LE SALUT DE LA FRANGE
Paris, 7 septembre.
Aucun concours ne semble devoir manquer au Gouver-^ nement de la défense nationale. C'est l'essentiel. A cette heure des grands périls et des grands devoirs, la division serait le plus redoutable péril ; et le devoir le plus sacré, c'est l'union, — l'union sans nuage. Quand c'est du salut même de la France qu'il s'agit, bien lâche serait le cœur dans lequel le suprême désir de la sauver tiendrait moins de place qu'un sentiment d'amour-propre, d'ambition ou de rancune. Serrons-nous donc tous autour du gouvernement qui tient l'épée de la France. Que chacun le soutienne ; que chacun le serve. Que l'Europe apprenne que la République, suivant un mot fameux de M. Thiers, est ce qui nous divise le moins. Notre force dans le monde en sera centuplée.
Et c'est au monde entier, ne l'oublions pas, que nous devons compte de notre salut. Car ce qui donne à la préservation de la France un prix sans égal, c'est qu'elle est le plus actif laboratoire de la pensée humaine; c'est qu'elle est, par son génie comme par ses traditions, une nation représentative; c'est qu'elle est, on peut le dire, la patrie du cosmopolitisme, et qu'en travaillant à son salut, on sert la cause de l'humanité.
II faut donc que chacun aide le gouvernement de la République à venir à bout de sa tâche, dont rimportance est souveraine et la difBcullé énorme. On raconte du maréchal Mac-Mahon qu'il expliqua sa magnanime insistance à demander pour le maréchal Bazaine le commandement en chef, en disant : Moi, je sais obéir. Voilà aujourd'hui, pour tout Français, et j'ajoute pour toute âme fière, le mot de la situation.
APPENDICE
APPENDICE
LA CONSTITUTION DE LA PlOPRiéTÉ TERRITORIALE UN ANGLEfffiftRfi BT BC BftIGHT*.
Emersom dit, en parlant de ceax que tourmente la passion <l'ac(|«érir : c Leurs désirs sont un gouffire fue la possession 4e ia terre entière ne comblerait pas. Volontiers ils einpédi^^ient le soleti de lirire sur le monde, pour en faire une propriété privée, si cela leur était possible; volontiers iis eAfermeraient dans leur cabinet de trsiTaii ou dans leur chambre à coucher TélMiile du matin et rétoile du soir. Ce qu'ils ne convoitent pais comme utilité, ils le convoitent comme ornement, et ce dont ieur confort peut se passer, leur orgueil ne le peut pas. > L'amer sentiment exprimé par ces fortes paroles est celui qui respire dans les deux discours que pronoa?-
1. La <|uerclte entre MH. Cobden et Bo^ht d*flne part, iA le Tm» d'autre pari, m'ayaat conduit à examiner rimporUiUe et inléressattl^ question de la tenure des terres dans la Grande-Bretagne, j*ai cru bien faire eh rapprochant et en publiant Tune à la suite de Tautfâ diverses lettres que fai publiées à ce suj«t et qui, ainsi rassemblées, formeot un tout.
