‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 40 sur 62 · CE ÛUE LES ANGLAIS PENSENT DE NOUS · texte numérisé non relu

CE ÛUE LES ANGLAIS PENSENT DE NOUS

plaire à déployer à son égard une roideur de manières et un orgueil extérieur qui naturellement Toffensent.

— Eh bien, laissons là Taristocratie, et parlons du peuple anglais en général. Prétendrez-vous que le prince Albert est populaire? Cependant, qu'a-t-on à lui reprocher? N'est-ce pas un homme d'une intelligence distinguée? Ne possède-t-il pas une érudition aussi variée que solide? Ne joint-il pas à des connaissances pratiques un tour d'eSprit philosophique qui en élève le niveau? N'est-il pas un protecteur éclairé des arts? N'êtes-vous pas redevable à son initiative de plusieurs institutions utiles? Sa conduite comme époux et comme père n'estelle pas de nature à lui gagner l'estime d'un peuple qui met au premier rang des vertus l'accomplissement des devoirs de famille? On l'accuse de vouloir peser, indirectement du moins et dans l'ombre, sur les affaires publiques ; mais on n'a jamais prouvé par aucun fait précis que cette influence se soit exercée d'une manière inconstitutionnelle et malfaisante. Son véritable crime ne serail-il pas, alors,, d'être un Allemand sur la première marche du trône? Tenez, voulez-vous que je vous dise toute ma pensée? je soupçonne une certaine fraction de votre aristocratie de n'avoir pas vu sans un secret sentiment de déplaisir le mariage de la fille de votre reine avec un prince allemand, comme pouvant tendre à fortifier ici Vinflnence étrangère^ et je ne serais pas étonné que l'attitude prise par le gouvernement anglais à l'égard de la Prusse signifiât de la part de vos oligarques : K Nous respectons le po.uvoir de la reine, et n'avons aucune envie de blesser ses affections domestiques ; mais ce n'est point parce que sa fille a épousé le prince royal de Prusse que nous nous abstiendrons de parler à la Prusse comme il nous plaît ; car il est bon que TEurope soit avertie de temps en temps qu'après tout c'est nous qui sommes les maîtres ! »

— Oh! que .vous voilà bien, vous autres Français, avec votre manie de bâtir des théories sur des hypothèses !

— Et si je vous disais que ces hypothèses m'ont été suggérées par mes conversations avec des Anglais, et des Anglais qui sont très au courant de ce qui se passe dans cer* laines sphères! Au surplus, ne disputons point là-dessus, ^t souffrez qu'à mon tour je vous demande ce que vous pensez de l'entrevue de Compiègne.

— Ma foi, comme tout le monde, j'en suis réduit à cet égard aux conjectures; mais je dois vous confesser que, comme beaucoup de mes compatriotes, je n'en augure rien de bon.

— Et pourquoi cela?

— Parce que je crois la nation française possédée de la fureur de s'agrandir, et que je ne crois pas le gouvernement français incapable de chercher sa force dans cette passion satisfaite. Que nous disait-on, quand la guerre d'Italie commença? Que cette guerre était désintéressée au plus haut point; que la France était la seule nation au monde qui tirât le glaive pour une, idée. Ces déclarations ont abouti, à quoi? A l'annexion de la Savoie.

— Mais vous n'ignorez pas que l'annexion de la Savoie a été le résultat de cet inxpétueux mouvement vers l'unité qui s'est manifesté en Italie, et qui n'était pas entré dans les prévisions du gouvernement français lorsqu'il lança ses soldats contre l'Autriche. Dès qu'une grande nation, une nation de vingt-cinq millions d'hommes, tendait à se former aux portes de la France, menaçant ainsi de porter coup à sa prépondérance sur le continent, il semblait naturel que la France regardât à ses frontières et demandât la Savoie, moins encore comme compensation que comme précaution.

— Oui, et c'est précisément cette manière de raisonner qui nous alarme, nous Anglais, et nous fait envisager d'un œil défiant les conséquences possibles de l'entrevue

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