‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 32 sur 76 · LE PLÉBISCITE DU 8 MAL · texte numérisé non relu

LE PLÉBISCITE DU 8 MAL

il mai.

Que les hommes du oui, en France, sonnent des fanfares à s'étourdir, libre à eux ! Mais ce qui est str, c'es?t que, depuis le vote du 8 mai, leurs compères de ce côté de la Manche ont l'oreille basse et parlent bas. Où les premiers proclament une victoire, les seconds sont bien près de déplorer une défaite.

Très décidément, le chiffre de 7,210,296 a ici manqtié son effet.

Un journal tory, que j'ai sous les yeux, s'écrie avec tristesse : « II n'y a pas de gouvernement qui puisse réèisler à beaucoup de triomphes de cette espèce {No govemment can survive many such triumph as this,) » Et telle me parait être ici l'opinion générale.

Ce qui frappe, en Angleterre, tout le monde, censervatistes et libéraux, lecteurs du Standard et lecteurs du Daily News; ce qui frappe le public dont la prudence a le Times pour organe, comme celui dont le Spectator exprime le radicalisme, c'est que, depuis novembre 1852, l'Empire a perdu plus de 600,000 voix; c'est que le nombre des votes négalifs,qui fut alors de 253,145 seulement,

LE PL1ÊBISCITE DU 8 MAI. iSS

se trouve avoir atteint le chiffre de 1,530,610; c'est qu'à ce chiffre il faut ajouter 2,000,000 d'absteirtions; c'est que los 1,500,000 non sortis des urnes y ont été jetés par des irréconciliables, et signifient, selon l'interprétation qoe leur a donnée d'avance M. Emile Ollivier lui-même : <L Pas d'Empire! » c'est qu'une minorité de ce genre, dans tout pays, constitue un danger formidable; c'est €f!ie, si l'Eiftpire a eu pour lui les campagnes, où règne la nfiit, il est loin d'avoir eu le nvème avantage dans les villes, où il fait grand jour; c'est que les oui comptent et que les non pèsent; c'est que les oui représentent une force passive, et les non une force active; c'est que la majorité fournie à l'opposition par Lyon, Marseille, Tou* louse, Bordeaux, Rouen, Saint-Étiônne, Nantes, Montpellier, Nîmes, Valence, Dijon, Angers, Metz, Lifle, Strasbourg, Grenoble, Limoges, et, à kur tête, le puissant Paris, montrent comèien peu l'Empire a pris racine là ou le sol est remué par rintelligence, c'est enfin- — et rien n'a produit en Angleterre une impression plus profonde — c'est que 50,000 non militaires ont protesté contre l'existence d'un régime créé et soutenu par des gens d'épée .

Aussi c'est à qui, après le vote, reprendra, contre l'idée da plébiscite, la thèse qui, avant le vote, était ici celle de tons les esjnrits éclairés. Ils disaient alors et ils disent bien plus vivef»ent encore aujourd'hui que la politique du plébiscite était une politique insensée :

Parce qu'elle devait natui*ellement détacher de rEm;pire les parlementaires, qui s'étaient rapprochés de lui, et les guides, à demi gagnés, de la classe moyenne;

Parce qu'elle était pour le parti libéral une cause de défiance, une source de déconragement ou d'irritation, et une menace ;

Parce qu'elle rendait tout au moins problématique la sincérité des concessions récentes;

Parce qu'elle ravivait la théorie et rappelait la funeste pratique défi coups d'État ;

Surtout, parce qu'elle remettait en question la légitimité de l'Empire, confessant à la face du monde qu'un nouveau baptême du suffrage universel lui était devenu indispensable.

'C'est, dit le Standard, que tant d'imprudence étonne et désole, c'est comme si l'on avait soumis aux délibérations du collège des cardinaux la question de la divinité de Jésus-Christ.

Le fait est qu'il y a, ce semble, quelque inconvénient, pour un pouvoir que tentent la gloire et les revenantsbons de l'immutabilité, à dire solennellement au peuple : « Veux-tu toujours de moi? »

Cette faute, les bonapartistes d'ici n'avaient pas attendu le vote du 8 mai pour la regretter : je vous laisse à penser quel a été leur saisissement quand ils ont su de quelle manière quinze cent mille votants avaient répondu à la question que les scribes de l'Empire assuraient avoir été adressée à la France !

Encore, si les oui étaient interprétés au dehors comme les intéressés se plaisent ou affectent de les interpréter au dedans! Mais non, M. Emile Ollivier a tant parlé de complots; il a tant crié, et d'une voix en apparences! émue, que le mot oui était seul capable de sauver la société des horreurs d'un épouvantable cataclysme; il a paru si effrayé et a fait tant d'efforts pour propager la contagion de sa frayeur, qu'aux yeux des Anglais, les oui du 8 mai, au lieu de signifier : «Nous voulons l'Empire, » signifient simplement : « Nous avons peur du chaos. ^

Et voilà comment les moyens mêmes employés par le ministère du plébiscite pour en assurer le succès se trouvent avoir tourné contre lui, dans l'opinion de l'Angleterre.

Je vous le répète, en ce qui concerne le sentiment de

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