cèrent, il n'y a pas longtemps, à Rochdale, M. Cobden et M. Bright" Voici un passage du discours de M. Cobden :
« J'ai beaucoup voyagé ; j'ai voyagé dans la plupart des contrées civilisées, et je dis que la masse du peuple en ce pays ne saurait être aussi favorablement comparée à la masse du peuple en d'autres pays que je le désirerais. En d'autres pays, je trouve un plus grand nombre de propriétaires qu'en Angleterre... Il n'y a pas, sur la face du globe, de contrée où les paysans soient ce qu'on les voit en Angleterre; il n'y en a pas où, comme en Angleterre, il existe un divorce complet entre les paysans et la terre ; il n'y en a pas, l'Angleterre exceptée, où l'on ne rencontre des hommes traçant un sillon dans un champ qui leur appartient. Comme moyen de modifier cet état de choses, je ne demande ni révolution ni violences empruntées du système de la loi agraire; mais j'estime qu'il y a là quelque chose de contraire à la nature humaine, et j'ai remarqué partout où je suis allé que le bien-être du peuple est, en général, proportionné au pouvoir qu'il a de s'occuper lui-même de ses intérêts. Là où une classe possède le pouvoir politique, ceux qui la composent seront toujours traités avec plus de considération, obtiendront de plus grands avantages, auront plus de chances de devenir propriétaires, que là où cette classe ne possède pas le pouvoir politique. » Voici maintenant un passage du discours de M. Bright : « On appelle l'Angleterre un pays riche, et il n'est pas douteux qu'il n'y ait des hommes riches en Angleterre; mais, sans parler de la détresse, temporaire, je l'espère, qui règne dans le Lancashire, il y a aussi en Angleterre un million de pauvres à la charge de la paroisse, et un million au moins — beaucoup plus de deux millions, j'en ai peur! — de créatures humaines, hommes, femmes, enfants, qui sont sans cesse à la veille de tomber
dans la pauvreté. Or, si nous considérons la condition réelle de la masse du peuple; si nous jetons les yeux sur les maisons qu'elle habite; si nous tenons compte de ce fait, qu'un si grand nombre de citoyens n'ont pas de propriété; si nous regardons de près à l'état de Tinstruction publique, en ce qui touche le peuple ; et si nous mettons la misère de cette nombreuse classe de la population en contraste avec l'abondance et le luxe d'autres classes, nous arriverons, je le crains bien, à cette conclusion, que la législation a encore quelque chose à faire pour améliorer la condition de la masse du peuple!... Est-ce donc, je le demande, en vertu d'un immuable décret du Tout- Puissant que la moitié des habitants de ce pays vivent dans des maisons dont la valeur annuelle n'excède pas cinq livres sterling; et que les enfants du pauvre ne reçoivent, comparés à ceux du riche, ni soins ni instruction; et que, pour tant de nos semblables, la vie est un combat; et que la lumière du soleil, qui tombe au travers de notre chemin, à nous, ne fait que dorer, pour eux, une terre qu'ils peuvent apercevoir de loin, mais sans espoir d'y arriver jamais? »
Ces deux passages sont singulièrement caractéristiques : ils éclairent d'une manière saisissante la différence qui existe entre la nature de M. Cobden et celle de M. Bright. C'est, à côté de la plainte de l'économiste, le cri perçant du tribun. Où le premier voit un intérêt méconnu, le second voit un droit violé. Mais ce qu'ils attaquent l'un et l'autre et en commun, c'est la tenure aristocratique du sol, telle qu'elle a prévalu en Angle-
terre.
Il n'y avait pas à s'y tromper, et personne ne s'y est trompé. Aussi a-t-elle été formidable, la clameur qui s'est élevée du sein de la classe ainsi prise à partie, et le Times n'a été que l'écho fidèle de cette clameur lorsque après avoir signalé MM. Cobden et Bright comme
MS DIX ANS BE L'IISTOrRET 9'AIVCLETERRIL
vtttlant le partage des propriétés des ridies enlre les pauvres, i) a répété l'acemsatioA en l'appIiqiBaAt plus patticuHèremeiit à M. Brîglit.
Cette accusation est-elle jnste? Ceux cpx'eBe a firappës OBt-îh réellenienit rêvé ée loi agraire? L'école de liaacfaester a-t-elle douiié des svccessears à TAérius et à Gaïus Gracchus? MM. GoMea et Brighl sont-ils gens à mettre la violence an service àt leiurs idées, ou. même au service 4e leiurs colères?
Non, sans demie : sous ce rapport, il y a eu injustice manifeste dans les imputations du Times, ou dans ce qni'enes semUafieat impliquer; et M. Gobden, ea défendant son ami, en se déifeadant lui-méftte, a eu raison de. crier à la calomnie, qudqu'il Tait fait avec un excès de violence préjudiciable à sa cause.
Ce qui est sûr toutefois, et ce que ni IL GobAe& ai M. Bright ne seraient, je pense, disposés à nier, c'est que le landlordisme leur est odieux^ c'est qu'ik brâleut de remplacer l'aristocralie féodale, qui kes repousse, par cette avisiocraliie* manufacturière dont ils sont les représentants les plus illustres et les plus logiques ; c'est que le genre de tenure du sol par eux préféré serait celui au moyen duquel le propriétaire arriveirait à se confondre avec le cultivateur : résultat qu'à aucun prix ils ue voudraient voir sertir de remploi de procédés révolutionnaires, mais qu'ils béniraient, s'il poavait être obtenu graduellement, pacifiquement, par Tadopticm d'une série bien combinée de mesures législatiTesi.
