‹ Dix ans de voyages dans la Chine et l'Indo-ChineChapitre 14 sur 69 · Hùtory of the isin dynasty, A. D., 2BS · texte numérisé non relu

Hùtory of the isin dynasty, A. D., 2BS

2 . Il est dit, dans THistoire de la dynastie des Sui, qu'un général chinois emporta delà capitale de Limyiss (Siamrap probablement) dix-buit statues d'or.

un navire convenable pour traverser le lac. Mais comme, à sa porte même, nous aperçûmes un bateau qui pouvait faire notre affairej nous en prîmes possession à Finstant, non sans convenir du prix, selon notre habitude.

Cet arrangement fut si vite conclu que le chef, à qui il aurait fallu au moins une semaine pour y réfléchir, parut absolument abasourdi quand il nous vit partir de cette façon. Il ne s'était pas encore fait à ridée que tout était ail right (ou que tout s'était passé le plus convenablement du monde), que déjà nous étions hors de vue, avions traversé le grand lac de Talé Sap, et étions entré dans la rivière de Siamrap^ d'où nous envoyâmes Ali porter nos lettres de recommandation au Ghow-Mouang, ou gouverneur de la province dans laquelle se trouvent les principales antiquités. Je ne décrirai pas pour le moment le grand lac d'eau douce du Cambodge ; mais je dirai ici en passant que Battabong et Siamrap sont deux provinces qui furent conquises sur les Cambodgiens par les Siamois il y a quatrevingt-sept ans *. Ali revint dans l'après-midi, porteur de très-bonnes nouvelles. Le gouverneur nous faisait l'honneur de nous envoyer deux éléphants pour notre usage personnel et cinq charrettes à buffles pour nos bagages. Les howdahs des éléphants étaient en forme de dôme, c'est-à-dire de l'espèce réser\'ée à l'usage des personnes d'un rang supérieur. Mon ami avait déjà voyagé à dos d'éléphant dans le Korat ; mais c'était pour moi chose absolument nouvelle. On pria, en siamois, la colossale bête aux doux yeux, de m'aider à monter. Sur quoi, l'éléphant plia son énorme jambe de devant et m'inspecta lentement de la tête aux pieds avant de se décider à me hisser sur son dos. Je plaçai fermement mon pied sur son genou, et il me souleva doucement pour que je pusse atteindre son cou, me maintenant en équilibre avec sa trompe jusqu'à ce que j'eusse grimpé dans le howdah. Cela fait, il se mil en marche d'un pas égal vers sa destination, connaissant, à n'en pas douter, le pays aussi bien qu'il était posible de le connaître. Tranquillement il avançait à travers marais et fondrières, mesurant de l'œil la hauteur des branches qui s'étendent au-dessus de nos têtes, car il sait parfaitement aussi quelle est la hauteur du howdah, et s'il voit une branche sous laquelle nous ne puissions pas passer librement, il s'arrête, lève sa trompe et Tarrache avant de poursuivre sa route.

Quand il arrive au bord escarpé d'un cours d'eau, il s'accroupit et glisse doucement dans Teau, et s'il a trop chaud et que les mouches l'ennuient, il plonge en nageant sous la froide surface de l'eau et

1. Ce n'était quo quatre-vingt-quatre au chapitre précédent. Espérons qu'avant la fin (lu volume ce sera de temps immémorial que les Cambodgiens n'auront eu le droit de rien céder aux Français sans l'assentiment des Siamois et des Anglais.

fait prendre un bain au howdah ci à ceux qui Toccupent. Il remplit sa trompe d*eau toutes les fois que Toccasion s*en présente, et la garde pour se désaltérer dans sa marche ou pour se la verser en douche sur le corps et noyer les mouches qui ne s'attendent pas à cette ablution. Et c'est ainsi que, d'un pas sûr, il avance, franchissant des obstacles qu'aucun autre quadrupède ne pourrait surmonter. Si de loin il voit quelque arbre qui le tente, il y dirige sa course pour cueillir en passant une bouchée de ses feuilles. Avec tout cela, ' il est d'une docilité parfaite et semble, tant il est obéissant, comprendre tout ce que dit son cornac. Celui-ci, à cheval sur soù cou, le guide avec bonté, se ser\'ant cependant, quand il le faut, d'un bâton garni d'une pointe de fer. La position élevée, la ligne droite que l'on suit à travers marais et jungle, la vue magnifique que l'on a de tout le pays environnant, ont au premier abord un charme indicible ; mais au bout de quelque temps on sent que ce serait un grand soulagement que de pouvoir être délivré du perpétuel tournement de tête et de trouver un autre axe de mouvement que le bas des reins. On trouve donc quelque prétexte pour mettre pied à terre ; mais le mouvement persiste ou semble persister pour quelque temps du moins.

