AVANT-PROPOS. IX
eux, pense de leur politique, de leurs mœurs, de leurs usages ; n'est-ce rien que cela?
MOI. — Vous désirez donc bien que je me rende à vos conseils?
LUI. — Certainement, je le désire.
MOI. — Et la raison?
LUI. — La raison, c'est que vos lettres sont marquées au coin d'une critique toujours bienveillante ; c'est que l'intention d'être équitable y perce à chaque ligne ; c'est qu'elles ont pour but manifeste de saper les préjugés qui existent en France contre nous, de combattre les jalousies et les répugnances qu'a engendrées une rivalité de plusieurs siècles, et de préparer les voies à une alliance sincère entre les deux peuples de la terre qui sont le plus faits pour se compléter l'un l'autre, et dont l'amitié importe le plus au développement de la civilisation.
MOI. — Tel a été effectivement mon but. Mais voulez-vous que je vous dise toute ma pensée? J'ai bien peur que, malgré cela, ceux des Anglais qui auront la fantaisie de me lire ne soient mécontents de moi ; car, enfin, si j'ai pris plaisir à mettre en lumière ce qui dans votre pays m'a paru digne d'éloge, en revanche, j'ai dénoncé sans détour, sans ménagement, ce qui m'a paru digne de blâme.
LUI. — C'est ce qu'il fallait. Nous autres Anglais, nous sommes trop fiers pour avoir besoin qu'on nous
Tf. ' ' -AVANT-PROPOS.
flatte , et nous avons trop de bon sens pour nous plaindre des critiques dont nous pouvons profiter.
MOI. — Et quel titre pensez-vous que je devrais donner à mon livre ?
LUI. — Attendez un peu... Votre livre embrasse, je crois, une période de dix ans; pourquoi ne l'intituleriez-vous pas ï)i(c ans de U histoire d'Angleterre ?
MOI. — Oh! oh! voilà un titre bien gros! Vous oubliez que mes lettres passent d'un débat de la Chambre des communes à une fête du lord-maire, de l'exposé d'un imbroglio diplomatique à une description des courses d'Epsom; qu'elles montrent un tableau de mœurs entre deux portraits politiques; qu'elles mènent le lecteur du palais de la reine au prêche, etc.
LUI. — Raison de plus en faveur du titre que je propose. C'est singulièrement amoindrir l'histoire que de la réduire aux récits des intrigues de cour et des batailles. Est-ce que les institutions d'un peuple, ses habitudes, ses mœurs, ses fêtes ne font pas partie de son histoire? est-ce que la vie d'un peuple tient tout entière dans un cabinet de ministre, dans une Chambre de députés, dans un Sénat, dans un cénacle de diplomates? En parlant de la nécessité de ne pas emprisonner Dieu dans les temples, Diderot disait : « Elar-