Tel étant leur but, leur eimpvessemeiil à réclamer la participation du peuple au pouvoir politique se comprend de reste.
D'un autre côté, si leurs vues so«t pacifiques, oa n'en saurait tout à fait dire autant de leur langage, ce ifui est surprenant de la part de M. Cobden, esprit froid, iateUtgent et cabne, mais ce qui ne l'est guère de la part de
M. Brighty dont l'orageuse éloquence répond aux agitations d'un cœur passionné.
La vérité est que H. Bright déteste cordialement l'aristocratie, et éprouve à se mesurer avec elle une sorte de jouissance hautaine. Un jour, on demandait à Gharles LamJb. comment U pouvait haïr des gens qu'il ne connaissait pas. « Et comment pourrais-je les haïr, répondit- il, si je les connaissais? » La haine d'une classe que H. Bright regarde comme investie d'un monopole politique et social, doublement injuste, est un sentiment (font son ânue saroure ranwnrtune, par lequel il lui plaft d'être tourmenté, qu'il est impuHrsmt à contenir. De là les anathèmes qui lut éebappené, en quelque' sorte malgré Id ; de là son aréeur k secoiier sur vue traînée de poud're une" torche aRuméej, au œque (fawè* eacpFosion dont, cependant, 3 ne veut pas.
Quoi qu'iï en soît, sa icr^^wf sortie contre des « inslftutions dont les riches* jouïssent et que Ub pcRivres sa*-bissent », — ce sont ses paroles, — cette sortie, si' véîi^ente, si terrîHe, a sauJevé une qwestîon qwi, sele» toute apparence,, contmnera d'occuper !eff esprits longtemps après que la querelle qui s'y Se arura été ou*bKée. Ce qui est réeHement en cause, ce n^est pas le Time^y ce n'est pas HT. Cobden, ce n*est pas M. Bri^t r c'est ïa constitution féodale de fa preprietê e» Ai^leterre. Le sujet est grave.; il est intéressant à tous les points de vue. Il vaut d"onc qu'on l'aborde et qu'on s'y arrête.
LE LANDLORD EN ANGLETERRE N*EST, RIGOUREUSEMENT PARLANT. QU'UN TENANCIER.
J*ai signalé, dans ma dernière lettre, les clameurs soulevées en Angleterre par les deux récents discours, l'un de M. Gobden, l'autre de M. Bright.
Le bruit et la durée de ces clameurs, qui ont été prolongées, d'abord par les journaux de Londres, puis par ceux des provinces, comme par autant d'échos sonores, montrent assez qu'en Angleterre on commence à se préoccuper sérieusement de la condilon qu'y fait aux classes agricoles la tenure féodale de la terre. Si cette question n'était pas brûlante, M. Bright, en l'abordant, n'aurait pas excité contre lui tant de colères. Si la constitution territoriale, qui repose sur les droits de primogéniture et de substitution, n'éveillait pas ici des idées de réforme, sujet d'espérance pour ceux-ci, et pour ceux-là sujet d'inquiétude, les mots de loi agraire ne se seraient pas trouvés sous la plume effrayée du Times, et le très pacifique M. Gobden n'aurait pas eu à gémir de se voir comparé à Gains Gracchus.
Exagérations que tout cela sans doute ! exagérations calculées! Une révolution radicale dans le système actuel de l'appropriation du sol en Angleterre est absolument impossible ; l'aristocratie ne redoute rien de tel ; les dénonciateurs les plus emportés de MM. Gobden et Bright sont très loin de les croire aussi noirs qu'ils se plaisent à les représenter ; et, lorsque le Times leur
prête des vues de spoliation, le Times sait fort bien jusqu'où va sur ce point leur innocence, et que le principe de propriété n'est menacé ni par eux ni par personne. Mais ils veulent une réforme : n'est-ce pas là un crime assez grand? Car enfin, qui sait? si une révolution est impossible, une réforme, peut-être, ne l'est pas. Or l'aristocratie, en Angleterre, c'est l'arche sainte. Malheur à qui ose y toucher!
