corps et était rongé de vermine. Ses pieds nus étaient tout meurtris; et sa tête, son corps^ portaient les traces non équivoques de l'abandon et des mauvais traitements.
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De la base au faîle, la maison paraissait occupée par des prostituées et des mendiants. Ce fut Targent à la main, et seulement par ce moyen, que l'agent de police parvint à emporter Tenfant à travers la foule en guenilles qui obstruait toutes les issues. t>
Si cette description est exacte, j'en fais à la civilisation mon bien sincère compliment!
Les déclarations, très nettes, très précises, parfaitement concordantes, de la femme Andrews; la découverte du châle, qu'elle avait mis en gage et qui fut retiré; celle d'une boîte où Ton avait entassé le linge de l'enfant lorsqu'on l'avait envoyé à Londres, toyt concordait à établir l'identité. L'enfant a donc été rendu à sa mère, et le père placé sous le coup d'un mandat d'arrêt.
Il élait alors à Bruxelles, cherchant à se rapprocher de sa femme, qui y était aussi. Pour l'attirer hors d'une contrée où sa liberté ne courait aucun risque, la police a employé un stratagème dont le succès a bien vite prouvé Tefficacité. Elle a obtenu que madame Hill vînt à Londres, pensant que son mari l'y suivrait. C'est ce qu'il a fait, dans l'espoir d'échapper aux poursuites, à l'aide d'un déguisement. Je vous ai dit le reste.
On aura sans doute noté dans ce récit des points singulièrement obscurs. Comment expliquer, par exemple, qu'une femme de haut rang, une femme riche, consente à envoyer son enfant en nourrice, au lieu d'appeler une nourrice auprès d'elle, si elle en veut une? Et comment expliquer que, pendant deux longues, deux mortelles années, une mère soufTre qu'on la tienne en suspens sur le sort de l'être qui doit tenir la première place dans les inquiétudes de son cœur ? Il y a évidemment derrière les détails livrés au public d'autres détails qui ne sont pas encore connus, et que, peut-être, le procès révélera.
Dans le compte rendu qui a servi de point de départ à
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tous les commentaires, en fournissant matière à toutes les conversations^ je remarque cette phrase : c II est bien satisfaisant d'apprendre que l'héritier d'une fortune représentée par un revenu annuel de quatorze mille livres sterling reprendra dans la société la place qui lui appartient. »
Je n'y contredis point, à Dieu ne plaise ! Mais, faut-il que je Tavoue? je voudrais qu'en Angleterre la sollicitude qu'éveille l'enfant du riche s'étendît un peu à l'enfant du pauvre. Et, malheureusement, les tendances, les préjugés, les habitudes de ce pays ne sont pas, sur ce point, sans donner prise à la critique.
Pas plus tard qu'hier, dans un article signé « Publicola », pseudonyme qui cache le nom d'un ministre unitairien bien connu dans les annales de la presse et du parlement, je lisais une très éloquente et très amère dénonciation du peu de respect qu'on a ici pour les droits 4e Venfanty dans un siècle où l'on s'est tant occupé des droits de Vhomme et des droits de la femme. Au premier rang de ces droits de l'enfant, Publicola met avec raison c l'éducation», et, partaat de là, il demande s'il «st équitable que la société traite comme des citoyens tou( à fait responsables de leurs actes de malheureuses petites créatures que cette même société laisse croupir dans une noire ignorance, sans qu'elles aient jamais pu avoir la moindre notion de leurs devoirs. Les gens del s'en vont répétant avec beaucoup d'emphase : De minimis non curât lex. Est-ce vrai? Eh ! mon Dieu, non; ce qui est vrai, c'est presque le contraire. Pour le prouver, Publicola cite, entre autres exemples tout récents, celui d'une petite fille de neuf ans condamnée à pa7er une amende comparativement considérable, ou, faute de payement, à passer trois semaines dans la prison de Herford, pour s'être approprié en grains d'orge une valeur de deux sous ; — celui d'un petit garçon emprisonné pendant sept jours pour n'avoir pas payé huit schellings six
deniers, après avoir commis le crime dont Eve ne se put défendre, et n'avoir pas résisté à la tentation de prendre quelques pommes que l'arbre du chemin semblait lui offrir; — et enfin celui d'une pauvre femme condamnée à une semaine de « hard labour ^ (travail rude),'t)arce que, obligée de faire à pied le chemin de Londres à Rochester, en traînant après elle son enfant, à peine âgé de six ans et affamé, elle avait ramassé pour lui, sur le bord de la route, quatre navets à demi mangés par les vers.
