‹ Dix ans de l'histoire d'AngleterreChapitre 58 sur 76 · Thornton, a Plea for Peasant ProprietorSt p · texte numérisé non relu

Thornton, a Plea for Peasant ProprietorSt p

2. Je tire ces chiffres, sur Tétat de Tinstruction en France, d*tta excellent livre que M. Frédéric Martin vient de publier en Angle»

Venez donc nous dire, après cela, que le cultivateur pauvre, précisément parce qu'il est pauvre, s'occupe sans relâche de faire valoir chaque pouce du terrain qui est à lui, ne néglige rien, n'oublje rien, ne perd rien, donne à la culture de son champ tous ses soins, toutes ses heures,, toute son application, toute sa vie ! Qu'importe, si ce: qu'il y a de sacrifié dans ce surcroit de travail, c'est le travailleur lui-même ? Que le paysan propriétaire fasseproduire à la terre sur un espace donné, tout ce que, eu égard aux maigres moyens dont il dispose, il y a chance de lui faire produire, je le veux bien ; mais, encore une fois, qu'importe, s'il est obligé pour cela de se livrer à un labeur sans relâche, qui dévore son temps, épuise ses forces, pétrifie ses. facultés, et le rend incapable de tout ce qui serait de nature à élever son intelligence, à élargir l'horizon de ses désirs et de ses pensées? La destinée de l'homme sur le globe son domaine, est-elle donc celle de la bête de somme ? Produire le plus possible avec le moins de dépense possible de forces, là est le progrès.

Du moins, si ce lambeau de terre que, faute de ressources suffisantes, le paysan s'épuise à cultiver, lui rapportait en bien-être un peu de ce qu^il lui coûte en mortelles fatigues ! Mais non. Il faut que le cultivateur emprunte, il le faut. Si Ton en doutait, qu'on prenne lai peine de méditer les chiffres qui expriment le passif de la propriété foncière en France. Plus du tiers de son revenu net est absorbé par les intérêts de la dette inscrite ou non inscrite qui pèse sur elle. Douze milliards et demi, tel est

terre sous le titre de the StatefmarCs Year-book, Cet ouvrage répond parfaitement à son titre; car il renferme, sur tous les pays du monde, un trésor de renseignements qui le rendent indispensableà quiconque s'occupe des affaires publiques. C'est bien réellement un manuel de Thomme d'État.

iU DIX ANS DE L'HISTOIRE D'ANGLETERRE.

le chiffre qui, en 1850, si j'ai bonne mémoire, représentait, «n Franee,la dette hypothécaire portant intérêts Or c'est, <îorome on le pense, sur les propriétés que pèse principalement le fardeau. Les malheureux qu'on décore du nom de propriétaires ne sont, pour la plupart, que des serfs •de l'usure. Quand il arrive à l'un d'eux d'emprunter, veuton savoir à quelles conditions le Shylock du village voisin lui prête? Dans un projet de banque hypothécaire, dont l'auteur, Isidore Debrie, possède évidemment une grande •connaissance du sujet, on lit :

« Un emprunt hypothécaire de 500 fr.

exige en frais d'actes une dépense de 14 p. 100.

€ Commission à l'intermédiaire. . . 1

t Intérêt légal 5

€ Quinze jours de perte d'intérêt pendant le temps requis pour l'accomplissement des formalités, environ 1/4

> Total 20 1/4 p. 100.»

Où de pareils marchés sont possibles, il est clair que l'usurier est maître de la propriété... et du propriétaire.

Envisagerons-nous la question au point de vue de la •consommation? D'après la Statistique générale du royaume y officiellement publiée en 1837, — je n'ai pas sous la main de statistique plus récente, — la moyenne de la consommation annuelle de la viande de boucherie, en France, était pour chaque habitant, à cette époque, de 11 kilogram. 35, ce qui revient à une once par jour. < Certes, dit M. Raudot (de l'Yonne), ce serait bien

1. Voyez le livre de M. Raudot (de TYonne), intitulé Décadence de ia Fratwe, p. 100.

PROPBIÉTAIIIBS BT FERMIERS ANGLAIS. 93S

peu; mais, lorsqu'on voit dans le travail cité quatre-vin^* cinq villes, chefs^lieux de département, dont la popula* tion totale était de 2,990,358, absorber à elles seules 2,284,456 animaux de la race bovine et de la race ovine, sur 9,503,904 que Ton tue dans la France entière, il est bien évident que la grande majorité des Français ne peut manger de la viande que par hasarda »

La prospérité du règne végétal dépendant de celle du règne animal, et la production en grains devant naturelle* ment diminuer là où l'engrais manque, il y aurait à s'éton* ner vraiment si ceux qui ne mangent pas de viande avaient beaucoup de pain à manger. Aussi l'auteur cité plus haut ajoute-t-il : « Plus du tiers des Français ne mangent que du pain d'orge ou de seigle, et ont pour supplément à une mauvaise nourriture des châtaignes, du maïs, du sarrasin, des pommes de terre et des légumes secs. Dans certains départements, les malheureux mangent môme de l'avoine '. >

On le voit, dans ce qui précède, je n'ai point dissimulé les inconvénients du système qui parait avoir les sympathies de H. Bright; mais suit- il de là qu'il faille préférer le système que M. Bright a si vivement dénoncé? N'y a-t-il rien à dire en faveur du régime qui, par l'esprit de propriété, conduit le travailleur au sentiment de l'indépendance? Sa liberté, son bien-être, sa dignité morale trouvent-ils mieux leur compte dans ces pays de grande culture où la tenure des terres est aristocratique y et où, comme en Angleterre, le sol se divise entre un très petit nombre d'opulents propriétaires, pour être cultivé, sous un petit nombre de riches fermiers, par des esclaves à peau blanche, des instruments aratoires à face humaine? A Dieu ne plaise que telle soit ma conclusion. J'ai montré

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