‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 31 sur 76 · LE MASSACRE DES TOURISTES DE MARATHON · texte numérisé non relu

LE MASSACRE DES TOURISTES DE MARATHON

pour qu'on se forme une triste idée de l'état des chosesen Grèce. Le banditisme qui se marie à la politique, ces personnages ministériels qui ont des voleurs de grand ehemin pour compères, ce gouvernement réduit à traiter d'égal à égal avec des brigands, — hommes fort pieux, du reste, qui reçoivent la visite d'un prêtre et vont à l'église le dimanche; — tout cela ramène la pensée aux âges les plus obscurs de la barbarie, et l'on se demande comment tout cela est posssible à l'époque où nous sommes.

Toutefois, ces traits sont-ils les seuls sous lesquels la Grèce moderne mérite d'être peinte? Non, non : que le gros de la population y soit digne de nos sympathies ; que le paysan grec soit doux, frugal, honnête, laborieux, c'est ce que l'émotion du Times ne l'empêche pas de reconnaître.

Encore n'est-il pas certain que les assassins de MM. Lloyd et Herbert, de MM. Boyl et Vyner, soient tous enfants de la Grèce ; c'est ce que nie formellement, dans une lettre au Standard^ un hon^me qui la connaît bien : le major Frédéric Mellingen. Il assure que, sur les vingt-cinq brigands qui composaient la bande d'Arvanitaki, treize se sont trouvés être des sujets de la Turquie, la nationalité des autres étant, jusqu'à présent, à l'état de problème. Il fait remarquer que le mol arvanitaki signifie en grec le petit Albanieriy ce qui désigne comme la patrie du chef des brigands dont il s'agit, une province placée sous la domination des Turcs.

Quoiqu'il en soit, j'estime que les jugements qu'on porte ici sur la Grèce, sous l'influence d'un sentiment de douleur, d'ailleurs très légitime, éveillé par la tragédie qui vient de s'y passer, ne sont pas sans porter Tempreinte de l'exagération et de la précipitation. Que penser, par exemple, du Times, qui parle déjà de la nécessité de régénérer la Grèce, en lui envoyant, d'Angleterre, un administrateur tout-puissant pour le bien, et élevé à l'école

i& DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.

du gouvernement des Indes. Si le Times est tenté de mettre le feu à la questioft d*Orienl, le procédé qu'il suggère est admirable. Bouleverser la moitié de l'Europe ! Franchement, Thonneur de l'Angleterre, comme dit fort bien la Pall Mail Gazette, se peut satisfaire à moins de frais.

Page 1