Le Chow Mouang de Makhon Siamrap nous reçut avec beaucoup de courtoisie, et mit une maison à notre disposition pour deux ou trois jours, afin que nous puissions attendre qu'un chef du Laos, qui était venu avec une nombreuse escorte en pèlerinage au temple de Makhon, fût reparti et nous eût laisse le logement qu'il occupait. La vieille ville de Siamrap est dans un terrible état de dilapidation, effet, nous fut-il dit, de la dernière invasion du Cambodge. Cependant les grands murs de pierre qui l'entourent sont encore dans de fort bonnes conditions. Hors de ces fortifications coule une rivière limpide qui va se jeter dans le grand lac à 20 ou 25 kilomètres de là, et dans la saison des pluies cette rivière est navigable. Le troisième jour après notre arrivée, nous enfourchâmes nos poneys et prîmes la route du Makhou-Wat, ancienne capitale de l'empire du Cambodge. Un petit galop d'une heure à travers la magnifique vieille forêt nous amena dans le voisinage du temple, et là nous nous vîmes arrêtés par la quantité d'énormes blocs de pierre taillés qui gisaient devant nous à demi enterrés dans le sol. Quelques minutes de marche nous menèrent à de larges degrés de pierre gardés par des lions de pierre de dimensions colossales, dont l'un avait été renversé et gisait parmi les débris. Mon poney franchit cet obstacle, et, sautant de marche en marche, m'amena à la longue terrasse en forme de croix qui traverse ie fossé sur des arches. Ce fossé est très-large et revêtu d'un mur de soutènement fait d'un conglomérat de fer. La vue que l'on a du haut de cette

plate-forme de pierre surpassa de beaucoup mon attente. Les vastes proportions du temple me remplirent d*un sentiment de doulou* reuse admiration que je ne puis comparer qu'à celui que j'éprouvai quelques années plus tard en naviguant dans Vombre solennelle qui règne au fond des effrayants précipices où coule le Yang-Tze supérieur.

Le secret de mon émotion s'explique pour moi par l'extrême contraste entre le Makhon-Wat s'élevant, ensemble magnifique de structures géantes où éclate toute la puissance que la grandeur des pro|k)rtions peut donner, au milieu des plaines couvertes de forêts et de jungles, et ces misérables huttes à la toiture faite d'herbes sèches, constructions aussi grossières que primitives ; et les seules que les h<ibitants du pays aient aujourd'hui le désir ou le talent d'élever. Makhon-Wat, comme la plupart des édifices d'inihapatapuri et des autres cités du Cambodge, est élevé sur une plate-forme de pierre. 11 se composé, à partir de sa base, de trois terrasses quadrilatérales superposées et d'une grande tour centrale de 180 pieds de haut. Le mur de l'enceinte extérieure enclôt un espace carré dont les côtés ont environ 1200 mètres de long. Autour de ce mur court un fossé de 230 pieds de large. Ce fossé est traversé à l'ouest par la chaussée en pierre de taille dont j'ai parlé déjà; les escaliers de pierre sculptée conduisent de la chaussée au bord de l'eau. Selon toute apparence, ces escaliers avaient été construits pour permettre aux dévols pèlerins de la foi brahmanique ou bouddhiste de faire là leurs premières ablutions. Au centre de chacun des quatre côtes du mur extérieur, qui font face aux quatre points cardinaux, s'ouvrent de lonjçucs galeries avec des toits en forme de voûte et des piliers monolithiques dont la physionomie classique est très-frappante. Nous dirigeant vers l'entrée principale du côté de l'enceinte qui fait face à l'ouest, et passant sur une large chaussée intérieure, dallée comme l'extérieure en pierre de taille polie, nous arrivons à la façade ouest du temple proprement dit. Nous montons sur une terrasse en forme de croix, par un escalier de pierre orné des plus belles sculptures et gardé, de chaque côté, par des lions de pierre de dimensions colossales, et nous trouvons enfin devant l'entrée véritable du temple. La façade de ce côté a plus de six cents pieds de long, et, au centre, est murée sur une longueur de plus de deux cents pieds. Cet espace muré est divisé en compartiments et chaque compartiment a des fenêtres où il reçoit la lumière. Dans chacune de ces fenêtres il y a sept barreaux de pierre sculptée, qui tous se ressemblent comme dessin et comme proportions. Les sculptures ornementales de ces barreaux semblent représenter le lotus sacré et les fleurs sont aussi exactement pareilles que si elles étaient toutes sorties du même moule Ces com-

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Fio. I- — Plan de l'intifrieur du limpk <!'■ Makhon, n-lovf pari"; Fw. 2. — PI"" "^e l'aowui".

partiments se reproduisent dans la partie centrale de toutes les galeries. Les deux tiers restants de la façade consistent en colonnades ouvertes, derrière lesquelles s'étendent les murs ornés de ces extraordinaires bas-reliefs dont tout le monde a entendu parler.