Cependant quel est l'état réel des choses?
Que la condition du paysan en Angleterre soit fort triste, il n'y a point à le nier. Il est mal nourri, il est mal logé, il est livré sans défense aux atteintes de la vieillesse, il n'a aucune chance de s'élever dans la vie. Son sort n'est pas, à la vérité, plus lamentable qne celui du paysan belge, lombard ou français, comme le Spectator en fait avec raison la remarque ; mais ce dont il convient de tenir compte et ce que le Spectator n'a garde d'oublier, c'est que tout se juge par comparaison. L'Angleterre étant le pays le plus riche du monde, la misère y est plus misérable que partout ailleurs.
Aussi la tendance du laboureur à prendre le chemin des villes commence-t-elle à y être vivement accusée. C'est peu : la population des campagnes semble de moins en moins retenue au sol par l'amour du pays natal. Dans le nord du pays de Galles, par exemple, il y a, dit-on, un mouvement d'émigration presque aussi considérable que celui qui règne en Irlande; et le journal que je citais tout à l'heure se demande avec anxiété ce qui arriverait, si ce mouvement d'émigration venait à se développer, et si, ce qui n'est nullement improbable, l'habitude de « faire grève » s'étendait de la classe des salariés de l'industrie à celle des salariés de l'agriculture.
MM. Cobden et Bright ont donc mis le doigt sur un mal qui n'a rien d'imaginaire; ils ont appelé l'attention x. 12
9m DIX ASS I»B L'IlSTOinS D*ANGI*]t7BftRB.
de leurs condloyems sur un dai^er qsà s'a rien de di^ iBérique.
Mais quelle est la aalare des rmèdes fa'ils pr«fosent? quelle estleiir Takur? quelle est leur portée?
Pour en jmger, û impùtie de se readre d'abord bîea <;ompte da régime auqvd il s'agirait de le$ apptiquer.
Chacun sait qae Le système féodal fetînirodoDl en AiO* :^leterre par Guillaume le Gon€piéraiit,.peii de tettpsa|>rte la conquête nonoand*. Seo but en eeia fulril départager entre ses ccHiipagiions les dépouilles ém pajhs conqcâs? C'est ce qtt'on a betaucanp dit ei répété, mais c'e$& ee que désnent Thisiioire fraie. L'Ângleéerfe^à cette époque^ ^tait menacée d'une invasion danoi^eu L'établi$sem«tit 4u régime léodal, adnÂrablement ad^té^ auxin^uf s militaires de ces siècles de barbane, fut demaniié comme moy^a de défense et de salut pu h grande ass^mMe du royaume : voilà le fait. Mak il n'«n est paa mmsi$ incontestable que te régime féodal^ «e £m «élâbU, éfr- Tint une fermidable macUne à «pimissîoa* Ia aatioii n'échappa ans coups die ses ennemis dit ^ehNWs qu'em ae mettant à la merci de 49«s iMtitms dm dedans. Tout le sol dm pays dnt être et fmtyéès <» mmamt^ «ansidétfé comme la proyriééé aliaoil«e du aefiveraiii. €n le diitsa en fiefe, dont le roi â'«n|»ara «u ^u'il dttOMaà «eâ ptisf cipaoK eompagooas, qui s'y installèrent aoos le ttooi de barons, de vassaux, «td* tenetiks m vëpiê^ à iA.cliaqpe par eux de lui jurer foi et komfnaigfry et de le <s«ivi*e à hk gMrre avec vol œrtaia nomère d'bommes araiés. fie leur cétév seit poar se tfuettre eir état d'exécuter te eeaditîiDns d« osntrat féodal, soit pour qM, peoéuit kar absence, leNors tenues ne deafietinissent potoi sans caUisie, les grande feiidataires lurent conduits à ânMàviser leurs domaines, sauf à recevoir des nouveaux necnpaEals une rente (reéiitus) qui leur permit de sab- Te&ir aux frais de leurs excirsions guerrières*. Aùnaî
SB forma ia rebtiMi au iêri au tassêA^ relation ie fidé- Ulé el d'ebéiâuace da U |»art eu secmd; de protection et de justtca^ de ia patt éà preoaer. La base sur laquelle s'éleva cet éeha&mkg», qaelle élak-elle? La tbrce.