Nul doute que, dans tous ces cas, la loi du mien et du tien n'ait été violée, et notre ministre unitairien n'a garde de trouver mauvais qu'on veille à ce qu'elle soit observée strictement. Mais ce qui r4ndigne, c'est que la peine soit si disproportionnée à l'offense ; Vest que, quand il s'agit de juger l'enfant du pauvre, on ne tienne compte d'aucune des circonstances atténuantes que présentent le défaut de toute éducation, l'ignorance de toutes choses, l'abrutissement de la misère et les tentations de la faim.
Il y a huit jours, je traversais Kensington-Gardens. Tout à coup j'entends des cris perçants. Je cours vers le lieu d'où ils partaient, et j'aperçois un des gardiens qui, armé d'une grosse canne, en frappait à coups redoublés un petit enfant couvert de guenilles. Le crime du malheureux était-il de s'être aventuré, sous l'uniforme de l'extrême misère, dans un aussi beau jardin? Je ne m'arrêtai point à le demander, et je fis ce que chacun aurait fait à ma place : j'arrachai la victime au bourreau. La fureur du gardien était telle, qu'elle allait se tourner contre moi, lorsque je lui dis : « Est-ce qu'en Angleterre il n'y a pas des lois pour la protection des animaux ?» Ce mot, dont il comprit l'amertume, et auquel il ne s'attendait pas, l'arrêta court.
Ces lois existent en effet. La législation, ici, a étendu aux singes le bénéfice de sa sollicitude, et la police prend
soin de faire respecter les droits des chiens. Il y a quelques années, des membres fort graves du parlement préparèrent un bill comminatoire contre quiconque donnerait un bateau à traîner à des canards, ou surchargerait une voiture, ou entasserait dans un panier, de manière à justifier leurs réclamations, des membres de la gent emplumée. Dans la session dernière, lord Raynham n'a-t-il pas fait une proposition, — n'allez pas croire que je plaisante, — une proposition qui, implicitement du moins, tendait à donner aux puces et aux punaises leurs coudées franches? J'ai vu moi-même à Londres un étranger sur le point d'être mis en pièces par les passants pour avoir lancé contre un chat un chien de Terre-Neuve. -
Les Anglais sont essentiellement humains, même très charitables, comme le prouvent, du reste, et leurs nombreuses institutions de bienfaisance, et l'empressement avec lequel ils répondent à tout appel, fait par le magistrat à la compassion publique. D'où vient donc la sévérité que, trop souvent, on déploie ici à l'égard de l'enfant du pauvre ? Elle vient, de ce que l'humanité et la charité des Anglais ne les empêchent pas d'êlre, en dépit qu'ils en aient, hostiles à la pauvreté. S'il est vrai que la langue d'un peuple soit, sous beaucoup de rapports, le miroir de ses idées, on n'a qu'à voir quelle application singulière ils ont donnée aux mots respectable et respectability. De même qu'ils honorent la richesse, considérée en soi et abstraction faite de ses diverses origines, de même ils méprisent la pauvreté, simplement parce qu'elle est la pauvreté, et abstraction faite soit de ce qui l'a engendrée, soit de ce qu'à son tour elle engendre. Il semblerait qu'à leurs yeux elle soit marquée du sceau de la réprobation.
Encore s'ils se bornaient à la condamner dans l'adulte, comme résultat supposé de la paresse et de l'inconduite! Mais que prouve la pauvreté d'un enfant, sinon qu'il n'a
pas dépendu de lui de naître riche? « Il est bien satisfaisant d'apprendre que l'héritier de quatorze mille livres sterling de rente reprendra dans la société la place qui lui appartient. j> Eh î pourquoi donc n'avoir pas dit : « Il est bien satisfaisant d'apprendre qu'un enfant a été rendu à sa mère?»