‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 5)Chapitre 60 sur 62 · EXPOSITION INTERNATIONALE DE 1862; PRÉPARATIFS · texte numérisé non relu

EXPOSITION INTERNATIONALE DE 1862; PRÉPARATIFS

15 avril.

La grande Exposition de 1851, on se le rappelle sans doule, resta ouverte pendant cinq mois et demi. Le nombre des exposants ne s'éleva pas à moins de i3937. dont 7 381 Anglais et 6 556 étrangers. Par une raison difficile à deviner, l'Angleterre ne fournira celte année que 5000 exposants; mais, en revanche, les autres pays, pris ensemble, en fourniront 17 000.

Voici comment ce dernier chiffre se répartit, d'après Ves renseignements que j'ai pu recueillir jusqu'à ce jour, j La liste demande à être complétée ; mais, telle qu'elle est, ^ je la crois assez intéressante pour la donner ici. !

La France, 4 000 — le Zollwerein, 3000 — le nouveau j royaume d'Italie, 2000 — l'Autriche, 1400 — l'Espagne plus de 1 100 — la Russie, près de 700 — la Suède, 600 — La Turquie, 15 — la Suisse, 500 — la Hollande, 400 — le Danemark, 300 — la Grèce, 250 — la Norvège, 300 — Rome, 46.

EXPOSITION INTERNAtlONALB DE 1862. 395

La France, VOUS le voyez, occupe dans cette liste un rang digne d'elle, et Tltalie — Rome, hélas! est encore la ville du pape — y fait une excellente figure.

Ajoutez à cela que, dans cette grande revue des travaux du monde entier, la Chine et le Japon auront 35 représentants; Guatemala et Montevideo, 34; Cosla-Rica, 11.

Bref, 100000 articles seront exposés.

Et les visiteurs!

En 1851, la population de Londres étant alors de 2300000 âmes, le nombre total des visiteurs s'éleva « 6039195. En 1862, la] population étant de 2800000 âmes, on s'attend à voir le nombre total des visiteurs s'élever jusqu'à 11 millions.

Encore cette évaluation est-elle fort modeste. Il faut remarquer, en effet, que, sur les six millions d'hommes qu'attira TExposilion de 1851 , trois millions furent apportés dans Londres par les chemins de fer. Or, en 1851, il n'y avait de livrés à la circulation que 6 755 milles de chemins de fer, tandis qu'aujourd'hui il y en a 10300.

L'administration des chemins de fer a fait, en outre, de notables progrès depuis 1851. Les compagnies ont appris à connaître ce que rapportent, et les billets de retour, et les trains de plaisir à prix réduits. Est-ce tout? Non pas.. Depuis la dernière grande Exposition de Londres, le continent a été sillonné de lignes nouvelles, qui alors n'existaient pas et qui l'ont rapproché de l'Angleterre. La vapeur met aujourd'hui l'Amérique et l'Europe en contact à beaucoup moins de frais et en moins de temps. La chaîne de chemins de fer qui aujourd'hui unit New- York, Boston^ Portland et Québec, est triple de ce qu'elle était en 185t. La distance entre Londres et l'Inde, si on la mesure par le tempS) est diminuée de 25 pour 100, et la distance entre l'Angleterre et l'Australie l'est de 50 pour 100. En d'autres termes, le monde est devenu plus petit et l'humanité plus ingambe.

H y a, conséquemment, tout lieu d'espérer que le nombre des convives sera en rapport avec la somptuosité du banquet. Et ce sera fort heureux vraiment pour les hardis souscripteurs, sur qui retomberait le fardeau des dépenses, si TExposition venait à ne pas couvrir ses frais; car, en ce qui concerne la partie financière, le plan adopté est exactement le même que celui qui fut suivi en 1851.

Une commission a été nommée, laquelle se compose du comte de Granville, du duc de Buckingham et Chandos, de sir G. Wentworlh Dilke, de MM. Thomas Baring et Thomas Fairbairn. Cette commission a été autorisée, par un acte royal appelé « Charte d'incorporation », à emprunter à la Banque d'Angleterre, jusqu'à concurrence de 250000 livres sterling (6250000 fr.), toutes les sommes nécessaires; et, pour garantir le remboursement, une souscription a été ouverte qui a été aussitôt^remplie.

Un de mes amis, dont la fortune n'a rien d'extraordinaire, a souscrit pour 2 000 livres sterling, avec le laisser aller qu'il aurait mis à prendre une loge à l'Opéra. Les Anglais, avouons-le, font grandement les choses quand Hs s'y mettent. Ce n'est pas que le danger soit, après tout, bien considérable; le profit net de l'Exposition de i851 a été de 200000 Hvres sterling (5 millions de francs).

On serait rassuré à moins. Cependant, quand on considère que ceux qui consentent à courir les risques de la garantie n'ont pas à toucher un farthing dans les bénéfices de l'opération, «'il yen a, et qu'ils s'exposent à perdre sans espoir ou désir de gagner, attendu que le profit réalisé doit être approprié à un objet d'utilité publique, on est bien forcé de rendre hommage à leur patriotique désintéressement.

Ce désintéressement, ce patriotisme sont si bien dans leur rôle, et cela paraît si naturel, qu'on ne leur accorde pas même, pour prix de leur bonne volonté, un billet de faveur! Il est à ma connaissance que, quelques-uns

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