CE ÛUE LES ANGLAIS PENSENT DE NOUS
de Gompiègne. Ce mouvement d*unité qui s'est déclaré avec? tant de force en Italie, ne travaille-t-il pas aussi l'Allemagne? Et quelle puissance est appelée à marcher à la tête de l'Allemagne unie? La Prusse. Il n'y a donc rien de bien extraordinaire à supposer un accord en vertu duquel la France s'engagerait à appuyer l'établissement d'une Allemagne prussienne, en demandant les provinces rhénanes, moins encore comme compensation que comme précaution, pour employer votre langage.
— Je suis bien aise de remarquer que la manie de bâtir des théories sur des hypothèses n'est pas aussi étrangère à vos habitudes que vous voudriez le faire croire.
— Mais c'est qu'entre le cas supposé par moi et le cas qui, au su du monde entier, s'est réalisé, l'analogie est si frappante !
— Yous ne prenez pas garde que la Prusse dépenserait son dernier homme et son dernier écu avant de consentir à céder un pouce de son territoire.
— C'est en effet ce que tous les journaux de l'autre côté du Rhin déclarent à l'envi, et je les crois sur parole. Cependant cela ne suffit pas pour me rassurer. Je ne suis pas bien certain que la résolution de garder les provinces rhénanes tiendrait jusqu'au bout contre la magnifique perspective de l'Allemagne unie sous la Pîusse? Rappelez-vous la célèbre paix de Bâie, conclue le 5 avril 1795. Est-ce que la Prusse, sans y être contrainte par la victoire, et dans l'unique but de faire ses affaires aux dépens de l'Autriche, n^en vint pas à a abandonner aux Français l'occupation des possessions prussiennes situées sur la rive gauche du Rhin, jusqu'au jour de l'arrangement définitif à intervenir lors de la pacification générale i>? Il y a plus, et les Mémoires du prince de Hardenberg, le négociateur de la paix de Bâle, sont formels sur ce point: la raison donnée secrètement au Comité de salut public par le roi de Prusse, pour différer jusqu'à la paix gêné-
âOe DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.
raie la cession de la rive gauche du Rhin, fut c la crainte que l'Autriche, si le sort des armes la rendait victorieuse, ne s'emparât de ce pays comme appartenant à la France }> ; ce qui revenait à dire : « Que le Rhin devienne un fleuve français, s'il ne doit rester allemand qu'à la condition d'être à l'Autriche! »
— Je ne nie rien de tout cela. Seulement, je vous dejnande la permission de vous remettre en mémoire le déchaînement terrible que. la nouvelle du traité de Bâle occasionna en Allemagne. Frédéric-Guillaume y fut accusé d'avoir trahi sans pudeur les intérêts du corps germa* nique, et l'Agamemnon de la coalition fut maudit par tous les Allemands, pour s'être détaché de la coalition d'abord, lui qui l'avait mise en mouvement, et puis pour avoir sacrifié aux vues ambitieuses d'un seul État la grandeur de la patrie commune.
— Pardon! Frédéric-Guillaume ne fut pas maudit par tous les Allemands; car la nouvelle de la paix de Bâle, qui produisit effectivement à Vienne une irritation violente, excita, au contraire, à Berlin des transports de joie.
— Et vous en concluez que ce qui eut lieu alors aurait lieu nécessairement aujourd'hui?
— Nécessairement, non ; mais ma conclusion est que ce qui eut lieu alors ne serait pas aujourd'hui absolument impossible, certaines circonstances étant données.
— Mais qui vous dit que le gouvernement français songe à posséder les provinces rhénanes?
— Qui me le dit? l'esprit turbulent de vos compatriotes, leur démangeaison de conquêtes, leur appétit militaire, si je puis m'exprimer ainsi, et l'intérêt qu'a le gouvernement français à flatter des instincts sur lesquels sa popularité repose.
— De sorte que l'Angleterre n'a jamais rien désiré de trop, rien convoité, rien conquis ! En vérité, il me semble que je rêve lorsque j'entends un Anglais nous re-