HÉRÉTIQUES CONTRE HÉRÉTIQUES
doctrines, et sur cela seulement, l'Église établie aurait à se rajeunir lejouroù elle cesserait d'être protégée par des barrières artificielles. Mais son rajeunissement est-il possible?
Il y a quelques mois, le solicitor général, sir John Coleridge, lut en public et fit ensuite imprimer dans le Macmilan's Magazine un travail remarquable, où il posait carrément cette alternative : « Il faut que l'Église établie disparaisse comme telle, ou qu'elle élargisse assez son domaine pour que la grande masse des fidèles y ait place ainsi qu'autrefois. »
Il est de fait que, avant la Réformation, une Église d'État n'avait rien d'anormal, en ce sens que tout le peuple était compris dans l'Église. Mais, après la Réformation, les catholiques romains ayant fait bande ^ part, et le protestantisme s'étant divisé en des sectes nombreuses, que l'Église d'Angleterre, avec son présent système des tests, répudie, repousse, tient à distance; cette Église se trouve avoir, par cela seul, perdu le droit de se dire nationale; et les opinions religieuses représentées par elle n'ont plus un caractère degénéralité propre à justifier la possession des propriétés ecclésiastiques que la loi lui confère.
Sir John Coleridge a donc raison, attaché comme il l'est à l'Église établie, de s'alarmer des périls que renferme une situation aussi fausse, et de rechercher dans l'abolition des testSy dans le rapprochement et la conciliation des croyances, un moyen de conjurer ces périls.
Mais le moyen est-il aussi efficace que l'intention est pieuse? J'en doute.
Premièrement, l'Église établie *ne me paraît guère disposée à se faire tolérante pour devenir plus accessible. Et, franchement, le pourrait-elle sans s'exposer à tomber de Charybde en Scylla? On lui crie : « Élargissez votre domaine! » Voilà qui est bel et bon ; mais où s'arrêteront les limites de son domaine élargi? A Tunitarianisme? au théisme pur et simple? Pourquoi? La pente est glissante!
162 DIX ANS DE L'HISTOIHE; D'A.NGLqTBBRE.
Et puis n'a-t-on pas h compter avec cette dévotioa des sectes dissidentes qui est si raide, si intraitable, plu§ raide et plus intraitable que celle de TÉglise établie elle-même? Les baptistes sont«ils gens à transiger sur le baptême des enfants; les méthodistes, sur la doctrine de la justification par la foi; les calvinistes dissidents, sur les questions d'élection et de persévérance finale ; les presbytériens, sur la question de répiscopat?Loin d'être prêts à un échange de concessions, en vue du bon accord et de la paix, les non-conformistes tiennent aux dogmes particuliers qui caractérisent leurs croyances respectives, avec d'autant plus de fermeté qu'ils sont plus sincères. Ce qu'ils com-' prennent le moins, c'est cette élasticité de Tesprit, qui se prête aux accommodements. Ils sont implacables à l'égard de l'hérésie, ce? hérétiques !
Si donc l'Église d'Angleterre était condamnée, comme le croit sir John Coleridge, ou à perdre son caractère d'Église d'État, ou à ouvrir toutes grandes les portes qu'elle ajusqu'àprésenteusoin de tenir fermées, l'alternative n'est pas riante, et ce serait le cas, pour les (orthodoxes, de reprendre le fameux cri; L'Église est en danger.
Quoi qu'il en soit, il faut que justice se fasse, et l'important est que force reste à la raison.
Mais, demande maint orthodoxe effaré, si les non'Ooni^ formistes arrivaient à avoir la majorité h Oxford, dans la Convocation, ou, à Cambridge, dans le Sénat? Ëb bien, c'est qu'alors ils seraient arrivés à avoir, de beaucoup, la majorité dans le pays.
Au reste, ce n'est pas de la cause de la non-conformité, considérée en elle-même, qu'il s'agit ici : il s'agit de ce quelque chose qui est au fond de l'idée de non-conformité. Ce quelque chose, qui se joue des obstacles, se rit des testSy brise tôt ou tard les barreaux des prisons, et triomphe jusque sur l'échafaud, c'est l'inviolabilité de la conscience humaine, c'est la liberté!
UN APUS DE MOINS. i63