‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 29 sur 76 · LE MASSACRE DES TOURISTES DE MARATHON, H · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DES TOURISTES DE MARATHON, H

mouvement. Les brigands, furieux, massacrèrent les prisonniers.

Lord Palmerston connaissait bien son pays, lorsqu'il donnait pour base à sa politique le civis romanus sum : à la nouvelle que des sujets de la reine Victoria avaient été cruellement mis à mort sur une terre étrangère, l'opinion publique ici s'est enflammée. L'émotion a été immense ; elle n'a rien perdu de son immensité, au moment où je vous parle. Et qui s'en étonnerait? Pas de chapitre, dans les annales du brigandage, qui soit plus affreux à lire, et jamais indignation d'un peuple ne fut plus légitime. Seulement, il serait à regretter que cette indignation, dans la fougue de ses transports, se trompât d'adresse. Pourquoi rendrait-on le peuple grec responsable des pratiques et des méfaits de ceux qui le gouvernent?

Le sentiment général ici est que les partis politiques, en Grèce, non seulement s'accommodent fort bien du brigandage, mais pactisent avec lui, l'encouragent, le conseillent, et s'en servent comme d'une arme puissante pour renverser leurs rivaux, arriver au pouvoir ou le garder.

Que cette accusation ne soit pas une hypothèse en l'air, c'est ce qui ressort des déclarations faites à M. Erskine par le chef du cabinet grec lui-même, M. Zaïmis, assurant que la bande aux mains de laquelle étaient tombés les imprudents touristes avait été visitée, pendant la nuit, par des personnes venues d'Athènes, et ne cachant pas que, selon lui, ces étranges visiteurs étaient les agents des meneurs de l'opposition!

Si tel est l'état des choses, il ne serait pas impossible, quoique ce soit monstrueux, que les brigands eussent été secrètement pressés par les ennemis du ministère d'insister pour une amnistie, la Constitution s'opposant d'une manière formelle à toute concession de ce genre, et les ministres ne pouvant céder sur ce point sans sceller leur ruine.

En tout cas, la supposition, en Angleterre, semble généralement admise; et Ton va jusqu'à croire que les brigands n'auraient pas fixé au chiffré énorme de 25 000 livres sterling la rançon exigée, s'ils n'eusseBt été mformés, par des complices haut placés, du rang et de l'opulence des captifs.

De là, sur la situation de la Grèce modem*, des-^ommentaires singulièrement en désaccord avec Tentho®siasme hellénique, dont les ardentes manifestations préparèrent et amenèrent Navarin. « Quoi ! s'écrient les [dos emportés, c'est à ce degré de barbarie qu'est descendu le pays si cher à nos souvenirs classiques? » Et ik rappellent que, sous le roi Othon, quels qu'aient été ses torts, on pouvait du moins voyager en Grèce sans courir risque de la vie. Et ils citent l'exemple du ministre anglais d'alors, sir Thomas Wise, qui traversa la Morée en compagnie de dames, sans la moindre escorte, et n'aperçut ombre de brigands. Et ils racontent comment, depuis, le banditisme a fleuri dans la patrie de Périclès ; comment les touristes ont expié les imprudences de leur curiosité; comment des propriétaires ont été arrachés de leurs demeures, au milieu de districts populeux, et jusque dans les environs de villes telles que Patras et Syra.

C'est caver au pire, comme vous voyez : mais allez donc demander à une émotion vive, surtout quand elle a un caractère collectif, de ne jamais dépasser les bornes !

Pour ce qui est du gouvernement grec, vous jugez si on le ménage.

Premièrement, ce qu'on lui reproche, et l'on en a certes le droit, c'est son inhabileté à remplir le premier des devoirs qui incombent à tout pouvoh* civilisé, c'est son impuissance à tenir tête à la rapine et au meurtre. Qu'est-ce, en plein xix« siècle, qu'un gouvernement réduit à parlementer avec une bande de coupe-jarrets?

Ce qu'on lui reproche ensuite, c'est de n'avoir pas pris

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