Toat ^fabeard, la poseemon des %ek fat saberdonnée à la volonté du lord. Ceux qui les tenaiefit de lui* ne pouvaient en dispeser à leur gaise^ ne pouvaient les tiaasfiiettre par suceessioii on autrement. Maîe^insenâblement, les héritiers do tenaaeier défwit obtinrent de se partageir entre enx son héritage^ mofennaBlnn cadeau à foire au lord (« ftne\ cadeau qui consistait dans Toffre d'nne armure, ou de quelques chevauit, ou d'uoe soinnie d^argent. Bientèt on s^perçut que cette divisioa des hé* ritages tendait à rendre les saos-feudataires incapables d'acquitter les services divers auxquels ils étaient astreints à Tégard dn lord, et l'usage s'introduisit paraû les tenanciers de laisser, à leur mort, la totalité des terres qui leur étaient confiées à un seul de leurs enfants, ici à fainé, là an plus jeune^ Enfin, à mesure qne les lunules et la richesse firent despregrès,l«s fiefs acqiiiarenit de plus en plus entre les nains des tenanciers te caractère de propriété absolue, et les vassanx se transformèrent en freeholder^y c'est-à-dire en libres propriétaires du sol.
Mais il est à remarquer — et ceci est un pcnnt capital — que cette transformation des soui^fevûktaires en freebo\i4r$ n'aUa point jusqu'à entamer le principe en vertu duquel le souverain était tenu pour le seul proprié^ taire absolu du royaume : Tout fuit en luy et vient de luy al commencement. Blackstone dit en propres termes : m Nul sujet, en Angleterre, n'a la propriété allodiale (en franc alleu). C'est un principe admis en législation et impossible à nier, que toutes les terres du royaume sont tenues du roi, directement on indirectement. > Et encore:
« Un sujet a riisufruit, non la propriété absolue du sol, ou, selon l'expression de sir Edouard Coke, il a le dominium utile, non le dominium directum. »
D'où il résulte que, strictement parlant et en droit, le premier landlord d'Angleterre n'est qu'un tenancier. Il n'y a de propriétaire reconnu par la loi que le souverain, ou ce qu'il représente : l'État.
Il est bien vrai que la suzeraineté de la couronne n'a aujourd'hui, en fait, d'autre valeur que celle d'une fiction légale; il est bien vrai que chacun ici a le droit de jouir et de disposer de ses biens comme il l'entend ; que dis-je ! la liberté testamentaire, si rigoureusement circonscrite en France, ne connaît point de limites en Angleterre. Mais, à côté de la question de fait, la question de droit reste. Dans la fiction légale, il y a un principe dont il dépend de la nation, quand elle le voudra, de tirer les conséquences. Si le sol appartient à l'État, en vertu de la loi, c'est le comble de Tabsurdité que d'appeler MM. Cobden et Bright des factieux parce qu'ils désirent, à tort ou à raison, que la constitution féodale de la propriété dans ce pays subisse des modifications législatives de nature à augmenter graduellement le nombre des propriétaires cultivateurs, soit par l'abolition pure et simple de la loi qui, lorsqu'un homme meurt intestat, livre la succession de ses biens réels à son fils aîné, à l'exclusioa des autres enfants; soit par des restrictions apportées, comme en France, à la liberté de tester; soit enfin par le renversement pacifique et légal des obstacles que l'esprit aristocratique a su mettre au transfert des propriétés territoriales.
Reste à savoir jusqu'à quel point l'adoption de pareilles mesures serait désirable ; jusqu'à quel point le progrès de l'agriculture est lié au morcellement du sol; jusqu'à quel point il importe d'encourager cet élan passionné du paysan vers la terre, qui a fait dire à Michelet, par-
PROPRIÉTAIRES ET FERMIERS ANGLAIS 2i
lant de la France : c Promonons-nous le dimanche dans la campagne, suivons le paysan. Le voilà qui s'en va là-bas devant nous. Il est deux heures; sa femme esta vêpres; il est endimanché; je réponds ^qu'il va voir sa maîtresse. Quelle maîtresse? Sa terre. »