‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 44 sur 76 · PREMIERS REVERS DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

PREMIERS REVERS DE LA FRANCE

l'Empire eût voulu avec emportement jouer une telle partie, sans être à peu près sûr de la gagner; tant il avait fait bruit des chassepots et des mitrailleuses; et aussi, et surtout, tant la France a habitué le monde à voir dans la valeur des soldats de la France quelque chose qui commande impérieusement à la fortune des batailles!

Jugez, d'après cela, de l'état de stupeur où les Anglais sont tombés, à la nouvelle que le maréchal Mac-Mahon avait perdu une grande bataille, à la suite d'une bataille perdue à Wissembourg, et que le sol sacré de notre France était envahi, et qu'il s'agissait pour nous de fermer la route qui conduit à la capitale de la civilisation moderne, et que Paris était en état de siège ! C'est à qui s'écriera : « Yoilà donc le sort réservé aux nations qui laissent leurs destinées dépendre de la volonté d'un seul homme! y>

Car jamais, non jamais, la bravoure et le dévouement héroïque de nos soldats n'ont brillé d'un plus vif éclat, aux yeux des Anglais. Ils n'avaient certes pas besoin d'apprendre par le télégraphe que les défaites récentes n'étaient dues qu'à l'immense supériorité numérique des forces ennemies, et que, malgré cette supériorité, la victoire avait coûté des flots de sang au vainqueur : cela allait sans dire; nul n'avait besoin de lire cela dans les télégrammes envoyés de Berlin : c'est ce que chacun savait d'avance.

Mais ce qu'on ne savait point, hélas! c'est qu'il serait commis par des hommes qui devraient être infaillibles, puisqu'ils prétendent à un pouvoir absolu, des fautes assez énormes pour avoir raison... même de la vaillance du soldat français !

Quoi qu'il en soit, une chose me consolerait, s'il n'y avait des douleurs inconsolables : c'est l'idée qui domine ici, l'impression produite par d'aussi funèbres nouvelles. Cette idée est que le génie de la France est absolument invincible : '« Quelque atteinte que puissent porter au

prestige de TEmpire, dit le Standard, ces effrayants périls dont il est, peut-être, permis de rendre la politique de TErapire responsable, ils ne briseront pas le courage de la France, et détermineront, de la part de la nation tout entière, un effort dont le résultat sera pour les Allemands, s'ils veulent poursuivre une carrière de conquêtes, la défaite et une catastrophe. » Le Standard a raison. Dès que la question est non plus d'étendre nos frontières pour que le mérite en soit à un homme ou à une famille, mais de défendre le sol natal, de repousser l'invasion, de sauver à cette ville de Paris, bien autrement inviolable que la Sparte de la Grèce antique, l'humiliation d'apercevoir la fumée d'un camp ennemi, la France est un homme qui a trente-six millions de cœurs et soixantedouze millions de bras. Elle prouvera, au besoin, qu'elle n'a pas perdu l'habitude des levées en masse. Grâce au ciel, elle n'est pas épuisée comme en 4814 et 4845 ! Il ne tient qu'à elle de retrouver son élan de 4792. Qu'elle soit elle-même : il ne lui faut que cela.

Et alors, alors, malheur à qui aurait confondu ce que peut la France combattant pour l'Empire, avec ce que peut la France combattant pour la France!

MALHEUREUSE FRANCEI

14 août.

Sombres journées! Comme elles coulent lentement, ces heures funèbres! Et quelle douleur est comparable à l'impatience, lorsqu'on n'a plus un battement de cœur qui ne se rapporte au dénouement attendu! Ce que souf-

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