LA PRESSE ANGLAISE ET LA GUERRE
à s'aimer en se connaissant mieux. Est-ce ma faute si, dans les circonstances présentes, le grand courant des sympathies anglaises n'a pas roulé vers nous? Et, si cela est, pourquoi ne Taurais-je pas dit? La mission que vous m'avez confiée consiste-t-elie à taire ce que je vois, ce que j'entends, ce que je lis, ce que je respire en quelque sorte dans l'air qui m'environne? La vérité est-elle chose à mettre sous le boisseau, à voiler, ou à proscrire?
Gomment y réussir, d'ailleurs? Quoi ! je n'ai pas fait un mystère à mon pays d'une partialité qui a pour portevoix des journaux dontia publicité est immense et dont l'influence est aussi incontestable qu'incontestée, et qui instruisent l'univers entier de ce qu'on me reproche de n'avoir pas tenu secret. Convenons que voilà de ma part un crime bien noir ! Est-il vrai, oui on non, que le Times, le Daily News, et mainte feuille libérale se sont prononcés en faveur de la Prusse de toutes les façons possibles et imaginables?
Est-il vrai que le Times, le Daily News et les autres feuilles libérales lancées dans la même voie représenten Il fraction la plus considérable du public anglais?
Telles sont les questions que je pose!
Que le Daily News sympathise avec la Prusse en haine de Napoléon, conformément à l'opinion exprimée par l'auteur de la première lettre que j'ai citée, on peut l'admettre, le Daily News ayant toujours combattu l'Empire. Mais cette explication couvre-l-elle les prédilections du Times, par qui l'Empire a été prôné et Napoléon porté aux nues durant quelque dix-huit ans?
Et ces prédilections, quel journal les a constatées plus formellement, les a dénoncées avec plus d'amertume que le Standard lui-même?
Libre à lui de prétendre que cela ne prouve rien. Mais où donc chercher l'indication des tendances de l'opinion publique, si elle n'est à trouver ni dans le Times, ni
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dans le Daily New$, ni dans les divers erfpines de ce ICrand parti libéral dont l'importance est représentée : an pouvoir, par M. Gladstone, et, dans la Chambre des com* muneSy par la plus forte majorité qu'on y ait, je crois, ja* mais vue de nos jours ?
Il est très vrai que les organes du parti conservatîste se sont montrés favorables à la France dans leurs articles sur la guerre; mais ce qui n'est pas moins vrai, c'est qu'ils ont parlé et parlent chaque jour, comme si k salut de la France était renfermé dans le salut de la dynastie impériale ; comme si la nation française et Napoléon ne faisaient qu'un; comme si la ruine du peuple était nécessairement enveloppée dans celle de l'homme dont les fautes ont creusé sous nos pieds l'abime sanglant..* Étrange confusion, dont, en France, les impérialistes eux-mêmes n'osent pas faire l'aveu!
Cette confusion est celle dans laquelle le Standard se complaît. El, toutefois, plus juste envers lui qu'il ne Test envers moi, je n'en conclurai pas, comme un de mes correspondants, qu'il est l'organe d'un parti qui n'a nul souci du peuple français ; mais j'en conclurai que soa conservatisme doit être bien aveugle pour lui faire désirer le maintien de ce régime impérial qui a déchaîné sur le monde une guerre furieuse dans le tourbillon de la* quelle aucune nation de l'Europe, à commencer par l'Angleterre, n'est sûre de n'être pas attirée !
Quant au parti libéral, si ses sympathies pour la Prusse n'ont d'autre cause que celle qui est indiquée dans la lettre de M. Holyoake, tant mieux! Personne n'attache plus de prix que moi à la bonne entente de la France et de l'Angleterre; et je crois avoir le droit d'ajouter que personne n'y a plus travaillé que moL Je désire vivement que cette explication soit la bonne.
Mais qu'il me soit permis de demander en quoi consis^ tent les titres du roi de Prusse aux préférences du libé«
'LA PRESSE AN«LA9SE ET LA GlIBRUE. «1
nAisme anglais. Le vm de Prusse est-îl im second Marc- Âurèle? La liberté a-t-elle à inscrire le nom de H. >de Bismark dans le calendrier de ses saints? Le césarisme n'a-t-il qu'à séjourner de Tautre côté du Rhin pour mériter les adorations des âmes justes et des cœurs fiers?
Le véritable libéralisme n'a pas de ces partialités inintelligibles; il n'a pas deux poids et deux mesures! il condamne le despotisme militaire partout où il existe ; il n'a de prédilection décidée que pour la justice et le progrès.
C'est cet esprit qui respire dans quelques pages admirables pQbliées par M. Richard Congrève, un des membres les plus distingués de l'école d'Auguste Comte en Angleterre, pages où je lis : t La France, en sa qualité de peuple représentattf, de peuple martyr, a des droits ià toutes les sympathies de l'Occident. Moi et ceux an oms de qui je parle ne pourrions voir sans un sentiment de honte ces droits méconnus, cette occasion perdue. >
Won moins généreuse, non moins élevée est la pensée qui anime ici les dasses ouvrières, comme le prouveirtdeHX manifestes que j'ai là devant moi : Tun publié par TAssociation internationale des travailleurs ; l'airtre, signé par un grand nombre de travailleurs anglais de toutes professions; ébénistes, charpentiers, tailleurs, cordontriers, compositeurs, boulangers, maçons, mécaniciens, eflc, etc.
Au Standard, qui affecte de redouter l'avèneroefrt êe « mes amis » au pouvoir comme devant amener une rupture entre la France ël l'Augleterre, je conseille de lire et de méditer une déclaration rédigée en commun à Londres par des républicains français et des républicains allemands. Il y apprendra, puisqu'il l'ignore, que le parti auquel j'appartiens est celui de la fraternité humaine*: qu'il réprouve de la manière la plus absolue la guerre de conquête; qu'il regarde les guerres nationales commie un déplorable legs des siècles de barbarie, et que ses doctrines auraient rendue impossible la guerre qu'a rcndne
inévitable ce régime napoléonien si cher, aujourd'hui encore, à Taristocratie anglaise.