L'UNITÉ DE L'ITALIE DÉSIRÉE PAR L'ANGLETERRE
^st du devoir et de l'honneur du gouvernement français de prolonger d'une manière indéfinie l'occupation de Rome par des troupes françaises? Quoi de plus étrange que d'entendre le chef d'un grand parti, un hoiiime (|ui marche à l'assaut du ministère, un homme qui était premier ministre hier et peut le redevenir demain, dire sans détour que l'Angleterre protestante est intéressée à l'indépendance du pape? Qu'est devenu le cri que les tories poussaient avec tant de fureur avant l'émancipation des catholiques : (No poperyt) Pas de papauté! Serait-ce que les c conservateurs »y ou, ce qui est une expression plus juste et n'exprime pas la même chose, les « conservatistes » de ce pays préfèrent tout au danger de servir les progrès de l'esprit humain, et craignent, en laissant s'écrouler le trône de saint Pierre, de pactiser avec ceux qui sacrifient au « dieu inconnu », la Révolution?
Ceci est une explication très admissible; mais il en €st une autre que la France fera bien de ne pas perdre de vue. Si le parti dont lord Derby est le chef ne veut pas de l'unité italienne, c'est parce qu'il y voit l'affaiblissement de l'Autriche, et qu'à ses yeux tout ce qui affaiblirait l'Autriche ou mettrait son existence en péril risquerait d'être un surcroit de force pour la France.
L'ultramontanisme défendu par des protestants, et l'Autriche catholique appuyée par un parti si longtemps hostile à la catholique Irlande, voilà de ces prodiges que l'étroit égoïsme et l'aveuglendent des rivalités nationales sont seuls capables d'engendrer. Mais ce qui est plus frappant encore que la déclaration de lord Derby devant la Chambre des lords, c'est celle de M. Rœbuck devant les électeurs de Sheffield. Cette fois, ce n'était plus un conservatiste qui parlait, c'était un radical, un radical cité depuis longues années pour sa rude probité, l'austère franchise de son langage et son indépendance de paysan du Danube ; mais qui, ayant fait dernièrement un voyage
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en Autriche, et en ayant rapporté des idées beaucoup^ plus acceptables à Vienne qu'à Turin, était appelé à rendre compte à ses commettants rassemblés d'une opinion jugée scandaleuse de la part d'un tel homme.
On le soupçonnait, on l'accusait d'avoir un intérêt personnel à soutenir l'Autriche aux dépens de Venise. Comment s'est-il justifié? Voici ses propres paroles : « Au nord-ouest de l'Italie, il y a un grand pouvoir qui s'appelle la France, et au nord-est un grand pouvoir qui s'appelle l'Autriche. Or, c'est comme Anglais que j'examine cette question. .. Il y a des gens qui font la guerre pour une idée, et cela en prenant Nice et la Savoie. Depuis Charles VIII, la France a eu Toeil sur l'Italie; eh bien! ce que je veux, c'est un frein à l'ambition de la France. i>
Mars, il faut que je me hâte de le dire, M. Rœbuck est un de ces hommes qui se plaisent à marcher seuls et à qui tout pacte avec un parti quelconque fait horreur. Il a des convictions solitaires dont nul autre que lui n'est appelé à répondre, et il serait souverainement injuste de juger, par sa conduite ou ses paroles dans une circonstance donnée, de la nature des sentiments qui animent les libéraux anglais. La vérité est qu'en ce qui touche l'Italie, leurs sympathies n'ont rien de douteux. Mais ici même une distinction est à faire : il y a ceux qui veulent l'unité italienne par un culte généreux et naïf de ce qui est juste, et il y a ceux qui l'appellent de tous leurs vœux par le motif qui fait précisément que lord Derby la repousse et que M. Rœbuck la craint.
Oui, chose singulière, mais qui n'est certes pas incompréhensible, tandis que les uns demandent que l'Autriche ne soit pas trop faible pour que la France ne devienne pas trop forte, les autres veulent une Italie puissante, parce qu'ils voient dans la création d'un nouveau royaume de vingt-cinq millions d'hommes une brèche faite à l'influence continentale de la France; parce que l'existence
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d'une Italie constitutionnelle les rassure contre ce qu'ils redoutent des empiétements d'une France impériale ou delà propagande d'une France démocratique ; parce qu'ils regardent la création d'un grand royaume italien comme une barrière bien autrement effective que ce petit royaume de Piémont opposé à la France par les traités de Vienne ; parce qu'enfin l'idée de faire de laMéditerranée un lac français n'a pas cessé de leur être un sujet d'effroi.
Mais, je le répète, il s'en faut bien que ces considérations égoïstes soient au fond die tous les témoignages de sympathie que l'indépendance italienne a provoqués de ce côté du détroit. Pour ma part, je connais en Angleterre et en Ecosse des hommes qui ont agi avec une pureté de motifs et une abnégation admirables, donnant leur argent d'une main libérale, entreprenant de longs et coûteux voyages, servant enfin la cause du droit, sans autre but que de concourir à son triomphe.