UNE CANI>IDATURE OUVRIERE. S
le culte des choses qui ont perdu leur raison d'être!
Je disais donc que 200 liv. st., c'était beaucoup pour «n ouvrier. M. Odger a cru qu'on se conlenlerait de 100 liv. st., moyennant promesse de satisfaire, si cela ne suffisait pas, à toute réclamation qui serait trouvée légale et juste. Mais le « high bailiff » n'était pas disposé à entendre de cette oreille. A M. Odger de s'exécuter sur-lechamp et pour le tout, ou bien qu'il s'attendît à se voir refuser les facilités nécessaires à son élection.
Là-dessus, protestation de ses amis, pétition adressée à la Chambre des communes, débat sur la légalité de la réclamation, entant que prématurée, et vifs commentaires sur l'élévation du chiffre.
Du reste, l'accident se liait à la solution d'une question devenue très grave, par suite de l'adoption du dernier bill de réforme.
Ce bill conférait aux ouvriers le droit de vote : quoi de plus illusoire, si l'entrée de la Chambre leur était fermée par l'énormité des dépeûses indispensables pour l'élection?
Quoi qu'il en soit, M. Odger a dû s'exécuter.
Fort bien! Le jour de la nomination {nomination day) arrive. Devant les hmtings, grande foule et, comme à l'ordinaire, grande agitation, grand vacarme, grands cris, tempêtes d'acclamations alternant avec des tempêtes de grognements. Les candidats prennent successivement la parole. Seul, le candidat ouvrier obtient qu'on l'écoute. L'épreuve préliminaire de la levée des mains a lieu. Toutes les mains, ou presque toutes, se lèvent pour M. Odger. Il est proclamé représentant du district de Soulhwark par \eshow of hands.
Illusoire triomphe ! L'épreuve décisive, c'est le poil. Et voici. que le poil, interrogé, répond :
Le colonel Beresford (condidat conservatiste) : 4686 voix;
M. Odger (candidat radical), 4382 voix;
Sir Sydney Walerlow (candidat libéral) : 2966 voix.
Survint un troisième larron, Qui saisit maître Aliboron.
Il est clair, d'après cela, que c'est à la persistance, peu généreuse, de sir Sydney Waterlow et à la division des forces créées par cette persistance que les conservatistes sont redevables de leur triomphe.
A la vérité, sir Sydney s'est retiré, mais à la onzième heure, trop tard, quand son désistement ne pouvait plus profiter... qu'au champion du parti tory. Car — et c'est là le plus triste de l'affaire — il parait qu'après le désistement de l'alderman, beaucoup de ses partisans ont mieux aimé voter pour l'homme du monde que pour l'ouvrier.
J'ai entendu reprocher à M. Odger d'avoir lui-même travaillé à sa défaite par la violence inaccoutumée de son langage, par ses attaques contre les whigs, par son ardeur maladroite à se présenter comme l'avocat exclusif de la classe ouvrière, et enfin par l'amertume de ses commentaires sur les libéralités de la Chambre des communes en faveur des princes allemands (la famille royale).
Ces reproches, quoique exagérés, ne sont peut-être pas sans quelque fondement ; mais, selon moi, la vraie cause de la défaite de M. Odger est ailleurs : elle est dans l'esprit de classe; elle est dans la répugnance des hommes de la boutique et du comptoir à faire un piédestal à un homme de l'atelier; elle est dans la peur que le libéralisme du peuple inspire au libéralisme de la bourgeoisie.
Voilà ce qui donne à l'histoire que je viens de raconter une signification douloureuse, une portée presque menaçante.
La défaite de M. Odger a été, après tout, bien près de
DEUX BOxNNES MESURES LÉGISLATIVES. 55
la victoire. Elle prouve que la classe ouvrière est déjà une puissance avec laquelle il faudra compter. Que les libéraux de la classe moyenne prennent garde de la mettre contre eux, en refusant de s'unir cordialement à elle ! Ce ne seraieni pas les adversaires du progrès, hélas ! qui risqueraient d'y perdre.