J*ai déjà dit que l'édifice se compose de trois terrasses superposées et d'une grande tour qui s'élève au centre môme de la terrasse supérieure. Quatre tours moins hautes s'élèvent autour de la grande, ^•édifice tout entier est, selon toute apparence, destiné à symboliser l0 mont MéroU; centre de l'univers bouddhiste. Que l'on considère en effet que le mont Mérou a pour ceinture sept cercles de rochers \ et <I^e I^ tour centrale a sept cercles; que le mont Mérou repose sur trois plates-formes (correspondant exactement aux trois terrasses de S^^hon-Wat), une plate-forme ou couche de terre, une d'eau et unetle vent ; et qu'il s'élève au milieu de l'Océan. Or, déjà le large fossé qui entoure l'édifice peut à la rigueur symboliser l'Océan ; mais, lorsque, dans la saison des pluies, la plaine est inondée, c'est du milieu d'une nappe d'eau sans bornes que ce prodigieux édifice a l'air de s'élever, comme le mont Mérou du milieu de VOcéan •.

Dans une foule d'anciens temples de Java nous retrouvons la même architecture symbolique. Le temple de Kalisari, par exemple, est un temple divisé en trois étages, et il y en a beaucoup d'autres qui sont construits sur le môme modèle ^. Si l'ancien temple bouddhiste de Bora-Bido n'a pas de tour centrale, il a, si je ne me trompe, sept terrasses qui correspondent .avec les sept cercles du mont Mérou. Toutefois les trois terrasses de Makhon-Wat peuvent avoir une autre signification. Elles ont pu être construites en vue des rites sacrés et des processions qui se célèbrent encore dans la cérémonie royale de la tonsure dans le royaume de Siam. Au couronnement d'un roi,- les prêtres font trois jours de suite trois processions autour du Khao-Khrai-lat ou mont Mérou des bouddhistes siamois. Il est difficile de dire quelle a pu être l'origine du caractère sacré attribué au nombre trois dans beaucoup de religions païennes. Nous l'avons nous-môme dans la Sainte-Trinité du Dieu des chrétiens, — doctrine qui ne remonte pas à une haute antiquité. Nous la retrouvons dans la mythologie orphique, dans la Trinité des Égyptiens, dans celle des Mages, dans la doctrine classique des Chinois sur les trois puissances de la nature (le Ciel, la Terre et

J. Voirie Dictionnaire sanscrit -chinois du D' Eitel, art, Soumerou, p. 1.36, 3. Il y a ici une lon^e note d'un Révérend Joseph Edkins tendant à prouver que dans certains monastères bouddhistes l'ordination des prêtres se fait sur une triple terrasse. (Cette discussion est-elle de mise ici? Qui donc nie le symbolisme de TarcbilectmTe religieuse ?)

3' Voir /avflt, par sir Raffles, ii, 25.

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rHommei, et dans le Passé, le Présent et le Futur des Bouddhistes. On voit aussi dans le temple du Ciel à Péking, temple où se célèbrent les cérémonies du culte officiel, un autel à trois terrasses sur lequel à certaines époques de Tannée trois sacrifices sont ofierts : le Ta-sze^ ou grand sacrifice, le Tchoung-sze ou sacrifice moyen, et le Séaou-sze ou petit sacrifice. Le symbolisme de ce temple chinois est un sujet fort intéressant et qui a été minutieusement étudié par le révérend Joseph Edkins *.

Ileyenons à Makhon-Wat. L'ancien voyageur chinois parle dans son récit d'une tradition relative au culte du serpent dans les premiers âges de rhumanité ^] mais il dit aussi que le bouddhisme était, à répoque de son voyage, la religion dominante au Cambodge. Il est donc possible que ce vaste édifice ait été élevé au dieif-serpent, et ce fut l'avis du savant professeur Ferguson, dont ropinSon fait autorité en architecture, lorsque j'eus mis à sa disposition mes plans, mes photographies et les renseignements que j'avais pu recueillir. Mais, après avoir visité la Chine et observé les déités hindoues qui gardent les portes des temples bouddhistes, et les objets mythologiques qui ornent ces autels, je penche de plus en plus à croire que Makhon-Wat est un édifice bouddhiste, dont les toits et les balcons ont pour décoration des images du serpent à sept têtes honoré à tout jamais pour avoir gardé Gautama pendant son sommeil. Des Magas ou serpents apparurent h sa naissance pour le laver; une foule de nagas, h diverses époques, conversèrent avec lui, le protégèrent, furent convertis par lui, et après la crémation de son corps, une huitième partie de ses reliques fut confiée à leur garde*.

Le serpent joue un grand rôle dans le bouddhisme de la Chine, et il est représenté, quand c'est une divinité terrestre, comme le grand ennemi de l'homme, et quand c'est une divinité fluviale, comme son grand protecteur. 11 me paraît donc, que le serpent qui' garde le temple de Maklion ne saurait être autre chose que le protecteur naturel de Gautama, duquel il est parlé dans les anciens soutras.

Je ne puis, néanmoins, donner h cette question toute l'attention qu'elle mérite ; je dois la laisser aux soins de ceux qui sont plus capables que moi d'apprécier les témoignages qui peuvent servir à rélucidation d'un sujet si intéressant.

Je crois que jamais plus riche et plus vaste champ de recherches n'a été ouvert à ceux qui s'intéressent aux grandes races de l'Orient qui ont cultivé l'architecture, que celui dont les magnifiques restes

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