‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 6 sur 62 · L'UNITÉ DE -L'ITALIE DÉSIRÉE PAR L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L'UNITÉ DE -L'ITALIE DÉSIRÉE PAR L'ANGLETERRE

29 avri}.

C'est un bien saisissant et bien glorieux privilège que celui dont jouit la France ! Son existence * esl pour tous les peuples de la terre un spectacle dont ils ne sauraient détacher leurs regards. Us aiment à parler sa langue; ils allument leurs pensées aux mille flambeaux de sa littérature; ils font tenir tant qu'ils peuvent leur histoire dans la sienne; ils ont des échos pour chacun de ses cris; ils interrogent jusqu'à ses aspirations les plus vagues^ et, s'il lui arrive, quand elle dort, de rêver tout haut, ils ont souci de la signification de ses rêves. Fait-elle un pas ayant, ils avancent; si elle s'arrête, ils font halte. Oui, certes, c'est là un glorieux privilège ; mais à Thon- I. 1

neur d'en jouir sont attachées des obligations graves. C'est précisément parce que le génie dé la France a un grand pouvoir de fascination qu'elle est tenue d'appeler à elle toutes les lumières de nature à la diriger dans remploi de ce pouvoir souverain. Il est commandé à ceux dont tout le monde s'occupe de s'occuper un peu de tout le monde. Qui peut beaucoup a besoin de beaucoup savoir. Cela est-il suffisamment compris en France? Je crains que non. il me semble que, dans notre pays, nous ne donnons pas assez d'attention à ce qui se passe ailleurs; il me semble que nous sommes trop portés à vivre de nos propres pensées ; que nous nous absorbons trop dans la préoccupation de nos propres affaires, sans songer que le lien même, l'étroit lien, qui les rattache à celles du monde entier, devrait rendre cette préoccupation moins exclusive. Le célèbre abbé Galiani disait plaisamment : « Ce qui distingue l'homme des autres animaux, c'est qu'il est le seul animal qui ait la faculté de se mêler de ce qui ne le regarde pas. i^ Mais est-il rien de ce qui regarde le monde qui ne regarde pas la France?

L'Angleterre prend note, jour par jour, presque heure par heure, de nos actes et de nos projets. En faisons-nous autant à l'égard de l'Angleterre? Différence flatteuse pour nous, j'en conviens, mais plus flatteuse que profitable ! Ce qui est sûr, c'est qu'on s'étonne beaucoup ici du peu d'attention que la presse française, en général, accorde aux choses de l'extérieur. C'est là une lacune manifeste, et de toute façon regrettable.

Cela dit, j'entre en matière.

Vous savez quel intérêt passionné l'Angleterre, considérée dans son ensemble, a pris aux mouvements d'Italie. Il ne faut cependant pas croire que cette sympathie soit ici sans contre-poids. Quel évêque, en France, pourrait aller plus loin, dans sa sollicitude pour le pape, que lord Derby, déclarant en pleine Chambre des lords qu'il

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