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LE DROIT DES FEMMES

31 mars.

Samedi dernier^ dans un meeting tenu ici, à Hanovers square, en faveur des droits électoraux des femmes, et, naturellement, présidé par une femme , mistress Peter Taylor, il y a eu, de la part d'un des orateurs, un lapsus linguœ qui a mis très vivement et très plaisammenten relief la; rande objection des adversaires de cette agitation. Vous savez qu'en Angleterre, dans la Chambre des communes, on est censé s'adresser, non pas à l'assemblée, mais au président (speaker); ce qui fait que le mot monsieur (sir) revient souvent sur les lèvres de l'orateur. Eh bien! il est arrivé, dans le meeting en question, qu'un des plus impétueux partisans du droit électoral des femmes, en s'a-^ dressant à mistress Peter Taylor, lui a lâché à bout portant l'hétérodoxe appellation de monsieur; il s'est repris bien vite. Mais le mot était lancé. Et chacun de rire. Le fait est qu'un ricaneur peu galant aurait pu commenter lelapsus linguœ en question de la façon que voici : Âh! mesdames, vous demandez, en matière de droits politiques une part absolument égaie à la nôtre. Il ne vous suffit pas de régner sur nous par la grâce, d'exercer sur nous l'irrésistible empire du charme, plus puissant encore que la beauté : vous voulez avoir droit de vote, élire les fortes têtes de votre sexe, être admises à l'honneur de le représenter, figurer dans les assemblées, siéger au Parlement,

faire des lois? Prenez garde, mesdames, prenez garde ! Je vais vous dire ce qui vous pend à l'oreille, si vos vœux sont exaucés, si vos réclamations l'emportent : on vous appellera, « par mégarde, soit, mais qu'importe? — on vous appellera « messieurs » ; on vous prendra, femmes charmantes, pour de vilains hommes ». C'est là en effet l'objection fondamentale. La femme est l'égale deThomme, mais elle n'est pas, à coup sûr, son semblable. La question est de savoir s'il est dans l'intérêt de tous, et dans son propre intérêt, que son intervention dans la vie soit réglée comme si ces deux termes, égaux et semblables, étaient synonymes. Ce qui frappe tout d'abord quand on examine la question sérieusement, c'est que la nature paraît avoir elle-même assigné à la femme, par l'organisation particulière dont elle l'a douée et la destination qu'elle lui a donnée, des fonctions sociales différentes de celles de l'homme et des devoirs attachés à cette double fonction qui semble essentiellement faite pour la vie du foyer. Pendant les neuf mois qui précèdent la naissance de son enfant, une mère ne saurait, sans des inconvénients graves, s'abandonner aux orages du Forum. Il est, en outre, permis de se demander jusqu'à quel point les soucis, les préoccu- .pations, les obligations de la lutte politique sont conciîiables avec les soins que réclame l'éducation des enfants par la mère, cette première éducation si importante, si nécessaire et, presque toujours, si décisive. Pourquoi ne pas conclure de la différence constitutive qui existe entre l'homme et la femme à la division du travail entre eux? Pourquoi, dans la distribution des rôles, ne pas laisser à l'homme, plus vigoureux, plus libre de ses mouvements, plus hardi, les fonctions de ministre des affaires étrangères et à la femme, plus faible, plus esclave des lois de la nature, plus timide, les fonctions de ministre de l'intérieur? En un mot, pourquoi vouloir, parce que la femme doit être l'égale de l'homme, qu'elle agisse comme si elle

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