‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 58 sur 62 · LE CANON DE SIR WILLIAM ARMSTRONG · texte numérisé non relu

LE CANON DE SIR WILLIAM ARMSTRONG

14 avril.

Grâces en soient rendues au génie du progrès ! La vie àe l'homme n'est pas plus en sûreté aujourd'hui qu'il y a un mois. La science de l'atlaque, en matière de guerre, se trouve avoir reconquis sur la science de la défense la légitime supériorité qui lui appartient. Quand je vous disais qu'on ne tarderait pas à trou/er quelque engin de destruction capable de mettre à la raison tous les Merrimacs et lous les Monitors du monde ! Depuis ma dernière lettre, la civilisation a fait un grand pas : on parlait avec beaucoup d'admiration, il y a quelques jours, d'un vaisseau de fer qui avait éventré un vaisseau de bois; eh bien, on a maintenant sous la main un canon qui peut mettre «n pièces le vaisseau de fer qui a éventré le vaisseau de bois. Sir William Armstrong est venu, qui a dit : « Mais, parbleu! la question est bien simple. Quand on prend de la poudre, on n'en saurait trop prendre. Pourquoi les canons du Monitor n'ont-ils produit aucun effet ? Parce qu'ils avaient une charge de douze livres de poudre seulement. Voici un canon que je viens de construire pour une <^harge de poudre de quarante, de cinquante livres. Essayons. »

Là-dessus, le duc de Cambridge, le duc de Somerset, lord Clarence Paget, Tamiral Grey, le commodore Drum- «lond, le capitaine S. J. D. Hay; bref, la fleur du département de la guerre et la crème de l'amirauté, se sont rendus en pompe à Schoeburyness, le champ officiel des expériences philanthropiques; on a placé devant la gueule

du canon donl il s*agit une cible, reproduclion fidèle des ilancs de ce vaisseau cuirassé qu'on avait jusqu'à ce jour déclaré invulnérable, le Warriory et le signal a été donné...

Quand le bon docteur Guillotin, expliquant à l'Assemblée constituante le caractère essentiellement humain de la machine à laquelle son nom est resté attaché, s'écria, dans un transport d'enthousiasme : 4f Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d'œil ! » grande fut l'hilarité des auditeurs. Elle était si comique, en attendant qu'elle devînt tragique, cette idée de vous faire sauter la tête en un clin d'œil, par philanthropie! Ce n'est pas une tête, ce sont des centaines de têtes, fussent-elles •protégées par un mur de fer, que le canon de sir William Armslrong fera sauter à la fois et en un clin d'œil. Sur ce point, plus de doute. L'expérience de Schoeburyness est décisive. A la première décharge, on a vu Tépaisse cible voler en éclats, le canon de sir William Armstrong traitant le fer sans plus de cérémonie qu'il n'en aurait mis à traiter du verre.

Voilà donc la civilisation remise dans le droit chemin ; la poudre conserve son glorieux privilège; la mort conserve ses droits !

Mais tout n'est pas dit pour cela. Le génie de Vatlaque a parlé : reste à savoir si le génie de la défense ne trouvera rien à lui répondre ; reste à savoir si les inventions mécaniques, protectrices de la vie de l'homme, n'arriveront pas à neutraliser, dans le sens exact du mot, les inventions mécaniques dirigées contre la vie de l'homme. Le Merrimac et le Monitor se sont acharnés l'un contre l'autre pendant des heures entières sans résultat définitif. Pourquoi? Parce que, dans ce combat d'une machine contre une machine, le pouvoir de la défense s'est trouvé mathématiquement égal au pouvoir de l'attaque.

Quelle raison y a-l-il pour croire que cette égalité ne

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